Une parabole qui capte les fleurs plutôt que la télé par Arnaud Lapierre

Une parabole qui capte les fleurs plutôt que la télé par Arnaud Lapierre
12 octobre 2026 /
Pas encore de commentaires

Et si un vase servait moins à contenir qu’à regarder ? Peut on composer un bouquet sans rien maitriser à l’art floral ? Et que devient une pivoine quand elle se voit en grand ? Imaginé en 2009 par le designer Arnaud Lapierre, le vase PARABOL revient en 2026 dans une réédition produite par son propre studio.

Une coupe concave, un pied, une fleur. Et c’est à peu près tout.

Une parabole qui capte les fleurs plutôt que la télé par Arnaud Lapierre

Qu’est ce que le vase PARABOL d’Arnaud Lapierre ?

PARABOL tient presque plus de l’instrument d’optique que du vase classique, pas de col, pas de goulot, pas d’épaule. La forme se résume à une coupe parabolique réfléchissante, posée de biais sur un pied qui la maintient inclinée, un peu comme une antenne tournée vers le ciel.

On dépose une fleur, ou quelques tiges, au creux de la surface. Le miroir fait le reste, il étire les pétales, démultiplie les couleurs, brouille les contours. La fleur réelle et son reflet se confondent jusqu’à former une image proche de la peinture. Le studio parle d’ailleurs d’une fleur qui devient « matière picturale ». Un effet kaléidoscopique qui fascine au premier regard, au second…

En géométrie, une parabole renvoie ce qu’elle reçoit vers un point, sur nos toits, elle capte des chaînes de télévision. Ici, elle capte un hortensia. On ne garantit pas le même nombre de programmes, mais le spectacle tient plutôt bien la comparaison.

Faut il savoir composer un bouquet pour utiliser PARABOL ?

Arnaud Lapierre cite l’Ikebana, l’art japonais de la composition florale, comme point de départ. PARABOL en garde l’attention portée à une seule fleur, mais laisse de côté les règles de proportion, d’équilibre et de placement. Une tige, un bouquet ramassé au marché, quelques fleurs un peu fatiguées : tout semble pouvoir fonctionner.

Le geste se rapproche de celui qu’on fait en posant ses clés sur une table, ceux qui n’ont jamais su quoi faire d’un bouquet trop court pour un vase trop haut y trouveront peut être une forme de réconciliation. On pense aussi à Narcisse, penché sur son reflet. Sauf qu’ici, ce n’est pas la fleur qui reste fascinée, c’est nous.

Sur BED, d’autres designers ont déjà cherché à retirer au vase une partie de ce qu’on croyait indispensable. Le vase Fountain du studio jido jouait la carte de la réduction mécanique. Petal Vase de Rebloom Studio faisait de la fleur la matière même du vase. PARABOL prend une autre voie : la fleur ne remplit pas l’objet, elle l’active.

De quoi est fait le vase PARABOL et quelle est sa forme ?

L’objet repose sur deux éléments, d’abord une coupe métallique au poli miroir, en finition argent, dont la courbure parabolique crée l’effet optique. Ensuite un pied cylindrique en métal, terminé par un embout arrondi, fixé au dos de la coupe. L’ensemble tient sur deux appuis : le bord de la coupe d’un côté, l’extrémité du pied de l’autre. Cette inclinaison présente la surface au regard, sans qu’il faille se pencher au dessus.

PARABOL existe en deux diamètres, 29 cm et 42 cm. La production est ouverte, sur commande auprès d’Arnaud Lapierre Studio, et chaque exemplaire est daté et signé. Une position entre l’édition limitée et la série, qui rappelle les questions posées par l’exposition Multiples aux Ateliers de Paris.

Le métal poli a déjà croisé la route du blog à plusieurs reprises : avec le miroir BIBI de Benjamin Decle en acier, avec l’orfèvrerie de Julien Roos pour Notre Dame de Paris, ou avec la série ODA LIK Variations, où verre dichroïque et acier poli jouent avec notre perception.

Pourquoi le miroir transforme t il autant la fleur ?

Un miroir concave agrandit ce qui se trouve près de lui et trouble les perspectives. Selon la fleur choisie, sa position, la lumière de la pièce ou l’endroit d’où l’on regarde, l’image change. Le studio évoque des compositions qui oscillent entre abstraction, nature morte et paysage imaginaire. Les photos le confirment assez bien : un hortensia rose remplit toute la surface, une pivoine devient une tache de couleur qui déborde sur les bords.

On n’est pas très loin d’un Monet vu de très près, avec l’avantage de pouvoir changer de tableau en changeant de fleur. Le projet Punching Block d’EETAL et monoya parlait déjà d’objet de perception. PARABOL pousse l’idée vers la contemplation.

Qui est Arnaud Lapierre ?

Formé à l’histoire de l’art et à l’archéologie, Arnaud Lapierre passe ensuite par l’ENSCI Les Ateliers, dont il sort diplômé en 2007. Son studio, fondé à Paris et aujourd’hui installé à Bordeaux, travaille entre design de produit, mobilier, espace, luxe et installation. Lauréat des Audi Talents en 2011, il est connu pour des installations comme Ring, présentée place Vendôme pendant la FIAC 2011, Fractal en Chine, Rise ou plus récemment Reflect dans la cour de l’Hôtel de la Marine.

Le fil rouge semble souvent le même : le reflet, la lumière, la manière dont un objet modifie notre regard sur ce qui l’entoure. Vu sous cet angle, PARABOL ressemble à une première version de ce travail, à l’échelle d’une console plutôt que d’une place parisienne.

Un vase ou une sculpture ?

Sans fleur, PARABOL reste une forme sculpturale, un peu en attente. Avec une fleur, il devient autre chose, et c’est chaque utilisateur qui décide de l’image. Vase, miroir, petite installation de salon ? La réponse dépendra sans doute de ce que vous aurez sous la main ce jour là. Et c’est peut être la bonne.

En savoir plus sur le designer : Arnaud Lapierre

By Blog Esprit Design

PARABOL by Arnaud Lapierre: a mirror vase that turns a flower into an image

PARABOL is a sculptural vase designed in 2009 by French designer Arnaud Lapierre and reissued in 2026 by Arnaud Lapierre Studio, now based in Bordeaux. The object is a concave, parabolic metal dish with a polished silver mirror finish, tilted on a single cylindrical metal leg. A flower or a few stems are simply placed in the hollow of the dish. The curved mirror enlarges, stretches and multiplies the petals and colours, so the real flower and its reflection merge into an almost painterly, abstract composition that changes with the light, the flowers and the viewing angle. Inspired by Ikebana but free of its rules, PARABOL needs no floral arranging skill. It comes in two diameters, 29 cm and 42 cm, is produced on order as an open edition, and each piece is dated and signed. The vase links to Lapierre’s large mirror installations such as Ring, Fractal, Rise and Reflect, which explore perception, light and reflection. Trained in art history and archaeology, Lapierre graduated from ENSCI Les Ateliers in Paris in 2007 and received the Audi Talents award in 2011.


Gallerie (19)

ImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImage
À propos de l'auteur
Image
Vincent Roméo
Fondateur, rédacteur en chef chez 
Blog Esprit Design
Gardien de la maison BED, fondateur, dévoué je passe mon temps à veiller la nouveauté qui vous fera briller les yeux. En parallèle : Head of digital & Associé 14 septembre - Groupe Extreme

Laisser un commentaire

Ne manquez pas les actualités design
Dans le même rayon
À découvrir aussi

Annonces

Ne manquez pas les actualités design