La revue d'architecture et de design
Punching Block : EETAL × monoya transforment la tôle perforée en objet de perception

Il y a des matériaux qui n’ont pas pour vocation à venir sur le devant de la scène. La tôle perforée semble cependant faire mentir cette théorie, matériaux bruts, industriels, ils ont maintenant la côte.
On la retrouve dans les façades de parking, les grilles de ventilation, les faux plafonds acoustiques et quelques chaises de cantine. Fonctionnelle, répétitive, bon marché, peu d’architectes lui ont accordé autre chose que de la considération technique. Mathieu Matégot, dans les années 1950, avait pourtant ouvert une piste intéressante avec ses tables gigognes en tôle perforée colorée, déjà capables de faire passer ce matériau industriel du côté de l’objet désirable. La lampe Piogga d’Alexandre Pain avait, plus récemment, exploré la façon dont une feuille de tôle ajourée dialogue avec la lumière. EETAL et monoya arrivent en 2026 avec une proposition différente : ils ne cherchent pas à rendre la tôle perforée utile, ni décorative. Ils la placent au centre d’une question sur la perception.
Deux studios, une matière, une question
EETAL est un projet collaboratif lancé en 2021 par Japan Benex Co., Ltd., fabricant spécialisé dans la tôlerie de précision, basé à Nagasaki. Depuis sa création, EETAL travaille avec des designers, des graphistes et des créateurs pour explorer ce que la fabrication en métal peut produire au-delà de ses usages industriels habituels. C’est une démarche qui rappelle, dans son esprit, celle de Jean Prouvé qui posait la question : «que pense le matériau ?» avant même de dessiner.
Monoya, basé à Kyoto, fonctionne sur deux registres en parallèle. D’un côté une boutique d’objets anciens, de l’autre un studio de design et de direction artistique. Ce qui unit les deux activités : une sensibilité à l’idée que la valeur et le sens des objets ne sont jamais fixés une fois pour toutes. Un objet ancien placé dans un contexte nouveau change de signification. Ce travail constant avec les objets et leur placement dans l’espace a conduit le studio à une conviction : le sens émerge, il ne s’assigne pas.
La collection Punching Block est née de cette rencontre entre les deux entités.
Acier perforé, tube inox, revêtement poudre
Sur le plan matériau, la pièce est construite à partir d’une feuille d’acier perforée, façonnée et soudée pour former une structure en volume. Un tube en acier inoxydable traverse l’intérieur de chaque objet selon un angle en L. La surface reçoit ensuite un traitement par revêtement en poudre, appliqué de façon uniforme sur les faces intérieures et extérieures. Ce point n’est pas anodin : le traitement homogène des deux faces efface la distinction entre dedans et dehors, entre structure porteuse et peau visible.
La collection propose quatre formes : box (cube), brick (parallélépipède), tilted (incliné) et wedge (en coin). Chaque forme est déclinée en deux tailles et quatre finitions : noir mat, blanc mat, bleu mat et argent métallisé.
Ce que fait la perforation
La tôle perforée a une propriété que les autres matériaux métalliques n’ont pas à ce degré : elle fait coexister l’opacité et la transparence au sein d’une même surface. L’objet semble fermé vu de face. On déplace légèrement la tête, ou la lumière change d’angle, et l’intérieur commence à apparaître par fragments. Le tube en L surgit, disparaît, revient selon la position du spectateur.
C’est exactement ce que EETAL et monoya ont choisi de mettre en avant, non pas comme effet visuel gratuit, mais comme principe formel et conceptuel. L’objet n’affirme pas une fonction. Il n’occupe pas l’espace de façon définitive. Sa présence varie. On pense inévitablement au travail de designers japonais comme Mikiya Kobayashi, dont la pratique repose précisément sur la perception sensible des objets plutôt que sur leur usage ou leur forme immédiate.
La collection Punching Block pousse cela encore plus loin : l’objet ne dit pas ce qu’il est. Il attend d’être regardé, placé, mis en relation avec un espace et une lumière. Ce n’est pas un vase. Ce n’est pas une boîte. Ce n’est pas une sculpture non plus, du moins pas au sens traditionnel. C’est une présence dont le sens se construit progressivement. Quelque chose entre le ready-made industriel et l’objet d’exposition. On pourrait parler d’un bloc de perception, ce qui n’est pas si éloigné de son nom.

Les expositions
La collection a été présentée à Tokyo du 13 au 22 mars 2026, au (PLACE) by method à Shibuya. Elle est visible à Kyoto du 27 mars au 5 avril 2026 (fermé du 30 mars au 2 avril), au Fujii Daimaru, Black Storage, 318 Tabiya-cho, Shimogyo-ku. Horaires : 13h00 à 18h00.
Les photographies sont signées Kisshomaru Shimamura. Le design graphique est signé Aki Ago. La production est assurée par Takumi Bando pour POWER OF VIEW.
Pour suivre les deux studios : EETAL sur Instagram : @eetal_project / www.eetal.com Studio monoya : @studio_monoya / www.studiomonoya.com Boutique monoya : @shop_monoya

































































