Et si votre immeuble respirait comme un arbre ? La façade aux huîtres d’Émilie Gibert

Et si votre immeuble respirait comme un arbre ? La façade aux huîtres d'Émilie Gibert
04 novembre 2026 /
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Et si un immeuble pouvait capter du carbone comme un arbre ? Et si sa façade poussait à partir du paysage qui l’entoure ? Et si, pour rénover le béton, on demandait de l’aide à des bactéries ? Ces questions sont au cœur de Matter of Place, le projet de la designer française Émilie Gibert, installée à Stockholm.

Elle l’a présenté à la Dutch Design Week 2026, à Eindhoven, en octobre, au sein des BioArt Laboratories.

Et si votre immeuble respirait comme un arbre ? La façade aux huîtres d'Émilie Gibert

Qu’est ce que Matter of Place ?

Matter of Place est un matériau de construction vivant, il associe deux ingrédients : des cyanobactéries et des coquilles d’huîtres collectées sur la côte ouest de la Suède. Le projet prend la forme d’une peau de façade modulaire, pensée pour envelopper des bâtiments existants.

La baseline du projet indique : « Co habiter avec le vivant ». Émilie ne cherche pas à remplacer le béton par un matériau miracle, elle pose une question de méthode : qui, ou quoi, peut devenir un collaborateur dans le processus de conception ?

Le projet a été développé pendant son master en Design Ecologies à Konstfack, l’université des arts, de l’artisanat et du design de Stockholm, en collaboration avec le Hudson Lab. Il a déjà reçu plusieurs distinctions, dont le prix Jubelfondens 2026 et le Vice Chancellor Prize 2026 de Konstfack.

Comment des bactéries peuvent elles fabriquer un matériau ?

Le procédé repose sur la biominéralisation, un phénomène naturel par lequel des organismes vivants produisent des minéraux. Les coraux et les coquillages le pratiquent depuis des millions d’années.

La souche choisie est une cyanobactérie du genre Synechocystis. Par photosynthèse, elle puise le CO₂ dans l’air grâce à l’énergie solaire, ce carbone précipite ensuite sous forme solide, du carbonate de calcium. Ce minéral agit comme un liant : il agglomère les coquilles d’huîtres broyées et forme une matière solide. Le résultat ressemble à un terrazzo, sauf que personne ne l’a coulé, il a été cultivé.

Les bactéries ne meurent pas une fois le module fabriqué, l’idée est de les maintenir actives dans la façade, pour qu’elles continuent à capter du carbone au fil des saisons. Le matériau évolue donc avec le temps et avec son environnement. Une façade qui change d’humeur selon la météo…

Pourquoi des coquilles d’huîtres venues de Suède ?

Elles proviennent de l’huître creuse du Pacifique, une espèce invasive sur la côte ouest suédoise. Utiliser cette ressource revient à participer à la remédiation d’un écosystème déséquilibré. Le matériau se nourrit d’un problème local pour en faire une ressource locale. D’où le titre : la matière vient du lieu.

Le blog a déjà croisé plusieurs projets qui regardent la mer comme un gisement. Le studio hors studio transforme les déchets de la mytiliculture en luminaires avec Byssus. Malàkio redonne vie aux coquillages avec le vase Hédo. En Bretagne, Gwëmon agglomère des algues. Matter of Place change d’échelle : on passe de l’objet au bâtiment.

Quelle forme pour une façade vivante ?

La forme des modules découle des besoins des bactéries. C’est sans doute le point le plus intéressant pour les designers. Chaque tuile est dessinée par un système de conception computationnel, nourri de données climatiques et solaires locales. L’algorithme ajuste la profondeur et la porosité de chaque module. Objectif double : protéger les bactéries d’un excès de soleil et réguler la température du bâtiment.

Chaque façade est donc calculée pour son propre microclimat. Deux immeubles voisins, l’un au sud, l’autre au nord, n’auraient pas la même peau. Les photos des modules montrent des reliefs profonds, des alvéoles et des jeux d’ombre qui changent au fil de la journée. La surface granuleuse du terrazzo de coquilles laisse voir des éclats nacrés.

  

Le matériau est léger et poreux. Cette porosité sert de tampon thermique, ce qui en fait une piste pour l’isolation par l’extérieur. On pense à la brique biodiversitaire de Nathanaël Zbynovsky avec ChartierDalix, autre façade qui accueille le vivant au lieu de le repousser.

Et si votre immeuble respirait comme un arbre ? La façade aux huîtres d'Émilie Gibert Et si votre immeuble respirait comme un arbre ? La façade aux huîtres d'Émilie Gibert

À quoi pourrait servir ce matériau demain ?

Émilie Gibert vise la rénovation des infrastructures en béton pour les adapter aux nouvelles normes énergétiques. Sa démonstration s’appuie sur un bâtiment du Miljonprogrammet, ce vaste programme suédois de logements construits entre 1965 et 1974. Une maquette au 1/100 montre une réhabilitation par double peau : la façade existante reste en place, la peau vivante vient la recouvrir.

Il ne prétend pas, à ce stade, couvrir les tours de nos villes dès l’an prochain. Les questions d’entretien, de durabilité et de passage à l’échelle industrielle restent ouvertes. Mais il déplace le regard : le béton, pensé comme une route à sens unique, ne retourne jamais au sol. Une façade cultivée, elle, s’inscrit dans un cycle.

Le Corbusier voyait la maison comme une machine à habiter. Émilie Gibert propose plutôt un organisme à habiter. Après le mycélium qui fait pousser des étagères chez Studio Felice, ou les recherches de Thibault Philip sur les matériaux biologiques, le biodesign continue de grimper. Cette fois, il monte sur les façades.

Qui est Émilie Gibert ?

Émilie Gibert est une designer pluridisciplinaire, sa pratique se situe entre biodesign, recherche sur les matériaux et pensée écologique. Elle travaille à plusieurs échelles, des propriétés microscopiques du vivant jusqu’à la conception de systèmes. Elle mobilise le design critique et spéculatif pour interroger les normes et les enjeux de la crise climatique. Son ambition : rapprocher la science et le design, au service de futurs plus désirables.

Vous pouvez suivre son travail sur Instagram : @em.gibert.

Crédits photos : Émilie Gibert, 2026.

By Blog Esprit Design

Matter of Place by Émilie Gibert: a living facade grown from cyanobacteria and oyster shells

Matter of Place is a living building material developed by Stockholm-based French designer Émilie Gibert during her MFA in Design Ecologies at Konstfack, in collaboration with the Hudson Lab. It was presented at Dutch Design Week 2026 in Eindhoven (17 to 25 October, BioArt Laboratories, Strijp T+R). The material relies on biomineralisation: Synechocystis cyanobacteria use sunlight to absorb CO₂ through photosynthesis and precipitate calcium carbonate, which binds crushed shells of the Pacific oyster, an invasive species on the Swedish west coast. The result is a lightweight, porous, terrazzo-like cladding that keeps the bacteria active, so the facade continues to capture carbon and evolves through the seasons. A computational design system uses local climate and solar data to shape the depth and porosity of each modular tile, protecting the bacteria and acting as a thermal buffer. The project targets the renovation of aging concrete buildings, demonstrated on a Swedish Miljonprogrammet housing block through a double-skin facade. It received the Jubelfondens 2026 award and Konstfack’s Vice-Chancellor Prize 2026. Key topics: biodesign, living materials, carbon capture, bio-based facades, building retrofit.


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À propos de l'auteur
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Vincent Roméo
Fondateur, rédacteur en chef chez 
Blog Esprit Design
Gardien de la maison BED, fondateur, dévoué je passe mon temps à veiller la nouveauté qui vous fera briller les yeux. En parallèle : Head of digital & Associé 14 septembre - Groupe Extreme

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