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Byssus : quand les déchets mytilicoles deviennent biomatériaux lumineux chez hors-studio

Le studio français hors-studio se distingue depuis plusieurs années par une approche singulière de la recherche matériaux. Après avoir exploré la réinvention du cuir, le duo de designers poursuit son investigation autour d’une ressource méconnue : le byssus.
À l’occasion de l’exposition Prototype, qui se tient les 5 et 6 février 2026 à l’hôtel de l’industrie à Paris, elles dévoilent quatre années de recherche menées en collaboration avec le laboratoire Simba de l’Université de Chimie de Tours.
Le byssus, de déchet mytilicole à biomatériau d’avenir
Le byssus représente un enjeu important pour la filière conchylicole (culture des coquillages) française. Cette fibre que produisent les mollusques bivalves pour s’ancrer aux substrats marins constitue aujourd’hui un déchet majeur de la mytiliculture.
Historiquement appelée « soie de la mer » au XVIème siècle, cette ressource organique suscite un intérêt renouvelé auprès des designers et chercheurs travaillant sur les alternatives aux matériaux synthétiques. L’approche développée par hors-studio s’inscrit dans une démarche comparable à celle observée avec le Gwëmon d’Hugo Kerbrat, qui valorise les algues bretonnes, ou encore les biomatériaux issus de déchets d’ananas.
La mer comme nouvelle ressources, un milieu offrant les solutions de demain ? Matériaux, énergie, ….

Une collaboration scientifique au service du design
La recherche présentée à Prototype se concentre sur l’extraction du collagène de byssus, dans l’objectif de formuler une colle naturelle, biodégradable et performante. Ce travail de quatre ans avec le laboratoire Simba témoigne d’une méthodologie rigoureuse, où l’expérimentation scientifique nourrit directement la pratique du design. Les applications envisagées concernent aussi bien le secteur du design que celui du biomédical, ouvrant des perspectives d’usage inédites pour ce matériau marin.
Au-delà de cette recherche prospective, hors-studio présente une série d’échantillons de matériaux souples élaborés à partir de byssus et de la colle extraite. Ces prototypes combinent différents savoir-faire empruntés au design textile et à l’ennoblissement : teinture végétale, impression en sérigraphie, flocage du byssus.

Cette approche pluridisciplinaire rappelle le travail mené sur l’Artyl, ce matériau lumineux souple et transparent développé par Lucia Javicoli et Ségolène Chavaren.
Matériaux souples et design climatique
Les échantillons présentés offrent de nouveaux terrains d’usage, grâce à leur translucidité et leur souplesse. Ces propriétés physiques ont orienté les designers vers une application lumineuse particulière, en collaboration avec z-zéro : des objets lumineux émettant une lumière froide de couleur violette.
Cette teinte n’a pas été choisie au hasard, selon les travaux de Philippe Rahm cités dans le manifeste Le Style Anthropocène, la lumière violette possède « une longueur d’onde dont l’absorption thermique de l’eau est la plus faible ». Notre corps ne se réchauffe ainsi pas en la recevant, contrairement aux lumières chaudes traditionnelles.
Cette piste de recherche s’inscrit dans une réflexion plus large sur le design climatique, thématique explorée par Philippe Rahm lors de la Biennale de Saint-Étienne 2025. L’architecte y proposait de reconsidérer la valeur thermique du design et de réintégrer la matérialité des habitats comme levier de confort. Les objets lumineux développés par hors-studio et z-zéro prolongent cette réflexion : le décoratif peut effectivement apporter des solutions thermiques concrètes à nos intérieurs.
La lampe Ribo, prototype d’un design sensible
Parmi les pièces exposées, la lampe Ribo illustre la capacité du byssus à générer des formes organiques et des ambiances lumineuses spécifiques. La structure souple du matériau, associée aux techniques d’ennoblissement textile, produit des effets de transparence et de profondeur. Les fibres de byssus, une fois travaillées, offrent une texture tactile et visuelle qui se rapproche de certains luminaires textiles contemporains, tout en conservant une identité matérielle propre.
Prototype, vitrine des savoir-faire innovants
Le salon-exposition Prototype, organisé pour la première fois à l’hôtel de l’industrie, se positionne comme une plateforme dédiée aux savoir-faire innovants. En y présentant leurs recherches, hors-studio participe à la visibilité d’une approche du design qui allie rigueur scientifique, expérimentation matérielle et conscience environnementale. L’exposition offre aux visiteurs l’opportunité de découvrir les différentes étapes du processus : de la matière première brute aux échantillons finalisés, en passant par les protocoles d’extraction du collagène.
Perspectives et applications
Si les applications biomédicales du collagène de byssus restent à confirmer, les potentialités du matériau dans le secteur du design apparaissent déjà prometteuses. Les échantillons présentés suggèrent des usages variés : revêtements muraux, éléments de mobilier, objets décoratifs ou luminaires. La compatibilité du byssus avec des techniques artisanales comme la teinture végétale ou la sérigraphie facilite son intégration dans des processus de fabrication à échelle humaine, favorisant une production locale et maîtrisée.
L’exposition Prototype constitue une étape importante dans la trajectoire de hors-studio. Elle témoigne d’une volonté de rendre visible un travail de recherche souvent invisible, et d’ouvrir le dialogue entre laboratoires scientifiques, designers et industriels. À l’heure où les biomatériaux suscitent un intérêt croissant, le byssus pourrait enrichir la palette des ressources disponibles pour concevoir des objets respectueux de l’environnement tout en répondant aux exigences contemporaines du design climatique et fonctionnel.
En savoir plus sur le studio : hors-studio
En savoir plus sur l’exposition : Prototype






































