Survivre à la mer : Julien Agasseau dessine une planche de sauvetage avec la SNSM pour son diplôme

Survivre à la mer : Julien Agasseau dessine une planche de sauvetage avec la SNSM pour son diplôme
05 novembre 2026 /
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Combien de temps faut-il pour atteindre un baigneur en difficulté à 300 mètres du bord ? Et si la mer est difficile, que le sauveteur nage déjà depuis deux minutes et que la victime ne fait plus de signes ? Quelle place pour le design dans cette course contre la montre ? En quoi le design peut et doit solutionner, aider les unités de secours et interventions… (si jamais vous pensez à d’autres projets, je suis preneur !)

Voici donc le projet SRB 300, pour Speed Rescue Board, le projet de diplôme de Julien Agasseau. Le chiffre 300 renvoie à la bande des 300 mètres, cette zone littorale qui va du sable jusqu’à la bouée, et que surveillent les sauveteurs de la SNSM pendant l’été. Plus loin, la surveillance des plages s’arrête.

Survivre à la mer : Julien Agasseau dessine une planche de sauvetage avec la SNSM pour son diplôme

Julien a réalisé ce projet lors de sa troisième et dernière année de DNMADE Objet à L’École de design Nantes Atlantique, dans la même promotion qu’Elian Hillereau et son kit lampe pour enfants, déjà présenté sur BED.

Survivre à la mer : Julien Agasseau dessine une planche de sauvetage avec la SNSM pour son diplôme

À l’issue de sa soutenance en juin, le jury lui a attribué son coup de cœur et la mention d’excellence professionnelle. (bravo à vous)

Pourquoi travailler sur la noyade ?

Parce que le sujet nous concerne tous, au moins un mois par an, serviette sous le bras. Dans son mémoire « Survivre à la mer », Julien reprend les chiffres de Santé publique France : 1 244 noyades accidentelles recensées en France durant l’été 2024, dont 350 mortelles. La mer concentre près de la moitié des cas, c’est assez fou mais bien réel.

Il rappelle aussi une donnée que l’on oublie souvent : la noyade est silencieuse. Pas de grands gestes, pas de cris comme au cinéma. Un médecin urgentiste interrogé pendant ses recherches le formule ainsi : « La rapidité d’intervention des secouristes est un facteur clé pour réduire la mortalité. » Les courbes de survie qu’il présente chutent fortement après quatre minutes d’immersion, puis encore entre six et sept minutes. Le temps devient donc le vrai sujet du projet.

Que demandent les sauveteurs de la SNSM ?

Julien a passé près d’un an sur ce sujet, avec plusieurs études de terrain. Il a notamment suivi un entraînement dans un centre de formation SNSM en Normandie, où les sauveteurs lui ont montré leur matériel : rescue tube, paddle, IRB (le petit bateau pneumatique à moteur).

Leur protocole tient en cinq temps : aller à l’eau, récupérer la victime, la ramener, la déposer sur le sable, la prendre en charge. Dans l’enquête qu’il a menée auprès des sauveteurs, 84 % citent le temps d’intervention comme le paramètre le plus important, et 60 % désignent le trajet jusqu’à la victime comme principal obstacle. Le paddle est jugé utile pour la vitesse, mais il demande de bien lire les vagues. Le bateau, lui, n’aime pas les zones peu profondes ni les rochers.

Le constat : en plus de la prévention, les sauveteurs cherchent des outils plus rapides et plus simples à utiliser.

Bracelet, drone ou planche : comment le projet a trouvé sa forme ?

Avant d’arriver à la planche, Julien a exploré trois pistes. Un bracelet porté par le baigneur, capable de détecter une situation anormale et d’envoyer une alerte GPS au poste de secours. Un drone installé sur la chaise de surveillance, qui largue un flotteur gonflable à la verticale de la victime. Et un véhicule motorisé inspiré du bodyboard.

C’est cette dernière piste qui a été retenue, parce qu’elle agit directement sur le trajet, le point faible identifié sur le terrain. Les croquis montrent un sauveteur allongé sur la planche, la victime installée à plat ventre à l’avant, et le sauveteur allongé sur elle pour la maintenir. Une posture qui garde la victime horizontale, comme le recommande le médecin interrogé.

Survivre à la mer : Julien Agasseau dessine une planche de sauvetage avec la SNSM pour son diplôme

De quoi est fait le SRB 300 ?

Le SRB 300 mesure 1,70 m de long pour 1 m de large. Sa coque est en PEHD biosourcé rotomoulé, un polyéthylène haute densité que l’on retrouve dans les kayaks de location et les bouées de chenal. Il encaisse les chocs, le sel et le sable, ce qui tombe plutôt bien pour un objet destiné à passer ses journées sur une plage.

Le dessus reçoit une mousse EVA antidérapante rainurée, les sangles sont en néoprène, les saisines (les cordages qui courent le long des flancs) en polyester, et les pièces de fixation en acier inoxydable.

Vue de l’arrière, la planche se divise en deux flotteurs, comme un petit catamaran. Chaque flotteur abrite un hydrojet électrique, sans hélice apparente, ce qui limite les risques de blessure près d’un corps dans l’eau. Deux roues jaunes placées à l’arrière permettent de la faire rouler sur le sable jusqu’au bord, ce qui évite de porter un ensemble estimé entre 40 kg. Les poignées sont gainées de jaune, une couleur que l’on repère facilement dans l’écume.

L’énergie vient de deux batteries, logées dans des compartiments sur le dessus. Le projet annonce une autonomie d’environ une heure et une charge supportée de 180 à 200 kg, soit le sauveteur, la victime et un peu de marge. Les vitesses envisagées, entre 30 et 50 km/h.

Côté style et couleurs, pas de surprise : orange et blanc, avec l’inscription « Les sauveteurs en mer » sur le flanc. On est assez loin du maillot rouge d’Alerte à Malibu, et c’est probablement mieux pour tout le monde.

Jusqu’où peut aller un projet étudiant ?

Le SRB 300 pose des questions concrètes que Julien liste : la maintenance d’un matériel motorisé en milieu salin, le coût, la formation des sauveteurs. Ce sont des questions d’ingénierie et de financement autant que de design.

Son projet part du terrain et revient au terrain, il rejoint d’autres travaux présentés sur BED où le design se met au service d’une situation critique, comme CINTRE, le projet de design humanitaire de Baptiste Marx, ou qui interrogent notre rapport à l’océan, comme la planche inclusive de NOTOX conçue avec Jules Cerf. On pense aussi au gilet de sauvetage en liège repéré lors de la France Design Week 2023.

Pour suivre la suite, direction le portfolio de Julien Agasseau (pas encore mis à jour avec ce projet) et sur son compte Instagram @agasseau.design. D’autres projets de diplôme sont à découvrir dans notre rubrique Étudiants.

Et cet été, en posant votre serviette, jetez un œil vers la chaise du sauveteur. Qui sait, une planche orange y sera garée un jour.

By Blog Esprit Design

SRB 300 (Speed Rescue Board) by Julien Agasseau: an electric rescue board for French sea lifeguards

SRB 300 is the graduation project of Julien Agasseau, a DNMADE Objet student at L’École de design Nantes Atlantique (class of 2026). It received the jury’s favourite award and a professional excellence distinction. The project addresses drowning along French coasts, where around 1,244 accidental drownings were recorded in summer 2024, according to Santé publique France. After a year of field research with SNSM volunteer lifeguards, Agasseau identified the swim to the victim as the main obstacle to fast rescue within the 300 metre coastal zone. After exploring a smart bracelet and a rescue drone, he designed a motorised board inspired by the bodyboard. It measures 1.70 by 1 metre and uses a rotomoulded bio based HDPE hull, non slip EVA foam, neoprene straps, polyester lines and stainless steel fittings. Twin electric water jets replace exposed propellers, two removable lithium ion batteries give about one hour of autonomy, and rear wheels let lifeguards roll it across the sand. The board carries both rescuer and victim, keeping the victim horizontal. Maintenance, cost and training remain open questions for any future development.


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À propos de l'auteur
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Vincent Roméo
Fondateur, rédacteur en chef chez 
Blog Esprit Design
Gardien de la maison BED, fondateur, dévoué je passe mon temps à veiller la nouveauté qui vous fera briller les yeux. En parallèle : Head of digital & Associé 14 septembre - Groupe Extreme

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