
Et si le dernier objet de notre vie n’était pas fabriqué, mais cultivé ? Un cercueil que nos pourrions faire pousser, on inverserait presque le concept. Combien de temps avant qu’il ne disparaisse et retourne à la terre ? Une suite plutôt logique, non ?
Le cercueil fait partie des rares objets que l’on n’essaie jamais avant usage. Il se choisit trop vite, souvent sous le coup de l’émotion, et on parle peu de sa conception. La start up néerlandaise Loop Biotech a décidé de repartir de la matière.
Son projet Living Cocoon n’est pas assemblé en atelier, il pousse dans un moule, à partir de champignons. On revient sur le sujet évoqué lors de l’article sur Pivert Funéraire, nous allons y revenir plus bas.
Qui se cache derrière Loop Biotech ?
Loop Biotech est installée à Delft, aux Pays Bas, l’entreprise a été fondée en 2020 par Bob Hendrikx, architecte et biodesigner formé à la TU Delft. Il travaillait déjà le mycélium pendant ses études, d’abord pour des matériaux de construction.
Le passage du bâtiment au funéraire, pas évident, mais s’il suit pourtant une logique : en forêt, le champignon est l’agent qui transforme le bois mort en nutriments pour les plantes. Loop propose d’appliquer ce principe au corps humain, même si cela peut questionner ou déranger. Notre mode actuel de « dernier voyage » est peut-etre à reconsidérer, sur son impact, son coût, sa logique vis à vis son engagement et sa vie.
De quoi est fait le Living Cocoon ?
D’un côté, le mycélium, le réseau de filaments souterrains des champignons. De l’autre, des fibres de chanvre recyclées, qui renforcent la structure. Les premières versions utilisaient plutôt des copeaux de bois comme substrat.
Le mélange est placé dans un moule, le mycélium colonise la matière et l’agglomère en sept jours, sans colle ni pièce métallique. Sa croissance est ensuite stoppée pour figer la forme, la marque met en avant une production peu gourmande en énergie, réalisée dans son laboratoire sur place.
Ce couple de matières n’est pas inconnu des lecteurs du blog. Le casque MyHelmet de Studio MOM associait déjà mycélium et textile de chanvre. Le principe du moulage rappelle aussi la lampe B Wise de Myceen ou le tabouret Shiro de Leon Van der Veken, présenté ici il y a plus de dix ans. La différence tient à l’échelle et à la fonction. Cette fois, l’objet doit porter un corps pour un autre voyage.
À l’intérieur, un lit de mousse végétale est prévu en standard. Des garnitures en laine, en chanvre ou en coton bio sont proposées en option. Aussi dans une logique de cohérence et d’impact limité.
Quelle forme pour un cercueil qui pousse ?
La version actuelle, présentée en 2023, adopte des contours arrondis, un oeuf ou un cocon. La surface garde l’aspect brut du mycélium : mate, un peu irrégulière, proche d’un feutre, plutôt doux au toucher.
Le modèle existe en taille unique, pensée pour convenir à 95 % des adultes. Six poignées en jute permettent un portage classique à six personnes. L’objet reste compatible avec les sangles et les systèmes de descente mécaniques des cimetières. Les pompes funèbres n’ont donc pas à changer leurs habitudes.

Côté poids, le cocon pèse environ 30 kg. Un cercueil en bois massif se situe plutôt entre 50 à 90 kg selon les chiffres rappelés pour le cercueil Tournesol de Pivert Funéraire. Le cocon résiste à l’eau et se conserve au sec sans limite de durée, puisqu’il ne commence à se dégrader qu’au contact du sol.
Combien de temps avant de retourner à la terre ?
Loop annonce 30 à 45 jours pour la décomposition du cocon une fois enterré, dans de bonnes conditions. Le corps suit son propre rythme, plus long. La marque avance que le mycélium accélère ce processus et aide à neutraliser certaines substances présentes dans nos organismes, comme les métaux ou les microplastiques. Ces affirmations restent à prendre avec prudence.
À titre de comparaison, un cercueil en bois peut mettre une dizaine d’années à disparaître.
Le Living Cocoon est présenté comme adapté à l’inhumation naturelle, à l’inhumation traditionnelle et à la crémation.
Une gamme autour du même matériau
Loop a élargi son offre avec le ForestBed, un support ouvert en mycélium sur lequel le défunt repose enveloppé d’un linceul. L’urne EarthRise reçoit les cendres et peut accueillir une jeune pousse d’arbre. Elle ne se dégrade qu’une fois enterrée, ce qui permet aussi de la garder sur une étagère. L’entreprise évoque l’idée de forêts funéraires, où les arbres se nourriraient de ces sépultures.


En France, le cercueil est obligatoire pour une inhumation comme pour une crémation. Depuis un arrêté de décembre 2018, les matériaux autres que le bois doivent répondre à des critères de résistance, d’étanchéité, de biodégradabilité et de combustibilité. A voir si des restrictions existent encore sur les champignons.
Des alternatives locales avancent en parallèle, comme le cercueil Tournesol conçu à Saint Étienne à partir de tourteaux de tournesol et de colza. En 2011, le blog présentait les cercueils et urnes de Jacob Jensen, pensés pour un départ élégant. Quinze ans plus tard, la question porte moins sur l’allure que sur ce que l’objet laisse au sol.
Le Living Cocoon pose une question que le design connaît bien : la fin de vie de l’objet. Ici, elle se confond avec celle de son utilisateur. Le mycélium quitte les matériauthèques et les prototypes pour un produit vendu en série. On retrouve cette approche du vivant comme matière chez Studio Felice et ses étagères MODYL ou dans le carrelage Myco Alga de bioMatters.
En savoir plus sur la société : Loop

















































