À Saint-Étienne, Ali et Laura fabriquent un cercueil français à partir de déchets de tournesol et de colza

À Saint-Étienne, Ali et Laura fabriquent un cercueil français à partir de déchets de tournesol et de colza
11 août 2026 /
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Peut-on encore imaginer partir dans un cercueil pouvant représenter le temps et l’impact d’une console louis XVI ? Le cercueil fait partie de ces produits que l’on croise qu’une seule fois, à un moment que l’on ne choisit pas forcément, et dont on ne discute que trop peu de la conception, de son impact. Pivert Funéraire, entreprise stéphanoise de l’Économie Sociale et Solidaire, prend le sujet avec un produit, le cercueil Tournesol, un modèle français conçu à partir de déchets agricoles et de sciure de bois.

À Saint-Étienne, Ali et Laura fabriquent un cercueil français à partir de déchets de tournesol et de colza

De quoi est fait un cercueil Tournesol ?

La matière première est le vrai point de départ du projet, Pivert utilise un matériau biosourcé, composé de tourteaux de tournesol ou de colza, ces résidus broyés qui restent après extraction de l’huile végétale, mélangés à de la sciure issue de scieries françaises. L’ensemble est pressé et chauffé pour former une matière homogène, sans colle au formaldéhyde ajouté.

Le résultat tient la comparaison avec le bois, les caractéristiques mécaniques sont proches d’un massif, pour un poids plus faible. Un cercueil traditionnel en bois pèse autour de 55 kg, avec sa visserie, ses métaux et parfois son plastique. Le Tournesol est plus light, son pouvoir calorifique reste comparable à celui du bois, ce qui évite une surconsommation de gaz lors des crémations, et sa combustion se veut plus propre, sans rejets de formaldéhyde. Les cercueils répondent aux normes requises et sont autorisés en crématorium.

Cette logique de la matière qui commande le projet, on l’a déjà croisée sur le blog. Chez Gimmic Design, le mobilier commence toujours par un déchet existant plutôt que par une esquisse. Le principe rejoint aussi le travail de Koukos de Lab, qui transforme les noyaux d’olive en mobilier, ou celui du studio Instead, qui façonne des assises avec la drêche de brasserie. Le tournesol et le colza rejoignent cette famille de ressources que l’on regardait comme des rebuts.

Pourquoi le design du Tournesol ressemble à une page blanche ?

Le cercueil arbore un dessin épuré, volontairement sobre, sans ornement plaqué ni poignée décorative, ce choix n’est pas seulement esthétique, il transforme l’objet en support d’expression. La surface, douce au toucher, se prête à l’écriture et à la peinture.

Pivert livre le cercueil avec un kit de personnalisation composé de cailloux en cire végétale, pour que chacun puisse écrire un mot, dessiner un symbole ou tracer un signe directement sur la matière. Un accessoire porte-fleurs permet aux proches de fleurir eux mêmes le cercueil. Le geste devient collectif. L’objet standard se change en création partagée, propre à la cérémonie qui l’accompagne.

Cette idée d’un matériau que l’on travaille et que l’on personnalise comme un aggloméré rappelle le Gwëmon, cet aggloméré d’algues bretonnes que les designers peuvent finir sur mesure. Dans le cas du Tournesol, la finition n’est pas confiée à un designer mais à la famille, ce qui déplace joliment la question de l’auteur.

À Saint-Étienne, Ali et Laura fabriquent un cercueil français à partir de déchets de tournesol et de colza

Un cercueil peut-il vraiment être local et écoconçu ?

Pivert avance des chiffres, la France enregistre environ 600 000 décès par an, autant de cercueils majoritairement en bois massif, souvent issus de monocultures qui pèsent sur les sols et la biodiversité. Face à cela, le Tournesol est fabriqué entièrement en France, en circuit court, sans composant pétrosourcé et sans visserie. Plus simple, dénué d’artifice, il a moins d’impact et pourra aussi correspondre à de nouvelles attentes.

La démarche d’éco-conception s’appuie sur plusieurs experts et sur des titres de propriété intellectuelle qui protègent le procédé. On retrouve ici la même exigence de filière courte et de valorisation locale que dans le Pavé®, ce panneau français composé de déchets plastiques recyclés. Le point commun tient en une phrase : la matière dort déjà quelque part, il suffit de lui trouver un usage.

Qui se cache derrière Pivert Funéraire ?

Le projet est né de la rencontre de deux parcours. Laura, ancienne avocate en droit des affaires, et Ali, comédien et directeur artistique, ont fondé Pivert à Saint-Étienne pour proposer une alternative au secteur funéraire. L’entreprise ne vend pas directement aux particuliers. Le cercueil Tournesol, seul modèle du catalogue pour l’instant, passe par les pompes funèbres partenaires et figure souvent parmi les premiers prix en agence, ce qui a le mérite de ne pas réserver l’écoconception à quelques budgets.

Reste une question ouverte, celle de l’accueil du grand public face à un objet qui bouscule des habitudes anciennes. Un cercueil qui invite à écrire dessus demande un léger pas de côté. Mais l’idée a le mérite de rendre au dernier voyage une part de geste et de présence, là où l’on avait pris l’habitude de tout confier au silence.

En savoir plus sur la société : Pivert Funéraire

By Blog Esprit Design


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À propos de l'auteur
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Vincent Roméo
Fondateur, rédacteur en chef chez 
Blog Esprit Design
Gardien de la maison BED, fondateur, dévoué je passe mon temps à veiller la nouveauté qui vous fera briller les yeux. En parallèle : Head of digital & Associé 14 septembre - Groupe Extreme

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