Rencontre : Louis Béziau, designer et président de l’agence les Sismo

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05 février 2026 /
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Poursuivons notre série de rencontres à la découverte des studios, marques, agences et designers qui gravitent autour de BED et qui nous inspirent en ce début d’année 2026 ! Depuis plusieurs mois, l’éditorial, le rythme, les projets sont en forte progression et l’on observe le développement significatif de l’intérêt et des communautés.

BED est un média, un véhicule et doit servir la communauté, les designers, les étudiants, les passionnés… Ce mois-ci, nous partons à la rencontre de Louis Béziau, designer associé et président de l’agence les Sismo. Depuis octobre 2024, cette agence parisienne s’est structurée en SCOP (Société Coopérative de Production), incarnant ainsi une vision du design à la fois stratégique, collective et engagée. Avec leur méthode du « design with care », les Sismo concrétisent la transformation des organisations face aux enjeux contemporains, en plaçant les fragilités humaines, sociétales et environnementales au cœur de la conception. (tout un programme)

Après Alexia AudrainCéline DavidManon PalieTamim DaoudiGauthier FlagelVincent GravièreMatthieu Bourgeaux, Agence PAD… A qui le tour ?

Rencontre : Louis Béziau, designer et président de l’agence les Sismo

Place à la rencontre…

Peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Je m’appelle Louis Béziau, je suis designer et président de l’agence les Sismo. Nous sommes une agence de design qui travaille sur des sujets très variés allant du design de politiques publiques au design d’expérience avec une approche systémique qui nous amène à mobiliser toutes les facettes du design (service, objet, digital, espace, organisation…).

Nous défendons une approche du design attentionnée, à la fois pour les individus, la société et l’environnement, et qui permette de transformer les organisations.

L’agence a été fondée en 1997 et nous l’avons reprise en SCOP en 2024 après un passage en redressement judiciaire. L’objectif était de garantir l’indépendance de notre pratique du design dans un contexte de concentration et de rachat par des cabinets de conseil et de développer un projet de gestion coopérative où chaque designer est en capacité de d’apporter sa pierre à l’édifice.

Quels est ton parcours ?

J’ai un parcours atypique dans le milieu dans lequel j’évolue, puisque je n’ai pas fait de grandes écoles de design. J’ai fait des études d’arts plastiques puis de conception multimédia (l’ancêtre de l’UX design) et un petit tour en école de commerce par curiosité de ce que pouvait apporter cet enseignement à la pratique du design.

Rencontre : Louis Béziau, designer et président de l’agence les Sismo

Quels sont vos projets du moment ?

En ce moment, je travaille pour l’AP-HP sur des sujets liés à leur entrepôt de données de santé et sur un projet qui me tient à cœur, qui est la plateforme Avenir(s) de l’ONISEP. C’est un projet sur lequel nous travaillons depuis plusieurs années maintenant et qui vise à accompagner les élèves dans leur orientation professionnelle, tout au long de leur scolarité et même après.

Et bien sûr, il y a le projet de l’agence au sein duquel nous travaillons les sujets stratégiques et opérationnels en mode coopératif, ce qui demande beaucoup d’exigence et d’attention dans la transparence et la mise en capacité de l’équipe.

Le travail de stratégie et d’organisation de l’agence en mode coopératif est un projet de design en soi.

On parle de design de service, c’est bien comme cela que tu définirais ton travail ?

Ma spécialité initiale est le design digital. J’ai commencé à parler de design de service il y a 10 ans, en arrivant chez les Sismo. Pour être franc, cette désignation m’a toujours un peu dérangé quand elle est utilisée comme mot-valise pour définir notre pratique du design.

Je préfère l’utiliser quand on parle effectivement de la conception d’un service.

Notre pratique du design est plus large puisqu’elle mobilise tour à tour toutes les spécialités du design (digital, service, espace, objet, politique publique, organisation, graphisme, …). Parler simplement de design ou éventuellement de design global ou stratégique me convient mieux.

L’agence est-elle pour toi une étape essentielle pour les jeunes designers ?

Je pense que commencer à pratiquer dans un collectif est très important pour pouvoir évoluer dans les premières années de pratique. L’agence est un moyen de le faire, mais on peut aussi travailler en collectif avec d’autres designers. L’essentiel est de travailler au contact de designers plus seniors et d’acquérir de l’expérience avec des sujets variés et ambitieux.

As-tu des projets « passion » en complément de tes activités pro ?

Je suis passionné de vin et je passe beaucoup de temps à lire sur le sujet, et bien sûr à déguster. Il y a quelques années, j’ai monté une start-up autour du vin avec un ami. On s’est bien planté, mais ça reste une belle expérience.

À l’époque, nous aurions gagné à mettre en place des expérimentations en mode PoC comme nous le faisons chez les Sismo, cela nous aurait permis d’aller à l’essentiel plus rapidement et avec plus de pertinence.

Quelles sont vos méthodes de travail, croisement équipe, rencontre, écosystème de free ?

Nous avons développé depuis des années des méthodes de travail dans lesquelles les designers sont hyper-autonomes dans les choix créatifs, l’organisation du projet et même le développement commercial. Cette autonomie va de paire avec beaucoup de collaboration, d’entraide et d’échange. Nous travaillons sur des sujets qui peuvent mobiliser beaucoup de compétences très différentes en simultanée. Le designer qui suit le projet de bout en bout doit donc collaborer avec d’autres experts au sein de l’équipe (pour les spécialités du design qu’il ne maitrise pas) ou chez des partenaires (pour les expertises en accompagnement, en conseil ou en ingénierie).

Nous avons aussi un partenariat étroit avec Open Communities avec qui nous travaillons quand nous devons accompagner des collectifs dans leurs transformations. C’est typiquement le cas quand nous concevons de nouveaux espaces de travail. Malgré l’attention que nous mettons dans notre pratique, avec beaucoup d’empathie dans la phase d’enquête, une co-création qui prend en compte les questions d’inclusivité et des expérimentations pour prouver la validité des concepts, nous avons besoin d’experts qui savent accompagner les changements profonds qu’induisent chez les usagers ce genre de projet, et à plus forte raison dans des environnements fragiles.

Un projet ou deux à nous présenter en détail ?

Je vais vous parler de la plate-forme Avenir(s) de l’ONISEP, un projet né à l’agence lors d’un atelier, sur la base d’un constat simple : l’orientation professionnelle est un processus long et les élèves ne bénéficient que de peu de suivi sur le sujet durant leur scolarité.

En partant de ce constat, nous avons imaginé une plateforme digitale unique capable d’accompagner les élèves en autonomie, mais aussi les enseignants, dans leurs cours. Nous avons commencé par une phase d’enquête en allant à la rencontre d’élèves de tous niveaux, mais également de professionnels de l’orientation, de chercheurs, de psychologues de l’Education Nationale, et bien sûr d’enseignants.

L’écosystème de l’éducation est assez complexe et il était nécessaire d’entendre toutes les parties prenantes pour anticiper les impacts que pourrait avoir une telle plateforme. Nous avons aussi travaillé avec des spécialistes de l’orientation pour comprendre les mécanismes à l’œuvre dans le processus d’orientation et dans l’acquisition des compétences qui permettent de s’orienter professionnellement tout au long de sa vie.

Nous avons ensuite animé des dizaines d’ateliers pour produire les maquettes de la plateforme, avec l’objectif de les soumettre aux utilisateurs, durant des tests. Cela nous a permis d’affiner les mécanismes et les parcours de cette plateforme. Depuis deux ans, maintenant, nous suivons la mise en ligne progressive et nous travaillons à sa bonne intégration dans l’écosystème éducatif.

Dans un autre registre, nous avons récemment accompagné le Paris Mozart Orchestra (PMO) et le Centre Hospitalier George Sand à Bourges dans la conception d’un tiers lieu qui vise à explorer le dialogue entre culture et santé mentale. C’est un projet passionnant qui s’inscrit dans la dynamique de Bourges 2028, Capitale européenne de la Culture.

C’est un projet comme nous les adorons, car nous avons à la fois imaginé les usages du tiers lieu avec les musiciens du PMO, les soignants, les patients et des acteurs locaux engagés dans le projet, mais aussi conçu l’aménagement du bâtiment aujourd’hui inoccupé de 950 m² situé au cœur de l’hôpital.

Nous avons exploré ce que peut être un lieu orienté sur la réhabilitation psychosociale, l’art-thérapie et la déstigmatisation des troubles psychiques avec la volonté d’en faire un véritable lieu d’échange et de culture. Le résultat sera un tiers lieu où des espaces de convivialité tels qu’un café engagé et une maison des usagers côtoient des espaces dédiés à la musique avec un auditorium et un studio d’enregistrement, et où tous les usages sont pensés pour faire se rencontrer publics, patients, musiciens et soignants.

Pour permettre un accueil inconditionnel, en intégrant certains besoins spécifiques liés à des situations de vulnérabilité, nous avons conçu des micro-architectures comme des espaces de repli, permettant de se mettre à l’abri ou de continuer à écouter un concert en se mettant à l’écart du groupe.

Rencontre : Louis Béziau, designer et président de l’agence les Sismo Rencontre : Louis Béziau, designer et président de l’agence les Sismo

Ces dispositifs, présents dans tous les espaces du tiers lieu, prennent soin de proposer des postures, des niveaux de proximité avec les groupes de publics, des matériaux et des perspectives sources d’apaisement et de régulation émotionnelle. Côté méthode, nous avons intégré à notre travail d’enquête une composante événementielle et culturelle en testant des formats de rencontre avec les acteurs locaux, des personnes inspirantes, les patients, les soignants et les publics. Ces moments ont permis de provoquer des échanges qui sont venus enrichir notre recherche et ont été l’occasion de produire des contenus sonores qui viennent ajouter une dimensions sensible à la restitution de l’enquête : une visite médiatisée mise en voix et en musique, présentant le recueil des paroles de patients.

As-tu une anecdote marquante autour d’un de tes projets ?

Je suis tombé récemment sur le travail de Larissa Fassler au Musée d’Orsay. Elle travaille sur les déplacements des visiteurs dans le musée créant des cartographies magnifique qui font écho à celle que nous manipulons dans notre pratique du design.

Elle agit comme une sociologue en restant en résidences parfois plusieurs mois dans les lieux, qu’elle s’attache à décrire dans ses œuvres. Ces travaux permettent une approche à la fois sensible et analytique de ces lieux.

Exposition «Larissa Fassler. État des lieux» et portrait © Musée d’Orsay / Laëtitia Striffling-Marcu © Adagp, Paris, 2026

Quel rôle le design joue-t-il selon toi dans la société actuelle et celle de demain ?

On observe un essor du design de politique publique depuis quelques années et je m’en réjouis. J’aimerais que le design soit mobilisé sur des grands sujets de société, et surtout qu’il le soit plus en amont.

Je pense que les politiques auraient intérêt à se saisir du design pour « concevoir » ce qui nous permettrait de vivre mieux ensemble.

Il me semble que nos méthodes d’enquête, de mobilisation des sciences sociales, de coconstruction, d’intelligence collective, de formalisation et d’expérimentation seraient particulièrement efficaces pour traiter ces sujets en générant du consensus.

Comment les designers peuvent-ils faire bouger les lignes aujourd’hui ?

Je pense que pour faire bouger les lignes, le design doit sortir de lui-même et aller à la rencontre d’autres expertises (politique publique, business, conseil…). C’est en étant capable de discuter sur un pied d’égalité avec d’autres experts et/ou clients que nous réussirons à montrer la valeur ajoutée du designer et à le placer au niveau stratégique où il doit être.

C’est par exemple ce que tend à faire l’École de Design Nantes Atlantique quand elle ouvre un Master avec Sciences-Po Rennes.

Quels conseils donnerais-tu aux étudiants en design et aux jeunes diplômés ?

Quand je participe à des jurys, je vois souvent des jeunes designers qui expriment l’envie de se lancer en freelance après leurs études. Je leur conseille toujours de travailler d’abord en équipe. Ils peuvent le faire en agence s’ils en ont l’occasion (le contexte actuel n’est pas forcément très favorable aux embauches), mais aussi en équipe intégrée ou dans un collectif.

L’expérience qu’ils vont acquérir dans leurs premières années de pratique sera vraiment de meilleure qualité. Je leur conseillerais aussi de développer des projets personnels qui les passionnent, car cela se ressent vraiment à la lecture des portfolios quand un designer a exploré un sujet en y prenant du plaisir.

Quels sont selon toi les principaux défis pour les designers de demain ?

Les périodes de crise sont des périodes pendant lesquelles nous avons tendance à nous replier sur ce que l’on considère être le plus essentiel. Je pense qu’un des défis qui attend les designers aujourd’hui, c’est de montrer la valeur ajoutée de la pratique du design pour à la fois apporter du soin, concevoir un monde plus habitable et aussi gagner en efficacité là où nous en avons besoin.

Peux-tu citer un jeune talent que tu souhaites mettre en lumière ?

Nous avons récemment invité Simon Bouchaudy à l’agence pour qu’il nous projette Énergies communes, son documentaire / mémoire de fin d’études à l’ENSCI. Au delà de la qualité du film, j’adore la manière dont il restitue son travail de recherche en utilisant un outil de plaidoyer qui lui permet de sortir du lot en termes de format de mémoire.

Que pouvons-nous te souhaiter pour la suite ?

Du succès pour l’agence, avec de beaux projets qui ont de l’impact, pour des clients publics et privés. Et aussi de continuer à avoir une équipe pleine d’ambition et d’attention pour écrire collectivement l’aventure des Sismo.

Rencontre : Louis Béziau, designer et président de l’agence les Sismo

Merci beaucoup pour ton temps Louis, ces mots et conseils pour les lecteurs de BED ! Au plaisir de pouvoir mettre en valeur vos futurs projets ! 

En savoir plus sur l’agence : les Sismo

By Blog Esprit Design


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À propos de l'auteur
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Vincent Roméo
Fondateur, rédacteur en chef chez 
Blog Esprit Design
Gardien de la maison BED, fondateur, dévoué je passe mon temps à veiller la nouveauté qui vous fera briller les yeux. En parallèle : Head of digital & Associé 14 septembre - Groupe Extreme

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