Elle brode l’acier comme un bijou : le corail imaginaire de Poh Sin Studio à Kuala Lumpur

Elle brode l'acier comme un bijou : le corail imaginaire de Poh Sin Studio à Kuala Lumpur
31 août 2026 /
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Specimen Garden, le nom intrigue autant que les premières images… La série de sculptures de Poh Sin Studio présentée à la Core Design Gallery de Kuala Lumpur au début de l’été embarque six pièces, six espèces imaginaires sur une base de nomenclature de botaniste et un vocabulaire de récif.

Le tout tient debout grâce à de l’acier, des perles de calcédoine et une certaine poésie nous invitant à venir déambuler entre fonds marins et espèces extraterrestres.

Elle brode l'acier comme un bijou : le corail imaginaire de Poh Sin Studio à Kuala Lumpur

Que regarde t on exactement dans Specimen Garden ?

Six spécimens, numérotés et baptisés comme dans un herbier : Melona, Aurelia, Fanora, Lacebud, Driflora et Ploomp. Le dernier nom sonne moins latin que les autres. Chaque pièce ressemble à un fragment de récif posé au milieu de la galerie. La posture évoque la plante, la texture évoque le corail, le détail évoque le bijou.

Pamela Poh Sin Tan, qui dirige le studio, parle d’une symbiose entre structure et ornement. La formule est juste, parce que les deux ne sont pas séparables ici, le squelette ne porte pas un décor ajouté après coup, il est brodé. Le bijoux vogue vers de nouvelle manière de vivre.

Comment l’acier devient une matière organique

La structure repose sur des ossatures d’acier filaire, fines et ouvertes, traitées en dégradés dans des teintes corail. L’acier reste un matériau raide, prévisible, qui accepte mal le flou. Le travail consiste ici à lui faire perdre son air d’échafaudage.

Le filament brodé à la main prend ensuite le relais et vient tendre la surface entre les lignes de métal. Puis arrivent les perles de calcédoine, cousues une à une, qui accrochent la lumière et créent cet effet de concrétion minérale que l’on associe aux formations coralliennes. Fragile, dense, et pourtant tenu par une armature métallique.

Ce croisement entre structure rigide et geste textile revient régulièrement sur BED. On l’avait vu dans une autre logique avec le luminaire brodé et perlé de Pierre Favresse, et plus récemment avec les objets tricotés en 3D de Gaspard Fleury-Dugy, où le fil devient volume. Le tissage de perles porté à l’échelle spatiale figurait aussi parmi les recherches montrées aux Rising Talent Awards 2024.

Elle brode l'acier comme un bijou : le corail imaginaire de Poh Sin Studio à Kuala Lumpur

Pourquoi le corail, les méduses et les diatomées ?

Pamela Tan cite le corail, les racines, les méduses et les diatomées comme points de départ. Ces organismes tiennent leur solidité de leur géométrie plutôt que de leur masse. Une diatomée (moi aussi je viens de regarder sur google) pèse presque rien et résiste pourtant à la pression de l’eau.

Le clin d’œil est d’ailleurs glissé dans les noms. Aurelia aurita, c’est le nom savant de la méduse commune. Les amateurs de biologie marine auront souri avant les amateurs de design.

Le corail comme modèle formel n’est pas neuf sur le blog. Le studio Entreautre s’en servait déjà pour maximiser les surfaces d’échange de son rafraîchisseur low tech en céramique imprimée en 3D. Même référence, deux intentions très différentes : la performance thermique d’un côté, la contemplation de l’autre.

Elle brode l'acier comme un bijou : le corail imaginaire de Poh Sin Studio à Kuala Lumpur

Un récif ou une mémoire de famille ?

Pamela Tan relie ces spécimens à l’ornement de son enfance sino malaisienne : rideaux de perles, bijoux de jade, textiles brodés. Le récif imaginaire devient alors une manière détournée de parler d’un héritage domestique, celui des maisons où la perle sert autant à décorer qu’à séparer les pièces.

L’objet ne se contente donc pas de copier une forme marine. Il transporte une culture matérielle jusque dans le geste de couture. Cette idée de matière chargée de récit traverse d’autres projets vus récemment, du mobilier de collection présenté chez Lafayette Anticipations pour la Paris Design Week 2026 aux pièces uniques posées entre design et sculpture comme la lampe en bronze noirci ARC n°1.

Qui est Pamela Poh Sin Tan ?

Poh Sin Studio est la pratique interdisciplinaire de Pamela Poh Sin Tan, artiste et conceptrice en architecture basée en Malaisie. Elle est titulaire d’un Master of Architecture (RIBA Part II) de l’University of Greenwich, au Royaume Uni. Son projet Mappa Mundi: A Map Maker’s Dream avait été exposé à la Royal Academy of Arts Summer Exhibition à Londres en 2015.

Le studio travaille sur des installations d’art public, des objets sculpturaux et des dispositifs spatiaux, montrés notamment à Pékin, Chengdu, Gwangju, Bangkok, Singapour et Londres. La formation d’architecte se lit assez bien dans Specimen Garden : ces pièces sont d’abord des structures avant d’être des décors.

Lornement peut redevenir structurel quand on arrête de le traiter comme un revêtement. Ensuite, un matériau industriel banal comme l’acier change complètement de statut selon le geste qui vient s’y poser. Enfin, l’observation du vivant reste une méthode de projet plus qu’un simple registre d’images, à condition de regarder les logiques plutôt que les silhouettes.

Le reste tient à la main. Coudre des perles de calcédoine une par une sur une armature métallique demande un temps que peu de projets acceptent encore aujourd’hui. C’est peut être aussi ce qui rend ces spécimens crédibles en tant qu’organismes : ils ont vraiment poussé lentement.

Photographies : Ewyn Shum et Bricksbegin. Plus d’informations sur pohsinstudio.com et sur le compte Instagram du studio.

©Crédit photo : Bricksbegin et Ewyn Shum

By Blog Esprit Design

English Version

Specimen Garden by Poh Sin Studio: a coral reef made of steel and chalcedony beads

Specimen Garden is a series of six sculptural specimens created by Poh Sin Studio, the interdisciplinary practice of Malaysian artist and architectural designer Pamela Poh Sin Tan. The body of work was exhibited at Core Design Gallery in Kuala Lumpur from 15 June to 26 July 2025. Each specimen, named Melona, Aurelia, Fanora, Lacebud, Driflora and Ploomp, is built from a skeletal steel framework finished in coral hued gradients, then hand embroidered with filament and chalcedony stone beads that read like coral concretions.

The project explores the relationship between structure and ornament, treating decoration as a load bearing part of the piece rather than a surface finish. Its references come from coral, roots, jellyfish and diatoms, natural systems whose strength derives from geometry rather than mass. The work also draws on the Chinese Malaysian ornamental culture Pamela Tan grew up with: beaded curtains, jade jewellery and embroidered textiles. Pamela Tan holds a Master of Architecture (RIBA Part II) from the University of Greenwich and has exhibited internationally, including at the Royal Academy of Arts Summer Exhibition in London.


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À propos de l'auteur
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Vincent Roméo
Fondateur, rédacteur en chef chez 
Blog Esprit Design
Gardien de la maison BED, fondateur, dévoué je passe mon temps à veiller la nouveauté qui vous fera briller les yeux. En parallèle : Head of digital & Associé 14 septembre - Groupe Extreme

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