
Il y a parfois des projets, décalés, différents, qui viennent faire « pop » dans nos séances de veille et détection de sujets à vous proposer sur BED.
Marmifere, rien que par son nom intrigue ! Ce projet d’assises urbaines signé Studio Lievito est lauréat de la première édition du White Carrara International Award et présenté au mudaC Museo delle Arti di Carrara de juillet au 13 septembre 2026.
Un nom qui vient du rail
Marmifere renvoie à la Ferrovia Marmifera di Carrara, cette ligne de chemin de fer de la fin du XIXe siècle construite pour relier les carrières des Alpes Apuanes à la mer, et de là au reste du monde. Une infrastructure logistique, pas un objet de design. Le studio florentin en fait pourtant le point de départ d’une série de pièces monolithiques pensées comme de la micro architecture pour la ville contemporaine.
Studio Lievito, fondé en 2012 à Florence par Laura Passalacqua, Francesco Taviani et Jacopo Volpi, revendique une filiation assumée avec les expérimentations d’Ugo La Pietra et les visions du collectif Archizoom. On retrouve cette parenté dans les plans inclinés qui refusent l’usage codifié, dans les formes primaires et dans la place laissée au jeu comme outil de critique de l’espace. Le design radical italien avait imaginé des objets volontairement peu commerciaux ; Marmifere en garde l’esprit tout en revenant à une fonction très concrète, celle de s’asseoir.
Deux modules, deux morphologies de carrière
Le premier module s’inspire des ravaneti, ces immenses talus de déchets de marbre qui dévalent les flancs de montagne autour de Carrare. Une face est creusée : elle dessine une assise inclinée, organique, tournée vers le paysage. La face opposée reste brute et devient un mur d’escalade pour les enfants, équipé de prises en plastique recyclé. Une cavité traverse la pièce de part en part, clin d’œil au tunnel d’entrée de la ligne marmifère. Mis côte à côte, les modules alignent leurs cavités et forment de petits tunnels traversables.
Le second module reprend le motif des terrasses de carrière, ces gradins taillés dans la roche. La traduction mobilière donne une succession de niveaux décalés, plusieurs façons de s’asseoir et autant de points de vue sur la ville. Même principe pour le revers : paroi inclinée, prises en plastique recyclé, cavité traversante.


La matière comme argument
Le marbre blanc de Carrare porte une charge symbolique lourde. Michel Ange, la statuaire antique, le luxe contemporain. Le voir servir de banc public et de structure de jeu produit un décalage plutôt réjouissant. Le blog avait déjà croisé cette idée avec Circo Minimo de Gianluca Gimini, circuit de billes en marbre destiné aux places urbaines, et avec la chaise R&BM de Jean Charles Kien, entièrement taillée dans la même pierre.
Sur le rapport entre carrière, territoire et objet, Les Ateliers du Magnolia 2025 proposaient une lecture voisine côté français.
Côté mobilier urbain, Marmifere dialogue aussi avec des projets déjà couverts ici : ESTRADE de Pierre Villez et ses glissières d’autoroute, NODE de Xinyi Liu et ses barrières détournées, ou La Vogue de Jean Couvreur, qui misait déjà sur la mémoire collective et le jeu. Trois approches différentes, une même intuition : le banc public peut faire autre chose que remplir un cahier des charges de collectivité.
Ce que le projet laisse ouvert
Le marbre massif questionne, poids, transport, coût, entretien en usage public. Le projet reste pour l’instant présenté en contexte muséal plutôt qu’installé durablement sur une place. Le White Carrara Award a toutefois vocation à laisser des œuvres en héritage urbain permanent, ce qui rend la suite intéressante à suivre.
Reste une idée simple et assez belle : faire du mobilier urbain un fragment de montagne posé en ville, à hauteur d’enfant.
Plus d’informations : Studio Lievito

































