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Projet étudiant : Lapis Collectio, deux objets pour accompagner le deuil par Josh L’Eplattenier

Aujourd’hui, place à des projets qui animent, qui questionnent et qui parfois, voir trop souvent nous ne les voyons pas sur le devant de la scène. Moins beau ? Sortant de l’imaginaire d’un étudiant ? Mais au final, le sens, le questionnement et la tentive d’apporter une réponse sont bien là… Voici Lapis Collectio, de Josh L’Eplattenier, étudiant en design industriel et produit.
Pensé dans le cadre de l’Atelier A (City Trees), ce projet prend pour point de départ un lieu précis : un sapin blanc à la Vue-des-Alpes, dans le Jura suisse. Un arbre au pied duquel reposent les cendres des grands-parents du designer. Un lieu fort et chargé de sens, d’émotions, de souvenirs…
Deux objets, un lieu
Lapis Collectio se compose de deux éléments : une assise et une lampe à huile, rien de plus. L’un pour s’asseoir, l’autre pour se rappeler, selon les mots du designer lui-même.
Ces objets sont pensés pour accompagner les moments de recueillement dans les forêts où des cendres sont dispersées ou enterrées au pied des arbres, une pratique en forte croissance. Le service allemand FriedWald, spécialisé dans le recensement de ces lieux forestiers, témoigne de cet essor des inhumations en milieu naturel. Le design doit donc s’adapter à des usages que nos espaces funéraires traditionnels n’ont pas toujours anticipés et qui vont de plus en plus nous questionner.
L’enjeu posé par le jeune designer est clair : comment créer une présence sans créer un monument ? Comment rendre un lieu de souvenir plus intentionnel sans dénaturer ce qui le rend précieux, à savoir le paysage lui-même ?
La pierre comme matière première et comme symbole
Le matériau principal est la pierre calcaire locale, travaillée à la main et par usinage. La pierre calcaire est celle des crêtes du Jura, des sols rocailleux aux abords des arbres, de la matérialité du territoire. Elle fait directement écho aux marqueurs funéraires traditionnels, aux pierres tombales, à cette longue histoire de la minéralité comme support de mémoire.
L’assise est taillée dans ce calcaire, sa forme est sobre, presque géométrique, avec un dégagement à 30° usiné au disque diamant pour assurer le maintien.
On est loin de l’objet décoratif pensé pour une boutique, on est dans un objet de terrain, conçu pour résister aux intempéries et au temps, comme la pierre sait le faire depuis des millénaires. La démarche n’est pas sans rappeler les projets de mobilier qui tirent leur force d’un ancrage territorial fort, à l’image des travaux présentés sur le blog autour du design et des territoires.

La lampe à huile : le feu sans le risque
La lampe à huile est le second objet de la collection. Sa fabrication repose sur un assemblage en acier inoxydable poli, avec des soudures au point corps-couvercle et fond-corps, un percement traversant, et un taraudage pour la tête, qui se dévisse pour remplir le réservoir d’huile. La finition est polie. L’acier inoxydable contraste avec la matité de la pierre calcaire, mais sans violence. Les deux matériaux se tolèrent, dialoguent presque naturellement.
La lampe apporte le feu dans un environnement naturel, en toute sécurité. La flamme dans les rites funéraires est universelle, elle traverse les cultures et les religions. Ce projet ne s’inscrit dans aucune tradition particulière, il les convoque toutes discrètement. On peut penser à la Flora Lamp II de Marcin Rusak, qui explore aussi la lumière comme support de contemplation et de mémoire, dans un registre différent mais avec la même attention à l’instant. On peut aussi penser aux luminaires en cire végétale de Baguette Studio, qui posent une question similaire sur la matière et la durée de vie des objets.
Un projet enraciné mais pas fermé
Ce qui distingue Lapis Collectio d’un simple projet personnel, c’est l’ambition d’universalité contenue dans une démarche très située. L’Eplattenier conçoit ces objets pour le Jura, pour un sapin blanc précis, pour un acte de deuil intime. Mais il précise aussi que les formes sobres et les méthodes simples d’assemblage permettent une adaptation à d’autres contextes géographiques et culturels.
La notion de réversibilité apparaît d’ailleurs dans le cahier de recherche. Les objets peuvent être retirés, déplacés, réutilisés dans un autre lieu. On n’est pas dans le permanent mais dans l’accompagnement. Ce positionnement rejoint une réflexion plus large sur ce que le design peut apporter à des espaces publics ou semi-privés qui ne sont pas encore totalement pensés pour accueillir le deuil non monumental.
L’usinage comme langage
Sur le plan technique, le projet témoigne d’une maîtrise des procédés qui mérite d’être soulignée. L’assise en calcaire est usinée au disque diamant. La lampe en inox est soudée, taraudée, percée avec des cotes précises au dixième de millimètre. Les premiers tests réalisés avec un mélange bois et pierre calcaire ont permis d’affiner les volumes avant d’arriver aux prototypes finaux. Ce travail de prototypage, visible dans le cahier, donne une réalité physique au projet. Ce n’est pas un concept de fin d’études resté à l’état d’image de synthèse.
Le designer choisit de ne pas sur-expliquer. Les formes parlent d’elles-mêmes. La dualité des deux objets, assise et lampe, crée une petite liturgie personnelle, portable, laïque. Prendre le temps. Se recueillir. C’est, mot pour mot, ce qu’il écrit dans ses notes de recherche.
Pourquoi ce projet compte
Le design funéraire reste un champ peu exploré, souvent laissé à des conventions très codifiées. La question de ce que l’on pose au pied d’un arbre, dans une forêt, pour honorer une mémoire, est une question à la fois très intime et très universelle. Lapis Collectio ne prétend pas y répondre définitivement. Le projet propose une piste : deux objets en pierre et en acier, ancrés dans un territoire, discrets dans le paysage, et suffisamment ouverts pour être appropriés ailleurs.
Plus d’informations sur le designer : joshleplattenier.ch
















































































