Un an de tests, du chêne brûlé et une résine maison : l’histoire des Yakisugi Speakers

Un an de tests, du chêne brûlé et une résine maison : l'histoire des Yakisugi Speakers
21 août 2026 /
Pas encore de commentaires

Brûler volontairement le meuble que l’on vient de fabriquer relève d’une décision assez brutale, même si elle est maitrisée.

C’est pourtant le point de départ du projet Yakisugi Speakers, un système d’enceintes développé par Studio Ambre avec Phasis Audio Systems, présenté à Milan lors de l’exposition DEORON au printemps dernier. Le studio tire son nom de l’ambre, cette résine fossilisée sur des millions d’années, et travaille sur la transformation lente de la matière.

Le feu va venir ici un peu le calendrier.

Pourquoi brûler du bois pour fabriquer une enceinte ?

Le yakisugi, parfois appelé shou sugi ban en Occident, est une technique japonaise de conservation du bois par carbonisation de surface. Elle protège les bardages extérieurs de l’humidité, des insectes et du feu, par le feu. Les architectes s’en sont emparés depuis plusieurs d’années : le studio Ciguë l’avait utilisé sur le bardage en Douglas brûlé de la boulangerie Pain Paulin, et on retrouve le même principe sur les poteaux de cette maison expérimentale en bambou publiée récemment sur le blog.

L’appliquer à un objet sonore change la donne, une façade brûlée doit tenir sous la pluie. Une caisse d’enceinte doit vibrer d’une manière précise, ou plutôt ne pas vibrer là où il ne faut pas. Studio Ambre a passé plus d’un an à tester des échantillons de chêne pour observer ce que la chaleur fait à la densité, à la porosité et au micro relief du bois. Le studio a choisi de ne pas rejouer la méthode traditionnelle à la lettre, mais d’en garder le principe, l’esthétique finale.

Quels matériaux composent les Yakisugi Speakers ?

Le corps est en chêne massif, taillé avant de passer à la combustion. La surface carbonisée obtenue est noire, fissurée, avec des reliefs et des variations de ton qui suivent le fil du bois. Aucune pièce ne ressemble donc à une autre.

Cette couche de charbon reste fragile, le studio l’a stabilisée avec une résine développée au fil de plusieurs prototypes, qui pénètre la matière, fixe la texture et améliore la tenue à l’humidité sans lisser l’aspect brut. La cohabitation bois brûlé et résine avait déjà été explorée ici, notamment dans la collection Pinus Pinaster de Fabien Barrero, où un mélange de résine et de charbon de bois remplissait un socle en chêne massif.

Troisième matériau, moins visible : un caisson interne en aluminium isole la chambre acoustique du bois. Le chêne bouge avec le temps et l’hygrométrie, l’aluminium va lui garantir la longévité de l’ensemble. La structure sépare donc la peau expressive de l’organe technique.

Que devient la boîte qui a servi à brûler l’objet ?

C’est le détail que l’on retient, les enceintes ont été brûlées à l’intérieur de caissons en bois construits sur mesure, qui fonctionnent comme des cheminées verticales : le feu part de la base, le tirage s’intensifie, la combustion se fait de façon régulière. Ces mêmes caissons servent ensuite d’emballage pour le produit fini.

L’outil de production devient le contenant du produit. On peut y voir une bonne idée d’économie de matière, ou un excellent argument narratif. Probablement les deux à la fois.

Le son suit-il vraiment ?

C’est la question qu’on peut se poser, dès qu’une enceinte prend des allures de sculpture, et les commentaires sous nos articles sur l’enceinte MinuSkull de Kuntzel et Deygas ou sur Tiptop, le haut parleur d’angle des étudiants de Stanford en gardent la trace. Une belle boîte ne fait pas une bonne enceinte.

Studio Ambre a confié la partie acoustique à Phasis Audio Systems, fabricant suisse, avec un accordage des transducteurs sur les caractéristiques de résonance de la caisse en chêne brûlé. L’objectif annoncé vise un vrai niveau audiophile, pas un objet de galerie équipé d’un amplificateur. Il faudra une écoute pour trancher, mais la démarche diffère de celle d’un boîtier dessiné après coup autour de composants existants.

Un an de tests, du chêne brûlé et une résine maison : l'histoire des Yakisugi Speakers Un an de tests, du chêne brûlé et une résine maison : l'histoire des Yakisugi Speakers

Pourquoi ce projet intéresse BED ?

Parce qu’il assume la trace du processus comme finition, le même geste que celui de Tatu Laakso, qui refuse de cacher la coupe dans ses assises. Le défaut devient signature : la couleur, les craquelures et les reliefs racontent la durée du feu et la position de la pièce dans le caisson. Une approche assez proche de la pensée wabi sabi, souvent citée et rarement appliquée avec autant de rigueur technique.

Un objet unique par nature s’accommode mal d’un catalogue, d’un service après vente et d’un stock. Studio Ambre annonce un site en préparation, à suivre mais bravo pour ce beau projet.

Un an de tests, du chêne brûlé et une résine maison : l'histoire des Yakisugi Speakers Un an de tests, du chêne brûlé et une résine maison : l'histoire des Yakisugi Speakers Un an de tests, du chêne brûlé et une résine maison : l'histoire des Yakisugi Speakers

Plus d’informations : Studio Ambre et @studio_ambre

Crédits : film par Lucho Rangel,

photographies @anoukdlpns, @luchorangel, @mathilde.c.6.

Projet développé avec @phasisaudiosystem

By Blog Esprit Design

English summary

Studio Ambre, a design practice named after amber and focused on time, material transformation and perception, has developed the Yakisugi Speakers in collaboration with Swiss manufacturer Phasis Audio Systems. The project was shown at DEORON during Milan Design Week 2026.

Rather than redesigning the shape of a loudspeaker, the studio reinterprets an existing cultural object through material treatment. Solid oak enclosures are charred using a process inspired by the Japanese yakisugi technique. Custom wooden boxes act as vertical chimneys, igniting the pieces from the base so airflow drives an even burn. Those same boxes are later reused as product packaging, turning a production tool into the final container.

The carbonised surface is stabilised with a resin developed across several prototypes, which preserves the texture while reinforcing durability and moisture resistance. Reported sources indicate a concealed aluminium enclosure isolates the acoustic chamber from timber movement. Phasis Audio Systems tuned the drivers to the resonance of the burnt oak cabinet, with the stated aim of genuine high fidelity performance. Each unit carries a different burn pattern, so no two pieces are identical.


Gallerie (33)

ImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImage
À propos de l'auteur
Image
Vincent Roméo
Fondateur, rédacteur en chef chez 
Blog Esprit Design
Gardien de la maison BED, fondateur, dévoué je passe mon temps à veiller la nouveauté qui vous fera briller les yeux. En parallèle : Head of digital & Associé 14 septembre - Groupe Extreme

Laisser un commentaire

Ne manquez pas les actualités design
Dans le même rayon
À découvrir aussi

Annonces

Ne manquez pas les actualités design
Image