La revue d'architecture et de design
Cenit, un horizon suspendu : quand Natural Urbano transforme la cellulose vivante en paysage de lumière

Peut-on faire pousser une lampe comme on cultive un jardin ? La question semble revenir de plus en plus sur BED, une fois on parle de champignon, une autre fois d’une substance étrange… Pourtant voici ce matin, Cenit, la nouvelle collection de luminaires signée Natural Urbano et Polybion. Lancée en juillet dernier, cette série marque la seconde collaboration entre le studio de design mexicain et l’entreprise de biomatériaux, après le luminaire Lapso. Là où Lapso présentait la matière sous une forme plutôt sculpturale, Cenit fait entrer la cellulose cultivée dans une collection d’éclairage pensée pour l’habitat, le studio et pourquoi pas l’hôtellerie.
Cenit, c’est quoi au juste ?
Cenit désigne le point le plus haut du ciel au-dessus d’un observateur. La collection cherche à traduire cette idée en une ligne horizontale de lumière, une lueur chaude qui semble flotter entre la matière et l’espace. Natural Urbano puise son inspiration dans les couchers de soleil dorés (golden hour) et dans les compositions linéaires des années 1970. On pense au soleil qui touche l’horizon, sans avoir besoin de ressortir les vinyles disco pour se mettre dans l’ambiance.
Le studio, fondé en 2006 par Sebastián Beltrán et Lorena Márquez, articule son travail autour de la matière, du récit et de l’usage. Cenit prolonge cette recherche en traitant la lumière à la fois comme un élément fonctionnel et comme objet d’intrigue.
De quoi est faite la lumière de Cenit ?
La collection réunit trois matériaux qui dialoguent. Le frêne compose la structure et donne à chaque pièce sa clarté architecturale. L’acier inoxydable apporte la précision et l’équilibre des fixations. Et surtout, des couches translucides de Celium Manto, une cellulose cultivée développée par Polybion, filtrent la lumière.
Celium est une nano-cellulose bactérienne, concrètement, Polybion nourrit des bactéries avec des déchets de fruits issus de l’industrie agroalimentaire. Par fermentation, ces bactéries produisent un réseau de cellulose qui se forme feuille après feuille. La matière est ensuite récoltée puis transformée. La version Manto retenue pour Cenit a été choisie pour sa translucidité, sa chaleur et ses variations biologiques.
Chaque feuille possède sa propre densité, sa teinte et sa texture, qui deviennent visibles une fois la lampe allumée. La matière ne sert donc pas de simple abat-jour décoratif, elle fait partie de la lumière elle-même et apportera de la chaleur à notre intérieur.
Cette logique du vivant devenu matière de projet, on l’a déjà croisée sur le blog. La lampe B-Wise cultivée en mycélium de champignon explorait une piste voisine, tout comme les étagères MODYL du Studio Felice, où le bois porte la structure pendant que la matière biologique joue sa propre partition. L’idée de nourrir la matière avec des rebuts de fruits rappelle aussi les biomatériaux tirés de déchets d’ananas présentés par Andrea De la Peña.
Comment l’objet prend-il forme ?
Cenit repose sur une colonne vertébrale en fines feuilles de frêne, pressées et clouées ensemble. La feuille de Celium Manto est maintenue entre quatre couches de frêne de chaque côté, soit huit au total, fixées par le même procédé. On obtient un cadre net qui laisse la surface translucide pleinement visible.
La collection se décline en trois formats. Le pendant L, adapté aux salles à manger, aux espaces de vie et aux intérieurs d’hôtellerie. Le pendant S, convient aux espaces compacts et aux compositions plus discrètes. La lampe à poser trouve sa place sur un bureau, une table de chevet ou un coin tranquille. Les suspensions diffusent une lumière chaude à 3000 K, la lampe de table monte à 4000 K, le tout avec une source LED intégrée.
Le passage de la suspension linéaire à la lampe à poser garde le même langage. On retrouve cette manière de faire dialoguer une matière structurelle et une matière translucide dans les recherches de hors-studio autour des biomatériaux lumineux ou dans la collection Le Labo de Baguette Studio, pensée à partir d’une cire naturelle.
Pourquoi ce projet peut intéresser designers et architectes ?
Chaque lampe Cenit est fabriquée à la demande, avec un délai estimé à cinq semaines, le temps que la cellulose soit cultivée. Comme la matière pousse au cas par cas, deux exemplaires ne sont jamais tout à fait identiques. Les variations de teinte, de texture et de translucidité ne sont pas des défauts à corriger, elles font l’unicité de la pièce. Pour un prescripteur, cela pose une question intéressante sur le rapport à la standardisation et sur ce qu’on accepte de laisser au vivant. La collection est distribuée par Vibe Lab.
En savoir plus sur le projet : Natural Urbano & Polybion.






















































