ALVA : la cire d’abeille devient un matériau d’architecture intérieure

ALVA : la cire d'abeille devient un matériau d'architecture intérieure
17 août 2026 /
Pas encore de commentaires

La cire d’abeille évoque la bougie de Noël, le parquet de la grand tante ou la moustache d’un barbier hipster. Rarement une cloison de trois mètres ou de la décoration intérieure. Avec ALVA, projet de diplôme mené à l’École Boulle, Anaïs Valdher Untersteller déplace cette matière du rayon entretien vers le champ de l’architecture intérieure.

La gamme se décline alors en quatre typologies : un paravent, un lustre, une table basse et des vases.

Qui est Anaïs Valdher Untersteller ?

Elle a 23 ans, vient de Rennes et vit à Paris depuis deux ans. ALVA est son projet de diplôme en DSAA Design d’Objet Manufacture Contemporaine à l’École Boulle de 2026. Elle travaille aujourd’hui comme assistante designer mobilier chez Pierre Yovanovitch Mobilier.

Son enfance à la campagne, dans un jardin en friche où les insectes font leur travail sans intervention, explique en partie la suite. Elle observe le vivant comme un système d’équilibres discrets. Cette attention se retrouve dans sa façon de choisir une matière : pour son origine, son territoire, son histoire, avant son rendu.

L’École Boulle a déjà produit des projets de diplôme qui interrogent la matière plutôt que la silhouette, comme les chaises bi matériaux COEXIST ou ce travail sur les odeurs et la mémoire olfactive. ALVA prolonge cette famille.

C’est quoi, la « cire de corps », et pourquoi finit elle à la poubelle ?

Dans une ruche, la cire des opercules part chez les fournisseurs, qui la filtrent pour produire les feuilles de cire gaufrée vendues aux apiculteurs. La cire dite « de corps », celle des cadres vieillis d’un an ou plus, suit un autre chemin : jugée impure pour l’abeille, elle est souvent mise de côté. Une ressource déclassée, donc, mais disponible.

La jeune designer la collecte auprès d’apiculteurs partenaires, dont MeliMalo et une association rennaise, puis la filtre et la refond. La manufacture Icko Apiculture lui a prêté une cuve professionnelle pour la fonte. Le protocole est déjà un acte de design : transformer sans effacer les traces.

Le blog avait suivi une logique voisine avec Baguette Studio et sa collection de luminaires en cire naturelle, ou avec les bougies en cire d’abeille d’Apis Cera. La différence tient à l’échelle visée ici : on passe de l’objet posé sur une table à la cloison qui structure une pièce.

Comment un papier gaufré devient il une matière de construction ?

Le mouler en masse aurait donné des pièces lourdes et coûteuses en matière. La designer choisit une autre voie : le papier comme ossature.

Le papier retenu est un Fedrigoni 200 g. Il passe d’abord sous une presse roulante équipée de matrices en PLA imprimées en 3D, modulables et interchangeables, qui impriment le motif alvéolaire. Il est ensuite plié, puis saturé à cœur par trempage total dans la cire chaude. En sortant du bain, il se rigidifie, devient translucide et résiste à l’eau. La cire agit comme une peau, un liant, un révélateur de surface.

Les plis, les tensions et les défauts restent visibles. La fabrication assume le geste plutôt que la perfection industrielle. Ce rapport au papier comme matière structurelle rejoint le travail d’Alix Petit sur les déchets de papier et de carton et, dans un registre plus léger, les luminaires pop up de Risette.

Que contient la collection ALVA ?

Quatre familles d’objets, associées au chêne massif ciré et au laiton ciré : un paravent architectural qui reprend les principes de fixation des cadres de ruche, un lustre monumental, une table basse et des vases.

Le vocabulaire vient forcément de la ruche : répétition, économie de matière, construction modulaire. Les modules s’assemblent et se remplacent. Une pièce abîmée ne condamne pas l’ensemble, ce qui reste rare pour un objet à forte présence visuelle. Sur ce terrain du séparateur d’espace conçu comme un manifeste matériel, on pense au paravent Volatilis de Julien Coutureau, autre pièce née d’un dialogue entre bois et matière souple.

Pourquoi la lumière et l’odeur comptent autant que la forme ?

À petite échelle, la cire se voit et se touche, à grande échelle, elle se ressent, le papier plissé filtre la lumière et la rend opalescente. Une odeur discrète se diffuse dans la pièce, ce qui donne au projet une dimension sensorielle que peu de matériaux d’agencement proposent.

Le pari mérite d’être vérifié dans la durée : tenue thermique, entretien, comportement de la cire dans un intérieur chauffé. Anaïs Valdher Untersteller ne prétend pas avoir bouclé le sujet, elle ouvre une piste et documente son protocole. C’est sans doute la position la plus honnête pour un matériau composite biosourcé encore jeune.

Où voir ALVA ?

La collection est présentée dans le cadre de la Paris Design Week, sélection Factory, au 116 rue de Turenne à Paris 3e, métro Filles du Calvaire. Ouverture le jeudi 10, jusqu’au lundi 14 septembre 2026.

ALVA : la cire d'abeille devient un matériau d'architecture intérieure ALVA : la cire d'abeille devient un matériau d'architecture intérieure

Instagram de la designer : @anais.valdher

Fiche participant : Paris Design Week Factory

By Blog Esprit Design

English version

ALVA: beeswax as an interior architecture materialALVA is the graduation project of French designer Anaïs Valdher Untersteller, developed at École Boulle in Paris and presented in 2026. The project takes « body wax », the beeswax from older hive frames that beekeepers usually set aside as unusable, and turns it into a material for interior architecture. Working with partner beekeepers and a beekeeping equipment manufacturer, the designer collects, filters and remelts this discarded resource.

Rather than casting solid wax, she uses paper as a lightweight structure. A 200 gsm Fedrigoni paper is embossed with a honeycomb pattern using a roller press and interchangeable 3D printed PLA dies, then folded and fully dipped in hot wax. The paper becomes rigid, translucent and water resistant, while folds and irregularities stay visible.

The collection combines this waxed embossed paper with solid oak and brass: a modular folding screen based on hive frame fixings, a large pendant light, a coffee table and vases. Light passes through as an opalescent glow, and a faint honey scent completes the experience. ALVA is shown during Paris Design Week in Paris.


Gallerie (56)

ImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImage
À propos de l'auteur
Image
Vincent Roméo
Fondateur, rédacteur en chef chez 
Blog Esprit Design
Gardien de la maison BED, fondateur, dévoué je passe mon temps à veiller la nouveauté qui vous fera briller les yeux. En parallèle : Head of digital & Associé 14 septembre - Groupe Extreme

Laisser un commentaire

Ne manquez pas les actualités design
Dans le même rayon
À découvrir aussi

Annonces

Ne manquez pas les actualités design
Image