La revue d'architecture et de design
Alexandre Echasseriau et Ndao Hanavao : une baladeuse malgache née des déchets d’une ville

À Antananarivo, le délestage rythme les journées. Un mot un peu lointain pour les occidentaux que nous sommes, ce sont des coupures planifiées, mises en place lorsque la production d’électricité ne couvre plus la demande grandissante. Les quartiers passent chacun leur tour dans le noir, une rotation organisée pour éviter l’effondrement complet du réseau.
Alexandre Echasseriau (déja passé sur BED), avec le laboratoire Ndao Hanavao, imaginent un projet de lampe de secours sur base de produits recyclés.
Le designer, passé par l’École Boulle puis l’ENSCI Les Ateliers, travaille depuis plusieurs années à Madagascar sur la collecte et la transformation des déchets plastiques de la ville. La méthode s’inspire de l’écosystème ouvert Precious Plastic : fabriquer ses propres machines, ses propres moules, puis produire en série des objets utiles avec une équipe de jeunes Malgaches formés sur place par la fondation Rubis mécénat.
De quels matériaux est faite la lampe Délestage ?
Le corps de la lampe est en polypropylène (PP) et polyéthylène haute densité (PEHD) recyclés, collectés localement auprès d’une filière de collecte spécialisée. Deux procédés se partagent la fabrication : l’injection plastique pour les pièces structurelles, la thermocompression pour les plaques et le déflecteur. Résultat, une matière marbrée dont le motif change à chaque pièce, entre le terrazzo et la confiture de fruits rouges. Le catalogue des finitions assume d’ailleurs le registre gourmand : uni, bicolore, petites taches, grandes taches, tutti frutti.
Ce styles de matière fondue, le blog l’a déjà croisée ailleurs, notamment avec la raquette PONG en HDPE recyclé ou avec le tabouret Baiji de Polimair, en polypropylène recyclé massif. Même famille de matière, contextes de production très différents.
Quelle forme donner à un objet qui doit se poser, se porter et se brancher ?
La silhouette évoque un fer à repasser de collection, ou un vieux projecteur de chantier. Un tronc légèrement galbé, une poignée moulée traversante, un disque de 208 mm monté sur rotule qui oriente la lumière sur 90 degrés. L’enrouleur de câble est intégré à la face arrière, ce qui évite le nœud rituel derrière la table de chevet. Poids total, 1 kg, pour un encombrement limité permettant de facilité le déplacement.
La poignée place l’objet dans la lignée des baladeuses, cette typologie que le blog suit régulièrement, de NOD par TIPTOE au kit lampe d’Elian Hillereau. Une lampe que l’on déplace est une lampe que l’on utilise vraiment.
Comment fonctionne l’alimentation pendant une coupure ?
La lampe se branche sur secteur 220 V et embarque toute son alimentation. Pas de bloc externe à transporter ni à égarer. Au quotidien, elle éclaire comme n’importe quelle lampe à poser. En cas de coupure, elle bascule automatiquement sur une batterie de moto 12 V logée dans le socle, puis se recharge seule au retour du courant. Comptez 10 heures de charge pour environ 30 heures d’autonomie, avec une puissance LED réglable de 8 à 35 W. Une charge solaire et une prise USB C figurent en option.
Détail qui compte : l’électronique est produite localement à partir de composants d’ordinateurs recyclés. La carte de gestion, le convertisseur et l’interrupteur sont assemblés sur place. C’est peut être là que le projet devient intéressant pour un lecteur français : la question de la réparabilité, que nous abordions avec Jurie & Jarre et sa batterie remplaçable, trouve ici une réponse assez radicale. Une batterie de moto se remplace au coin de la rue, à Antananarivo comme ailleurs.
Un objet local, une méthode transposable ?
Ndao Hanavao fonctionne comme un laboratoire de design social soutenu par Rubis Mécénat, où des designers invités développent des projets avec de jeunes apprentis. Le modèle ressemble par certains aspects à ce que pratique l’Atelier Stiloop en France, avec des moyens et une urgence différents.
On pourrait discuter la longévité d’une batterie plomb dans un usage quotidien. C’est une questions ouverte, mais il est important qu’elle puisse être utilisée, reprise, réparée, au coeur d’un marché et une utilisation locale. La batterie, de moto est une bonne opportunité pour que la population puisse facilement l’utiliser..
En savoir plus sur le projet et créateurs : Alexandre Echasseriau et Ndao Hanavao


























































