Mod-u : la lampe modulaire en coquille d’œuf par Joanne Odisho

Mod-u : la lampe modulaire en coquille d'œuf par Joanne Odisho
17 juin 2026 /
Pas encore de commentaires

Bon, vous connaissez mon amour pour les luminaires ainsi que pour les recherches de nouveaux matériaux, alors ce matin, bingo ! Avec le projet Mod-u, la designer australienne Joanne Odisho pose la question ou plutôt nous propose l’idée : et si une lampe était quelque chose que vous assemblez vous-même, que vous modifiez selon l’humeur, et qu’elle soit faite de matériaux que vous n’auriez jamais imaginé trouver dans un luminaire ?

La réponse tient en trois modules empilables, à base de coquille d’œuf, avec du papier japonais et du contreplaqué.

Mod-u : la lampe modulaire en coquille d'œuf par Joanne Odisho

La modularité, vieille idée, nouveau souffle

Le luminaire modulaire reste un sujet qui anime les designers et créateurs. On a déjà vu des systèmes de suspension configurables chez Nic Wallenberg, des propositions de lampes à empiler chez Sebastian Reuthal avec We Are, bois, plastique, marbre réunis en une seule colonne, ou encore les recherches de Klaudia Zmuda avec ModuLight, où chaque module est commandable de façon autonome. La question n’est donc pas « modulaire ou non » mais « qu’est-ce que la modularité apporte de plus à l’objet et à son usager ?« 

Car on est souvent dans la belle histoire, le concept en communication ou en acte de vente, mais qui une fois installée n’est que trop peu modifiée…

Mod-u : la lampe modulaire en coquille d'œuf par Joanne Odisho

Chez Joanne Odisho, la réponse est un peu plus poussée. D’abord, une liberté de configuration complète : Mod-u existe en trois hauteurs, 29, 84 et 129 centimètres, toutes construites à partir du même module de base de 30 x 30 centimètres.

Ensuite, on empile deux, trois, quatre modules, et la colonne lumineuse change de proportion, de présence, de caractère. Ensuite, une invitation à retrouver quelque chose d’antérieur au bon goût et aux règles de l’intérieur bien décoré.

La nostalgie comme méthode de travail

Le nom du projet dit déjà beaucoup. Mod-u, contraction de « modular » et « you », soit la modularité configurée par vous. Mais l’intention va plus loin que le jeu de mots, la designer s’appuie sur une mémoire partagée : celle du jeu d’empilement, de l’assemblage intuitif, du prototype improvisé sur un tapis de chambre d’enfant. Avant la théorie du design, avant le vocabulaire architectural, il y avait les mains qui construisent sans plan précis.

Ce point de départ est intéressant, il oriente la forme, il justifie la logique du projet, et il explique pourquoi Mod-u ne cherche pas à faire propre ou parfait. La lampe invite à l’expérimentation, à la reconfiguration, à l’appropriation. Ce n’est pas un objet fini qu’on pose quelque part et qu’on n’y retouche plus.

Ce que les matériaux disent du projet

C’est probablement là que Mod-u se distingue le plus clairement. Les modules sont fabriqués à partir de trois matières : un composite de coquille d’œuf, du PLA enrobé de papier Unryu, et du contreplaqué.

La coquille d’œuf est un matériau que l’on commence à voir apparaître dans la recherche en design durable, souvent comme charge dans des résines ou des composites. Ici, elle est constitutive du module lui-même. La matière est biodégradable, issue d’un déchet alimentaire massif, et elle confère à la surface une texture que ni le plastique ni le bois ne peuvent imiter. Une légère irrégularité, presque organique.

Le papier Unryu, lui, est un papier japonais fabriqué à base de fibres longues de mûrier. On le reconnaît à sa translucidité et à ses filaments visibles. Enduit de PLA, bioplastique biosourcé que l’on connaît bien dans le monde du luminaire imprimé en 3D, comme le montrait la Dancer lamp d’Emil Robbrecht ou encore la lampe BULB de Benjamin Decle, ce papier prend une consistance ferme tout en laissant passer la lumière de façon diffuse. Le résultat, quand la lampe est allumée, doit être proche d’une lumière tamisée, filtrée, sans dureté.

Le contreplaqué assure la structure. Matériau humble, précis dans la découpe, solide dans la durée. Il ancre le projet dans quelque chose de concret, loin du registre du produit conceptuel qui ne tient pas debout dans une vraie pièce.

L’ensemble de ces choix matériaux est explicitement orienté vers la biodégradabilité. Joanne Odisho n’utilise pas ce terme comme argument de vente, elle en fait le cadre de conception. Ce n’est pas une lampe durable parce qu’elle est construite pour durer des décennies. C’est une lampe consciente de sa propre finitude, ce qui est une posture assez différente. Cette réflexion sur les cycles de vie du matériau rappelle les recherches récentes de Baguette Studio avec Le Labo 1.0, ou de projets plus proches du bioplastique organique qui travaillent eux aussi la temporalité de l’objet.

Mod-u : la lampe modulaire en coquille d'œuf par Joanne Odisho

Mod-u : la lampe modulaire en coquille d'œuf par Joanne Odisho

Mod-u : la lampe modulaire en coquille d'œuf par Joanne Odisho

Un palmarès qui commence à peser

Joanne Odisho n’est pas une inconnue en Australie. Diplômée du Royal Melbourne Institute of Technology en design de mobilier puis en design d’intérieur, elle a remporté en 2023 le prix de Designer diplômée de l’année décerné par le Design Institute of Australia, catégorie nationale. En 2024, elle est shortlistée pour l’Australian Design Review 30under30. En 2026, Mod-u lui vaut l’Australian Furniture Design Award, présenté au NGV en collaboration avec Stylecraft, ce qui n’est pas une petite affaire dans le paysage du design australien.

Le projet a également été couvert par Fast Company, The Guardian et Vogue Adria. Ce n’est pas un projet d’étudiant resté dans un tiroir. C’est un objet disponible à la vente, sur demande directe à la designer.

Ce que Mod-u dit sur l’état du design aujourd’hui

Joanne Odisho travaille à Melbourne. Elle vient d’un background en design d’intérieur, ce qui se ressent dans sa façon de penser l’objet dans son contexte spatial plutôt que de manière isolée. Mod-u n’est pas une sculpture lumineuse. C’est un objet pensé pour une pièce, pour une relation entre les proportions de la lampe et celles de l’espace qui l’accueille.

Ce type de projet, à la jonction entre matériaux biosourcés, logique modulaire et ancrage dans l’expérience sensible, est peut-être l’une des pistes les plus convaincantes du design d’objet en ce moment. Pas spectaculaire, pas viral, mais juste et cohérent du début à la fin.

Pour en savoir plus : joanneodisho.com et @joanneodisho sur Instagram.

By Blog Esprit Design


Gallerie (12)

ImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImage
À propos de l'auteur
Image
Vincent Roméo
Fondateur, rédacteur en chef chez 
Blog Esprit Design
Gardien de la maison BED, fondateur, dévoué je passe mon temps à veiller la nouveauté qui vous fera briller les yeux. En parallèle : Head of digital & Associé 14 septembre - Groupe Extreme

Laisser un commentaire

Ne manquez pas les actualités design
Dans le même rayon
À découvrir aussi

Annonces

Ne manquez pas les actualités design
Image