
Que devient la poussière d’un atelier d’ébéniste une fois le balai passé ? On aime l’odeur, moins la poussière qui s’immisce dans les plus petits angles… Une idée alors, peut-on fabriquer un meuble, un objet avec ces résidus ?
Pour la Paris Design Week 2026, nous avons eu la chance de découvrir Agglomera, l’atelier zéro déchet du designer et ébéniste Cédric Breisacher, s’installe à l’Espace Minimes, à Paris.
Il y présente une nouvelle matière teintée dans la masse, assez forte, détonnante au coeur de vision souvent standardisée… la collection NOT WASTED dans une finition tulipe noire, et la lampe AGL_01, premier objet édité par l’atelier.

Qui est Cédric Breisacher ?
Designer, ébéniste et sculpteur, Cédric Breisacher est passé par l’ENSCI Les Ateliers. Il fabrique du mobilier en bois massif, l’Atelier Cedric Breisacher, nouvelle installé en Bretagne. Il parle de son travail comme d’un design narratif ancré dans la matière, qui cherche à relier l’objet, le lieu et le vivant, en limitant son impact, les ressources consommées.
Un atelier de sculpture, de conception à base de bois produit deux choses : des meubles et beaucoup de copeaux. Après ses études, le designer a donc construit une méthode de réemploi de ses propres rebuts, pour faire de l’atelier une boucle aussi fermée que possible, une boucle très très courte.
De quoi est faite la matière Agglomera ?
La matière associe des copeaux de bois et un liant amidonné à base de fécule de pomme de terre. On la modèle à la main ou on la compresse dans un moule. Elle sèche et durcit ensuite à l’air libre, tout simplement nous pourrions dire.
La composition : pas de résine, pas de formaldéhyde, une nouvelle fois, j’ai l’impression de beaucoup en parler non ?
Le matériau est renouvelable et biodégradable, pensé pour respecter l’environnement, la personne qui le travaille et celle qui l’utilise. Il vise les objets moulés, le mobilier et les revêtements muraux pour l’architecture d’intérieur. Une réponse assez directe au panneau aggloméré classique et à ses colles souvent nocives.
Parmentier s’est battu pour faire entrer la pomme de terre dans les assiettes françaises, deux siècles et demi plus tard, elle entre dans les meubles. Lavoisier, lui, aurait sans doute validé le principe : rien ne se perd, tout se transforme.
La démarche rappelle d’autres recherches suivies sur le blog, comme la Residue Chair d’Hanna Carlsson, qui liait fibres de bois et colle d’os, ou le travail de Pierrick Faure sur l’impression 3D de résidus de bois à l’ESADSE.
D’où vient la teinte noire de la nouvelle série ?
La nouveauté de cette édition tient à la couleur, la poussière de bois reçoit une teinture végétale à l’acétate de fer avant le mélange. Le procédé semble cousin de l’ébonisation que pratiquent certains ébénistes, où le fer réagit avec les tanins du bois.
Une fois la matière mélangée, séchée puis poncée, les copeaux restés clairs ressortent par contraste. On y lit des copeaux de tour à bois et de vastringue, un petit rabot à main. Chaque surface garde une trace des outils de l’atelier, un peu comme un terrazzo qui raconterait la journée de travail. Chaque pièce est unique, réellement !
Quels objets révélés à l’Espace Minimes ?
A Side Stool associe un plateau ovale en Agglomera noir à deux appuis très différents : un pied sculpté en chêne et une branche laissée presque brute.
Côté assises nées de la récupération, on pense au tabouret LE PRESSOIR de Studio Jumel et Ariane Ronot, ou plus loin au Krukje de Bold Design, qui intégrait déjà de la sciure.
A Standing Lamp porte une corolle en Agglomera au sommet d’une tige en branche, plantée dans un socle sculpté en platane. La finition s’appelle tulipe noire.

AGL_01 est un tube de matière organique tenu par deux embouts en aluminium, qui rappellent le moule utilisé pendant la fabrication. Cette lampe à variateur se pose contre un mur. Un faux air de sabre laser rangé au vestiaire.
Pour d’autres lumières nées du bois transformé, voir la lampe en copeaux de crayons de Nanako Kume.
A Massive Coffee Table montre l’autre versant du travail : un plateau fin en hêtre massif posé sur une base taillée comme un rocher.
Petit coup d’oeil au compte instagram, avec la galerie des copeaux, associés à l’outil…



Agglomera pose la notion de circularité à l’échelle d’un seul atelier, sans filière complémentaire. On pose la question de l’objet, de la matière, des résidus au même niveau.
Cette semaine parisienne donne en tout cas l’occasion de la regarder de près, entre deux étapes du parcours réemploi, comme FRGMNT chez Heureux les Curieux.
Plus d’informations : agglomera.fr
Photographies : Julien Dervaux / Agglomera



































