Fleur première : Thibault Philip fait fleurir des boyaux sur une structure en aluminium

Fleur première : Thibault Philip fait fleurir des boyaux sur une structure en aluminium
20 octobre 2026 /
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Thibault Philip revient sur BED pour nous présenter son dernier projet, baptisé Fleur première.

Le designer français, né en 1996 à Paris et installé à Rennes avec son studio, travaille depuis plusieurs années une matière que peu de gens ont envie de regarder de près : les intestins, chutes de l’industrie agroalimentaire. Après le lustre Louvanes, présenté en 2025 à Kazerne pendant la Dutch Design Week, il revient avec Fleur première, une collection de sculptures lumineuses qui mélange fleurs, barbelés et un peu d’histoire religieuse.

Fleur première : Thibault Philip fait fleurir des boyaux sur une structure en aluminium

Pourquoi les Pays Bas, et pourquoi le cochon ?

Lauréat du programme Nouveau Grand Tour NL de l’Institut français des Pays Bas, Thibault Philip a passé trois mois en résidence à Rotterdam, chez Brutus, le centre d’art contemporain fondé par Atelier Van Lieshout.

Son sujet : l’élevage porcin néerlandais, passé et présent, comment un pays aussi petit est il devenu aussi puissant dans la production de viande de porc ? Et quelles en sont les dérives…

Sa lecture remonte au calvinisme, cette branche stricte du protestantisme valorise le labeur et le dévouement. Les éleveurs ont accepté une vie dure, pensée comme une forme de repentir. Quand l’industrie arrive et que l’élevage porcin remplace l’élevage ovin, le terrain est prêt. Les exploitations se densifient, les parcelles rétrécissent. Les haies et les bocages laissent place au fil barbelé, plus rentable, plus directif, plus strict.

Le designer relève un détail de son projet : l’épine végétale des haies est devenue une épine métallique. L’épine renvoie aussi à la couronne du Christ. Agriculture et religion se rejoignent dans un même motif, la croyance aurait glissé vers une croyance économique, pendant que l’imaginaire collectif reste nourri d’images de fermiers souriants et de cochons qui gambadent dans les prés. La réalité, on la connaît un peu moins.

De quoi sont faites les lampes Fleur première ?

La structure est en aluminium, fine, tubulaire, elle rappelle la clôture, la tige métallique. Sur cette ossature, les boyaux deviennent pétales, feuilles et bourgeons. Séchés, ils prennent une transparence proche du papier, avec des nervures visibles qui évoquent les ailes d’insecte. Certaines pièces reçoivent une teinte à l’encre de calamar, qui donne ce gris fumé visible sur Dark Romance. Sur Louvanes, le designer utilisait aussi la racine de garance, un colorant végétal rouge connu depuis l’Antiquité. Il préserve une recherche, une documentation au coeur de ses projets au delà de son engagement et de sa créativité.

Trois pièces ouvrent cette collection, Fleur première I est une suspension : une branche d’aluminium court au plafond et se termine par un globe de boyaux qui diffuse une lumière chaude.

Fleur première II est une lampe à poser, presque un lampadaire, dont la tige se courbe comme une plante qui cherche le jour. Dark Romance reprend cette silhouette en plus grand, avec des membranes teintées et des rubans de boyaux qui s’enroulent autour de la structure.

Dans la réalité, l’organique est toujours encadré par du technique : barrières, murs, rocades, barbelés. Ici, c’est l’inverse. La matière vivante colonise l’aluminium, le fait plier, le transforme en racines et en tiges. Ce qui est d’habitude contenu devient le moteur de la forme.

Pourquoi un clin d’œil à l’Art Nouveau ?

Difficile de regarder ces lampes sans penser aux entrées de métro d’Hector Guimard ou aux lampes champignons d’Émile Gallé. Thibault Philip assume la référence, avec ce qu’il appelle lui même un clin d’œil. L’Art Nouveau a romancé la nature jusqu’à la déformer. Lui reprend ce romantisme, mais avec une matière qui pique un peu plus. Les fleurs sont jolies, la tige rappelle le barbelé, et l’on ne sait plus très bien si l’on regarde un bouquet ou une clôture.

Dans le dossier de presse, le designer explique vouloir jouer avec une matière brute et un certain sens de la naïveté. Présenter des intestins de façon romantique lui permet de montrer la délicatesse qu’ils contiennent. Une des pièces pousse plus loin et met en parallèle le romantisme de la nature et celui de l’amour, avec ses fleurs, ses désillusions et sa mélancolie très shakespearienne.

Le boyau, matière de design ?

La designer danoise Kathrine Barbro Bendixen travaille depuis plusieurs années les intestins de vache gonflés pour en faire des luminaires. Chez Thibault Philip, l’approche passe davantage par le tissage, le tressage et les savoir faire anciens. Le designer, passé par l’Université des Arts de Poznań et par l’atelier de Nacho Carbonell, défend un retour à des procédés presque archaïques, sans pétrochimie. Il a déjà appliqué cette matière à des projets d’aménagement, comme les suspensions Holm réalisées en 2024 pour Holmris B8.

Sur BED, on suit de près ces matières qui sortent des poubelles de l’industrie alimentaire. On pense aux drêches de brasserie de la chaise Kent par Instead, à la cellulose cultivée du luminaire Lomo de Natural Urbano, ou aux champignons que Yann Gandon fait pousser sur des chutes. Côté matière animale, le tabouret Mue de Gabrielle Monnin montre aussi qu’une peau peut devenir structure. Et pour rester aux Pays Bas, la collection Line up d’Annebet Philips pour Serax revisite un autre héritage néerlandais, le Bleu de Delft.

Où voir Fleur première ?

La collection est présentée à la Dutch Design Week, dans le cadre de l’exposition Forward Furniture. Une des sculptures lumineuses est également montrée au PAD London par la galerie Boketto, avec qui le designer a lancé une collection cette année.

Faut il y voir une critique de l’élevage intensif, une déclaration d’amour à l’Art Nouveau ou simplement de belles lampes ? Probablement un peu des trois. Thibault Philip le dit lui même : comme toute pièce d’art ou de design, c’est une proposition de lecture, pas une vérité. Dans le cochon tout est bon, paraît il.

Pour aller plus loin : thibaultphilip.com et Instagram

By Blog Esprit Design

Fleur première is a new collection of light sculptures by French designer Thibault Philip, born in 1996 in Paris and based in Rennes. The project grew out of a three month residency at BRUTUS, the Rotterdam contemporary art center founded by Atelier Van Lieshout, through the Institut Français Nouveau Grand Tour NL programme. Philip studied the Dutch pig farming industry and its roots in Calvinist work ethic, noting how natural hedgerows were replaced by barbed wire, turning plant thorns into metal ones. The collection reverses this logic: dried animal intestines, leftovers from the food industry, grow as petals and leaves on thin aluminium structures, bending the technical frame into plant like forms. Some pieces are tinted with squid ink. The first pieces are Fleur première I (pendant), Fleur première II (table or floor lamp) and Dark Romance (floor lamp). The collection openly references Art Nouveau and its romantic view of nature, with a sharper edge. It is shown at Dutch Design Week within Forward Furniture, and one piece is presented at PAD London by Boketto Gallery. Philip previously showed the Louvanes chandelier at Kazerne in 2025.

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À propos de l'auteur
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Vincent Roméo
Fondateur, rédacteur en chef chez 
Blog Esprit Design
Gardien de la maison BED, fondateur, dévoué je passe mon temps à veiller la nouveauté qui vous fera briller les yeux. En parallèle : Head of digital & Associé 14 septembre - Groupe Extreme

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