Caretta Caretta : hors studio fait renaître l’écaille de tortue avec des chutes de lunettes

Caretta Caretta : hors studio fait renaître l’écaille de tortue avec des chutes de lunettes
16 octobre 2026 /
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Que deviennent les chutes d’une paire de lunettes ? C’est une question que l’on se pose peu… Peut on fabriquer autre chose avec ce que l’opticien jette ? Et pourquoi l’écaille de tortue reste t elle, plus d’un siècle après l’arrivée du plastique, le motif préféré de nos montures ?

Ces trois questions dans un seul objet, baptisé Caretta Caretta, une applique murale signée hors studio, le duo tourangeau formé par Élodie Michaud et Rebecca Fezard. Elle est réalisée en Cellulio©, un matériau mis au point avec Matériaux Urbains à partir des chutes de production de la lunetterie. La pièce a été présentée en septembre à la Paris Design Week, dans l’exposition FRGMNT, puis à Orléans pour la France Design Week.

Caretta Caretta : hors studio fait renaître l’écaille de tortue avec des chutes de lunettes

D’où vient le Cellulio et comment est il fabriqué ?

L’histoire commence en 2021, pendant la bourse de recherche de l’Agora du Design. hors studio et Matériaux Urbains s’intéressent alors à un déchet discret mais abondant. Selon le studio, près de 80 % de la matière première part à la poubelle lors de la fabrication d’une monture, sans filière de valorisation. Une plaque d’acétate entre dans l’atelier, une paire de lunettes en sort, et le reste finit au fond d’un bac.

Le Cellulio est obtenu par compression de ces chutes d’acétate de cellulose, sans ajout de liant. Chaque fragment est trié par famille de couleurs avant pressage. C’est ce tri qui donne les teintes et les marbrures, du miel clair au brun profond, avec parfois des éclats roses ou violets. Le matériau résiste à l’eau et garde une transparence que le studio rapproche de celle du vitrail. Pas de colle, pas de résine ajoutée : la matière se tient toute seule, un peu comme un bon caramel qui aurait fait des études d’ingénieur.

Sur BED, ce gisement ne nous est pas inconnu. Adélaïde Germain tissait déjà ces mêmes rebuts dans sa paroi lumineuse LIMINAL, et Jean Baptiste Fastrez jouait avec l’acétate pour ses Mask Mirrors bien avant que le recyclage devienne un argument de salon. Là où Adélaïde tisse et où Fastrez sculptait des plaques, hors studio presse et invente une plaque nouvelle.

Caretta Caretta : hors studio fait renaître l’écaille de tortue avec des chutes de lunettes

Pourquoi l’écaille de tortue est elle devenue le motif star des lunettes ?

L’acétate de cellulose apparaît au tournant du XXe siècle comme une alternative aux matières d’origine animale. Parmi elles, la carapace de tortue, longtemps recherchée dans les arts décoratifs pour son éclat et sa translucidité. Peignes, boîtes, marqueterie Boulle, montures : l’écaille était partout, et les tortues n’avaient pas voix au chapitre.

L’acétate a pris le relais avec un effet « écaille » factice qui reste, encore aujourd’hui, le motif le plus demandé chez l’opticien. Le nom de la pièce est un clin d’œil : Caretta caretta désigne la tortue caouanne en latin. Disons que la caouanne prête son nom à toute la famille, ce qui est plutôt élégant de sa part.

Un matériau inventé pour imiter la tortue revient, sous forme de déchet, raconter l’histoire de la tortue. Les Tortues Ninja avaient des noms de peintres de la Renaissance ; celle ci porte le nom de l’espèce qu’elle évoque, et c’est peut être plus honnête.

Quelle forme pour une applique en acétate recyclé ?

La ligne de Caretta Caretta reprend les géométries de la carapace. Le contour est festonné, légèrement irrégulier, comme une plaque d’écaille découpée à la main. La plaque de Cellulio se tient à distance du mur, posée sur un support en bois, et deux vis à tête ouvragée de teinte dorée la maintiennent en façade, comme sur un coffret ancien.

La lumière fait le reste. Éteinte, l’applique ressemble à une grande plaque de marbre ambré. Allumée, elle révèle les fragments de couleur, leurs superpositions et leurs zones plus denses. On lit presque la composition du bac de chutes, monture après monture. C’est une applique qui ne cache pas d’où elle vient, et c’est sans doute là son intérêt.

Caretta Caretta : hors studio fait renaître l’écaille de tortue avec des chutes de lunettes

On pense aux démarches suivies récemment sur le blog, comme l’atelier zéro déchet Agglomera de Cédric Breisacher, qui fait des luminaires avec la poussière de son atelier, ou la lampe Lomo en cellulose cultivée de Natural Urbano. La cellulose, décidément, a plusieurs vies.

Qui est hors studio ?

Installées à Tours, Élodie Michaud et Rebecca Fezard travaillent le design de surface, de matière et de textile. Depuis plusieurs années, elles cherchent dans les déchets de l’industrie et de l’artisanat une ressource plutôt qu’un problème, en s’appuyant sur le patrimoine décoratif revisité par des techniques actuelles. Elles ont aussi cofondé la plateforme collaborative Precious Kitchen, qui recense des chutes disponibles et partage des recettes de matériaux en accès libre.

L’automne du studio a été chargé. En septembre, hors studio participait au cycle de talks de Maison&Objet Pulse aux côtés de Pierre Charié et Scott Longfellow, autour de la bourse Agora du Design. Avec bold design, le duo présente aussi Première Mue, une œuvre imprimée en 3D grande échelle en Leatherstone©, installée pour six mois au Château du Plessis à La Riche depuis les Journées Européennes du Patrimoine. Une mue de plus sur le blog, après celle de Gabrielle Monnin : on finira par ouvrir une rubrique reptiles.

Le Cellulio peut il aller plus loin que l’applique ?

Le matériau a été présenté dans la matériauthèque de l’exposition FRGMNT, ce qui laisse penser que d’autres usages sont à l’étude : revêtement, objets, petits éléments d’architecture intérieure. Sa transparence et sa tenue à l’eau ouvrent des pistes. Sa dépendance à un gisement précis, celui des ateliers de lunetterie, pose aussi la question de l’échelle.

Une chose semble acquise : la prochaine fois que vous choisirez une monture écaille, vous penserez peut être à ce qui reste sur l’établi. Et si la lunetterie a longtemps imité la tortue, c’est maintenant le design qui imite la lunetterie. La boucle est bouclée, ou presque.

En savoir plus sur le studio : hors studio et sur Instagram

Photos : Ella Perdereau

By Blog Esprit Design

Caretta Caretta by hors studio: a wall light made from eyewear production waste

Caretta Caretta is a wall light designed in 2026 by hors studio, the French design duo Élodie Michaud and Rebecca Fezard, based in Tours. It is made of Cellulio©, a material co-developed with Matériaux Urbains since 2021 during the Agora du Design research grant. Cellulio is produced by compressing cellulose acetate offcuts from eyeglass frame manufacturing, without any added binder. According to the studio, around 80% of the raw material used to make a pair of glasses ends up as waste with no recovery channel. Offcuts are sorted by colour before pressing, which creates amber, brown and marbled patterns. The material is water resistant and translucent, close to stained glass.

The project links material history and form. Cellulose acetate was adopted in the early twentieth century as a substitute for tortoiseshell, and faux tortoiseshell remains the most popular pattern in eyewear today. The scalloped outline of the lamp echoes the geometry of a turtle shell, and its name refers to the loggerhead sea turtle. The piece was shown at Paris Design Week 2026 (FRGMNT exhibition) and France Design Week in Orléans.


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À propos de l'auteur
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Vincent Roméo
Fondateur, rédacteur en chef chez 
Blog Esprit Design
Gardien de la maison BED, fondateur, dévoué je passe mon temps à veiller la nouveauté qui vous fera briller les yeux. En parallèle : Head of digital & Associé 14 septembre - Groupe Extreme

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