Rícino C : Estúdio RAIN transforme la résine d’huile de ricin en mobilier et luminaires biosourcés

Rícino C : Estúdio RAIN transforme la résine d'huile de ricin en mobilier et luminaires biosourcés
20 février 2026 /
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La résine d’huile de ricin n’est pas un matériau qui vient spontanément à l’esprit lorsqu’on pense mobilier contemporain. C’est pourtant le terrain d’exploration que le duo brésilien Estúdio RAIN composé de la designer produit Mariana Ramos et de l’architecte Ricardo Innecco explore depuis 2018.

Avec la série Rícino C, troisième chapitre d’un programme de recherche au long cours, le studio franchit une étape en intégrant des éléments organiques et minéraux directement dans la matrice du polymère. Le résultat : une collection de luminaires, tables et vases où chaque pièce porte en elle la trace visible de ses ingrédients naturels.

On ajoute un nouvel angle, une nouvelle perspective d’utilisation de biomatériaux, de résines biosourcées au service de créations et pièces de design.

Rícino C : Estúdio RAIN transforme la résine d'huile de ricin en mobilier et luminaires biosourcés

Un polymère végétal développé au Brésil

Le matériau au cœur du projet est un polyuréthane dérivé de l’huile de ricin, un polymère biodégradable initialement développé par l’Université de São Paulo pour des usages liés au bâtiment imperméabilisation, revêtements. Estúdio RAIN s’en est emparé pour l’emmener vers le champ du design d’objet, développant sa propre méthodologie d’analyse et de mise en œuvre du polymère.

Ce choix de matériau n’est pas anodin : il témoigne d’une volonté de s’affranchir des résines pétrochimiques, dont les qualités visuelles, brillance, transparence séduisent depuis longtemps les designers, mais dont la toxicité pose des problèmes évidents.

On pense ici à la collection Haze de Wonmin Park, qui explorait magistralement les jeux d’opacité et de translucidité de la résine, mais sans cette dimension biosourcée que RAIN revendique aujourd’hui.

Trois phases, une progression matérielle

Le projet Rícino se déploie en trois étapes distinctes, chacune correspondant à un degré de maîtrise supplémentaire du matériau. La première série (2019) explorait la densité progressive de la résine, générant des pièces prismatiques qui mettaient en valeur la couleur ambre naturelle et la translucidité du polymère. La deuxième série, Rícino F (2023), introduisait de l’air dans la formulation pour obtenir des surfaces légères, flexibles, proches de membranes — un tournant vers une expérimentation plus intuitive et organique.

Rícino C (2025) pousse la logique encore plus loin. Des éléments comme la chlorelle, l’urucum, la clitoria, le curcuma, le cacao, le marc de café, le charbon ou encore la poudre de brique sont incorporés dans la résine.

Rícino C : Estúdio RAIN transforme la résine d'huile de ricin en mobilier et luminaires biosourcés

Chaque ajout modifie les textures, les densités et les teintes du matériau, créant autant de variations appliquées à des fonctions spécifiques. Cette approche rappelle, par certains aspects, la démarche du projet Sciuna de Julien Coutureau Design Studio, qui utilise les coques de fruits secs comme matière première pour un biomatériau aux propriétés mécaniques et esthétiques remarquables. Dans les deux cas, le déchet organique ou la ressource végétale locale devient le point de départ d’une recherche formelle à part entière.

Le grain comme signature

Ce qui unifie les différentes pièces de Rícino C, c’est la notion de grain. Le studio décrit cet élément comme l’information intrinsèque qui définit les caractéristiques visuelles et techniques de chaque composition. Tantôt le grain se disperse dans la matrice pour colorer le mélange, tantôt il sédimente au fond du moule pour apporter dureté et opacité. Cette logique du grain comme identité matérielle n’est pas sans évoquer les recherches menées autour des biomatériaux à base d’ananas par Andrea De la Peña, où la fibre végétale dicte elle aussi la texture finale de l’objet.

Rícino C : Estúdio RAIN transforme la résine d'huile de ricin en mobilier et luminaires biosourcés

Dans les appliques murales de la collection déclinées en deux formats, l’une compacte (14 × 7 × 22 cm), l’autre verticale et sculpturale (8 × 9 × 100 cm)  les pigments naturels réagissent avec la résine pour former des microbulles qui favorisent la diffusion de la lumière et de la couleur. Le résultat produit un éclairage tamisé, vivant, où la matière semble respirer. On retrouve cette sensibilité dans les luminaires organiques de la collection Noda par Manufacture XXI, teintés eux aussi dans la masse avec des pigments naturels, ou encore dans les lampes DOMUS POLPA de Marion Gaudino, où la peau organique du luminaire se patine et évolue avec le temps.

Mobilier composite et structure aluminium

Pour les pièces de mobilier,  une table d’appoint (32 × 32 × 50 cm) et une table basse (130 × 65 × 23 cm),  les additifs comme le marc de café et la poudre de terre agissent comme des renforts composites. Ils augmentent la rigidité et la dureté du matériau tout en préservant sa nature biodégradable. La structure interne en aluminium, dissimulée dans le corps même de la résine, assure la tenue mécanique de l’ensemble. Ce choix de cacher l’ossature métallique à l’intérieur de la matière obligeait le studio à concevoir des moules à compartiments internes et des logements d’assemblage sur mesure — un processus de fabrication qui emprunte autant à l’artisanat qu’à l’ingénierie.

La table basse, en particulier, cristallise le dialogue entre les deux familles de matériaux développées pour la série : sa base se compose de trois blocs identiques en résine pigmentée, tandis que le plateau, conçu pour être plus rigide et fonctionnel, est réalisé en résine composite. L’assemblage repose sur un système d’emboîtement qui parcourt toute la collection. Cette attention portée aux modes d’assemblage et à la réparabilité fait écho aux préoccupations que l’on retrouve chez hors-studio et leur travail sur les biomatériaux, où les structures en aluminium peuvent être détachées et recyclées séparément.

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Biodégradabilité et choix assumés

Estúdio RAIN insiste sur un point : la résine, une fois durcie, reste stable et durable dans le temps. Sa biodégradation ne s’enclenche que lorsqu’elle est éliminée avec des déchets organiques, sans laisser de résidus toxiques. Le choix de pigments naturels, s’il garantit l’intégrité écologique du matériau, implique toutefois une sensibilité aux UV qui peut entraîner une décoloration progressive. Le studio assume cette fragilité plutôt que d’introduire des pigments synthétiques qui compromettraient la compostabilité de l’ensemble. C’est un positionnement cohérent, qui rappelle la philosophie de la collection Bull en liège de Rostyslav Sorokovyi, où le matériau naturel dicte les limites et les possibilités du projet sans compromis chimique.

En savoir plus sur le studio : Estúdio RAIN

By Blog Esprit Design


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À propos de l'auteur
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Vincent Roméo
Fondateur, rédacteur en chef chez 
Blog Esprit Design
Gardien de la maison BED, fondateur, dévoué je passe mon temps à veiller la nouveauté qui vous fera briller les yeux. En parallèle : Head of digital & Associé 14 septembre - Groupe Extreme

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