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Koukos de Lab : quand les noyaux d’olive deviennent mobilier en Grèce

Sur l’île grecque de Lesvos, territoire réputé pour abriter l’une des plus vastes oliveraies au monde, le duo de designers Christos Ververis et Eirini Moutsogianni développe depuis 2021 une démarche singulière autour d’un matériau méconnu : le noyau d’olive. Leur laboratoire de design, Koukos de Lab, réinterprète ce résidu agricole pour en faire la matière première d’une collection de mobilier et d’objets qui questionnent notre rapport aux déchets de production.
Un projet faisant écho à celui déja présent du BED, Pit to Table.
Koukoutsi : de la contrainte locale à l’innovation matériau
Le matériau baptisé Koukoutsi Eco-Material résulte d’un processus de compactage des noyaux d’olive issus de la trituration. Ces résidus, généralement brûlés comme combustible ou enfouis, sont ici transformés en panneaux de particules compactes qui évoquent visuellement la pierre ou le terrazzo.
La texture granuleuse révèle la structure fragmentée des noyaux, créant une surface mouchetée qui oscille entre couleurs dorées et brunes selon les variétés utilisées. Le laboratoire propose deux déclinaisons chromatiques distinctes : Olive’s Blonde Pip pour les teintes claires, et Olive’s Dark Core pour les nuances plus sombres.
Cette approche n’est pas sans rappeler d’autres démarches de valorisation de déchets organiques déjà présentées sur BED, notamment le travail de hors-studio avec le byssus issu des moules, ou encore les initiatives du Pavé transformant les plastiques en panneaux. Mais contrairement à ces projets centrés sur la récupération de déchets industriels urbains, Koukos de Lab ancre sa recherche dans un territoire spécifique et son économie agricole locale.
Une production ancrée dans le territoire de Lesvos
L’implantation du laboratoire à Mytilène n’est pas anodine, Lesvos produit annuellement des quantités considérables de résidus oléicoles, générant un flux constant de matière première accessible à proximité immédiate du site de production. Cette localisation permet de court-circuiter les problématiques de transport inhérentes aux matériaux biosourcés, limitant ainsi l’empreinte carbone du processus de fabrication.
Le processus de transformation reste artisanal : les noyaux sont collectés auprès des moulins locaux, séchés, puis agglomérés sous pression pour former des panneaux denses. Le matériau obtenu possède des propriétés mécaniques comparables à celles des agglomérés traditionnels, tout en présentant une résistance intéressante pour des applications mobilières. Sa densité lui confère une stabilité dimensionnelle qui autorise l’usinage, le perçage et l’assemblage selon des techniques conventionnelles de travail du bois.
Applications : de la table au monolithe
La collection développée par Koukos de Lab explore diverses typologies, du mobilier domestique aux équipements pour l’hôtellerie. Le banc Lesvos réinterprète les assises vernaculaires que l’on trouve traditionnellement dans les églises et cafés de l’île. La table Japanese Grid s’inspire des principes de clarté et de discipline formelle du design japonais, traduisant une grille structurelle en Koukoutsi. La collaboration avec Kimisoo a donné naissance à une collection limitée comprenant une méridienne, une chaise et une lampe, explorant la rencontre entre le matériau minéral et des textiles raffinés.
Le projet Koukoutsi Monolith pousse la logique matériau jusqu’à créer des volumes massifs monolithiques, évoquant visuellement la pierre tout en conservant la légèreté relative d’un composite biosourcé. Ces pièces fonctionnent comme tables d’appoint, chevets ou socles, leur aspect brut assumant pleinement la texture granuleuse du noyau d’olive compacté.
Vers une diffusion internationale du matériau
Plusieurs collaborations internationales témoignent de l’intérêt croissant pour ce matériau. Le studio canadien Man of Parts l’a intégré dans sa collection Surfside Drive Tables, utilisant la version Blonde Pip pour des plateaux aux courbes inspirées de l’architecture côtière de Nantucket. Le projet Balux Family Playground à Glyfada en Grèce a déployé des tables en Koukoutsi dans un contexte de restauration familiale, validant la pertinence du matériau pour des usages publics intensifs.
Cette diffusion progressive rappelle les dynamiques observées avec Maximum et leur valorisation de déchets industriels : la transformation d’un flux de déchets local en matériau de design trouve progressivement des débouchés commerciaux au-delà de son territoire d’origine.
La question de la fin de vie du matériau mérite également d’être explorée : bien que biosourcé, le Koukoutsi nécessite vraisemblablement des liants pour assurer la cohésion des particules de noyaux, ce qui peut compliquer sa biodégradabilité ou son compostage en fin de cycle. Les informations techniques précises sur ces aspects restent à documenter pour évaluer pleinement l’impact environnemental du matériau sur l’ensemble de son cycle de vie. Sachant que des solutions, biosourcées existent aussi dans les lians.
Le travail de Koukos de Lab témoigne d’une approche mature de la recherche matériaux ancrée dans un territoire spécifique. En transformant un résidu agricole abondant en matériau de construction mobilière, le studio démontre qu’il existe des alternatives crédibles aux panneaux de particules conventionnels, pour peu que l’on accepte d’adapter les processus de fabrication aux ressources localement disponibles. Cette démarche s’inscrit dans une réflexion plus large sur la relocalisation des filières de production et la valorisation des circuits courts dans le design contemporain.
Plus d’informations : Koukos de Lab


















































