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IKEA PS 2026 : un fauteuil gonflable, un banc berçant et une lampe pivotante dévoilés à Milan

IKEA PS revient cette année pour une dixième édition, une belle continuité pour cette collection type capsule qui fait clairement bouger la marque suédoise, dans le bon sens.
Lancée en 1995 avec l’idée de Democratic Design, soit du bon design, bien fabriqué et accessible au plus grand nombre, la série traverse les modes et les directeurs artistiques depuis trente ans. L’édition 2026 sera officiellement disponible le 14 mai, mais Milan a eu droit à un avant-goût à l’occasion du Salone del Mobile, dans le cadre de l’installation Food for Thought déployée au Spazio Maiocchi.
Trois pièces sont sorties du placard avant l’heure : un fauteuil gonflable, un banc berçant et une lampe pivotante. Trois objets, trois verbes d’action, un mot d’ordre affiché par la directrice créative Maria O’Brian, la fonctionnalité ludique.
Un banc qui berce à deux, en pin massif
Le banc signé Marta Krupińska s’inspire, selon la designer, des longues tablées de l’Oktoberfest où l’on chante accoudé à son voisin. Elle en tire une pièce hybride entre banc et fauteuil à bascule, avec une assise pour deux. La typologie du rocking chair est loin d’être neuve sur ce blog, on pense notamment au GAGO par le studio portugais DAM ou à la version Elephant du studio Neuland pour Kristalia, mais la version IKEA pousse la logique vers le banc collectif.
Matière retenue, le pin massif. L’enjeu technique n’était pas mince. Un banc long repose sur deux courbes, lesquelles doivent supporter le poids de deux adultes et absorber le mouvement de bascule sans s’aplatir. Les premiers prototypes ont cédé sous la charge. La solution trouvée avec les ingénieurs IKEA repose sur une poutre divisée puis recollée avec le fil du bois inversé. Une structure recomposée qui gagne en résistance sans changer de ligne. La forme reste sobre, presque scolaire, avec une sous-face travaillée pour dessiner les rockers. On s’assoit, on pousse du pied, on chante si l’envie prend.
Un fauteuil gonflé, trente ans après le flop
Le deuxième objet est un clin d’œil assumé à l’histoire d’IKEA. Les fauteuils gonflables des années 90, instables et victimes du moindre coup d’aspirateur, restent dans la mémoire collective comme l’un des ratés les plus commentés de l’enseigne. Mikael Axelsson a voulu reprendre le sujet. L’air comme matière première, c’est gratuit, disponible partout, et parfait pour une logique de transport à plat.
Sa proposition repose sur une structure en acier, dans laquelle vient se loger un coussin gonflable sous housse textile. Le cadre métallique joue le rôle de moule, il maintient la forme et stabilise l’assise. Deux chambres à air distinctes séparent l’assise du dossier. Résultat, l’objet ne glisse plus, ne couine plus, et se gonfle avec une petite pompe à pied livrée avec. Le temps annoncé par le designer pour passer du carton à l’objet fonctionnel, environ cinq chansons. Une fois dégonflé, il rentre dans une boîte à peine plus grande qu’un flatpack standard. Le fauteuil est proposé dans une version vert franc qui rappelle les tubes de tracteur dont Mikael s’est inspiré pour étudier le comportement de l’air. Si vous suivez le gonflable depuis longtemps, vous vous souvenez peut-être du Blofield façon chesterfield. IKEA vise un autre segment de marché, mais la filiation amuse.

Une lampe qui se plie à tout, grâce à un cylindre coupé à 45°
Troisième objet dévoilé, la lampe d’Alexander Pott, dit Lex Pott. Designer néerlandais installé à Rotterdam, signature forte, collaborations remarquées, c’est son premier projet édité par IKEA. Le principe tient dans un geste simple. Partir d’un cylindre en acier, le couper à 45 degrés, puis réassembler les tronçons autour d’articulations rotatives. Trois usages dans un seul objet, lampe d’ambiance vers le haut, spot orientable, lampe de lecture. Il suffit de tourner les sections pour passer d’une configuration à l’autre. La logique rejoint celle des luminaires pensés autour de la courbe et du mouvement qui jouent sur la position plutôt que sur la multiplication des sources.
Côté couleurs, Lex Pott a travaillé trois coloris, un jaune chaud, un bleu cobalt, un bordeaux profond. Les teintes sont calibrées pour fonctionner ensemble dans la collection, mais aussi séparément, dans des pièces aux ambiances variées. La géométrie est nette, l’usage intuitif, et selon le designer, son fils de cinq ans a compris le mécanisme en vingt secondes. Petit ou grand, c’est souvent un bon indicateur d’ergonomie.


Le reste arrive en mai
Les 35 autres pièces de la collection seront présentées le 14 mai 2026. On croisera notamment deux lampadaires signés Raffaella Mangiarotti. L’installation milanaise mêle par ailleurs les trois objets à un parcours culinaire où cinq duos designer chef s’emparent d’une pièce de la maison, avec en point d’orgue une improbable « sucette à boulettes de viande » née d’une collaboration avec Chupa Chups. On ne demande qu’à voir.

À noter, la collection s’inscrit dans une année milanaise particulièrement active pour le design accessible. On pense au tabouret Baiji de Polimair présenté lors du même Salone, lui aussi pensé autour d’une matière simple et d’une fabrication assumée. PS n’est plus la seule à jouer la carte du juste prix bien conçu, et c’est tant mieux. Pour les nostalgiques, on peut aussi relire nos impressions sur la collection IKEA PS 2014 dont l’ambition urbaine résonne encore avec certaines pistes de 2026.
En savoir plus sur la collection : Ikea PS 2026



























