Design à Table ! : comment une cantine solidaire de Chazelles-sur-Lyon est devenue un laboratoire de design participatif

Design à Table ! : comment une cantine solidaire de Chazelles-sur-Lyon est devenue un laboratoire de design participatif
22 octobre 2026 /
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Peut-on confier un plan d’aménagement d’un restaurant, la conception de l’art de la table à des bénévoles qui n’ont jamais touché un plan, ni une motte d’argile ?

À Chazelles-sur-Lyon, dans la Loire, une cantine solidaire a tenté l’expérience pendant un an.

Son nom : La Popote de l’Équipage.

Le projet : Design à Table !, une résidence menée de janvier 2025 à janvier 2026 par deux designers du territoire, Thibaut Freychet (studio pensez design) et Lucas Rochet (Rochet Design Studio), tous deux passés par l’École Supérieure d’Art et Design de Saint-Étienne.

Le résultat a été retenu parmi les 40 nominés de la première édition du France Design Impact Award, puis exposé jusqu’au 21e Tallinn Design Festival en Estonie.

Qu’est ce que Design à Table ! ?

Design à Table ! est un projet d’éducation artistique et culturelle porté par la Communauté de Communes Forez-Est, dans le cadre de son programme « Graine de Culture » consacré à l’alimentation durable. Il est mené avec le Centre socioculturel L’Équipage, qui anime La Popote depuis mars 2023.

La Popote, c’est une cantine participative installée dans un ancien restaurant de la rue commerçante de Chazelles. Trois matinées par semaine, des habitants cuisinent ensemble avec des produits locaux, puis partagent le repas autour d’une grande tablée. Chacun choisit son prix selon ses moyens. Le lieu se présente comme le premier restaurant social, solidaire et participatif en milieu rural en France.

La question posée aux designers : comment le design peut il redonner du temps et de l’attention au repas, sans trahir l’esprit du lieu ? Réponse proposée : ne rien dessiner seuls.

Comment dessiner un restaurant avec trente cinq bénévoles ?

La résidence s’est organisée en deux temps, une phase de conception au premier semestre 2025, puis une phase de production sous forme de chantier participatif, de juillet à décembre.

Tout commence en janvier 2025 par un « petit déj design » qui réunit une quarantaine de personnes. Premier exercice : des dominos créatifs. Chacun écrit ses attentes sur un domino, puis cherche un voisin dont l’idée correspond à la sienne.

L’arborescence qui en sort ressemble déjà à un plan de table. Viennent ensuite des fiches persona, où les bénévoles racontent comment ils ont découvert la Popote, puis un jeu de mémoire pour comprendre ce que recouvrent design graphique, design d’espace et design d’objet. Une manière douce de rédiger un cahier des charges sans jamais prononcer le mot.

En février, place à l’identité visuelle, les participants reconstituent le cercle chromatique et ses douze couleurs, composent leurs propres palettes, puis détournent un normographe, cet outil de dessin technique que certains lecteurs ont sans doute connu en cours de technologie, pour créer formes et lettrages.

Une balade dans les rues de Chazelles permet d’observer la signalétique locale avant que chacun dessine sa typographie de « LA POPOTE ». Les planches d’ambiance finissent en collage. Le vote de la nouvelle identité a lieu en mars, avec un nouveau slogan à la clé.

Que devient un espace quand on le pense au 1/10e ?

En avril, le chantier change d’échelle, les bénévoles imaginent d’abord un scénario d’usage : qui entre, qui cuisine, qui attend, où se pose le manteau. Ils travaillent ensuite sur un plan au 1/10e, puis sur une maquette découpée en quatre blocs : accueil et salon de thé, salle de restauration et atelier, comptoir et service, zone technique.

Un atelier couleur, matière et lumière fixe les teintes dominantes. Les photos du chantier laissent voir un vert profond sur les murs et les portes, des plateaux en bois clair et un escalier repeint. L’après midi même, direction la Ressourcerie des Monts du Lyonnais, à Saint-Symphorien-sur-Coise, pour sourcer du mobilier d’occasion. Le réemploi n’est pas ici un argument, c’est le budget.

Pour le mobilier sur mesure, un partenariat avec L’Établi, association stéphanoise qui gère un atelier bois de 1 000 m², avec une fabrication partagée entre ses membres et les bénévoles de la Popote. Une logique proche de celle observée lors de Design Décentré à Lyon, où designers et fabricants locaux partagent l’affiche.

Pourquoi un rond de serviette en céramique comme objet manifeste ?

C’est la partie la plus tactile du projet. Pour l’atelier « Terre & Table », chaque participant apporte un objet qui représente la Popote à ses yeux. Cette nature morte collective sert à définir l’objet idéal du futur restaurant. Avant de toucher la terre, chacun dessine son projet, vues de face, de dessus, de profil.

Puis Lucas Rochet présente trois techniques de modelage : la boule pincée pour sculpter dans un volume plein, la plaque pour assembler des surfaces planes, le colombin pour monter des parois par superposition de boudins d’argile.

L’objet retenu tient dans la main : un rond de serviette. Un anneau plat en terre, percé au centre, décoré par estampage. Les photos montrent des pièces en biscuit, blanches et mates, chacune marquée de motifs différents.

Sa forme est simple, sa fonction l’est aussi : reconnaître sa serviette d’un repas à l’autre. C’est sans doute là que réside l’idée. Dans une cantine, revenir et retrouver sa place compte autant que le menu. Pour un objet né d’un atelier de quelques heures, on reconnaît une parenté avec ce que l’on observait sur la collection Line up d’Annebet Philips pour Serax : le geste reste visible dans l’objet fini.

La suite envisagée prolonge la table, un cycle céramique pour produire assiettes, bols et plats de service. Des serviettes taillées dans des draps récupérés, brodées au nom de la Popote et des bénévoles, avec un lycée professionnel des Monts du Lyonnais spécialisé dans le textile. Un atelier autour du fuseau, outil en bois du patrimoine textile local, pour lui inventer une seconde vie. À Chazelles, capitale historique du chapeau, on aurait presque envie de dire chapeau bas.

Un projet de territoire peut il voyager ?

Après sept mois, le bilan d’étape compte 35 bénévoles mobilisés, 12 ateliers, une charte graphique, un espace repensé et une dizaine d’articles de presse. Le projet est retenu au Prix D+ 2025 en Auvergne-Rhône-Alpes, puis nominé au France Design Impact Award, prix porté par l’APCI qui récompense des projets à impact social, territorial ou environnemental.

L’exposition itinérante des nominés l’a emmené à la SAMOA de Nantes, à la Galerie Wilde pendant la Paris Design Week 2025, à l’ECV de Strasbourg, à Tours, au Design Spot de l’Université Paris-Saclay, à la CCI de Saint-Étienne en écho à l’ouverture de la Galerie nationale du design, et enfin à Tallinn.

Que peut retenir un designer de cette expérience ?

Le design participatif ne consiste pas à demander leur avis aux gens à la fin, mais à leur confier les outils au début. Ici, les outils étaient modestes. Un normographe, une maquette en carton, de la terre, des pinceaux. Le temps long, lui, ne l’était pas : douze mois, c’est rare pour un lieu de 22 places.

On pense à d’autres formes de résidence suivies sur BED, comme Les Ateliers du Magnolia en Haute-Saône, ou à notre propre Banquet au Mètre, qui part d’une conviction voisine : la table reste l’un des meilleurs endroits pour fabriquer du lien. Reste une question ouverte. Ce modèle peut il s’exporter dans d’autres cantines, d’autres villages, sans perdre ce qui fait sa saveur ? Il faudra sans doute y retourner pour goûter.

La Popote de l’Équipage, 40 rue Alexandre Séon, 42140 Chazelles-sur-Lyon. Repas les mardis, jeudis et vendredis sur réservation, goûter le vendredi après midi.

Pour en savoir plus : Design à Table ! sur le site de la Cité du design et l’exposition France Design Impact Award au Tallinn Design Festival.

By Blog Esprit Design

Design à Table! is a participatory design residency held from January 2025 to January 2026 at La Popote de l’Équipage, a solidarity canteen run by volunteers in Chazelles-sur-Lyon, a small town in the Loire department of France. Commissioned by the Forez-Est community of municipalities as part of an arts and cultural education programme on sustainable food, it was led by French designers Thibaut Freychet (studio pensez design) and Lucas Rochet (Rochet Design Studio), both graduates of the Saint-Étienne school of art and design. Around 35 volunteers took part in twelve workshops covering graphic identity, interior layout and object design. They built a 1:10 scale model, sourced second hand furniture from a local reuse centre and repainted the space themselves. The emblematic object is a hand modelled ceramic napkin ring, made using pinch, slab and coil techniques. Next steps include handmade tableware, napkins cut from reclaimed bed sheets and a workshop reusing wooden textile spindles. The project was one of 40 nominees for the first France Design Impact Award and toured with its exhibition from Nantes and Paris Design Week to the 21st Tallinn Design Festival.

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À propos de l'auteur
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Vincent Roméo
Fondateur, rédacteur en chef chez 
Blog Esprit Design
Gardien de la maison BED, fondateur, dévoué je passe mon temps à veiller la nouveauté qui vous fera briller les yeux. En parallèle : Head of digital & Associé 14 septembre - Groupe Extreme

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