
Un poteau, puis dix, puis une canopée. Avec Nesira, Julien Coutureau dessine pour Marolleau Aménagement Bois une gamme de mobilier urbain en bois pensée comme un point de repère plus que comme un simple banc.
Présentée lors de la dernière Paris Design Week au coeur de l’exposition Les Potentiels Invisibles, elle pose une question simple : à quoi sert une place si personne ne s’y arrête ? Retrouvons ces moments d’échanges, prenons le temps de re-discuter et de se reposer, de contempler…
À quoi ressemble Nesira, le mobilier urbain de Julien Coutureau ?
Nesira se présente comme une gamme de mobilier urbain type Totem. Des poteaux de châtaignier se dressent à la verticale, serrés comme des troncs. Ils portent une canopée faite de lames de robinier. Entre les lames, la lumière passe, se découpe et dessine au sol des ombres qui bougent avec le soleil.
Le studio parle d’un repère plus que d’un objet : une structure qui organise une place, une cour ou un passage, et autour de laquelle on finit par se retrouver.
Le nom a été choisi pour sa sonorité douce, facile à prononcer dans plusieurs langues, avec un accent méditerranéen qui évoque le végétal sans le nommer. On pense un peu à la forêt de Birnam dans Macbeth. Sauf qu’ici, ce n’est pas la forêt qui marche vers le château : ce sont les passants qui viennent à elle.

Pourquoi le châtaignier et le robinier en mobilier urbain ?
Le châtaignier est un bois de nos régions, riche en tanins, utilisé depuis longtemps pour les piquets, les clôtures et les charpentes. Le robinier, que beaucoup appellent acacia alors qu’il n’en est pas un (il vit avec ce malentendu depuis des siècles), compte parmi les bois européens réputés les plus durables en extérieur.
Deux essences locales, donc, là où le mobilier urbain se tourne souvent vers les bois exotiques ou les composites. Sur BED, le robinier était déjà au cœur de la collection ecoA de TF Urban, associé à l’acier. Le châtaignier revient lui aussi régulièrement, du châtaignier noir de Bosc Design à La Table des Français de Siage.
La forme découle de la matière : des sections droites, des poteaux, des lames. Rien de cintré, rien de sculpté pour le plaisir. La verticalité des poteaux et l’horizontalité de la canopée suffisent à construire l’image.
Quel rôle joue la couleur sur ce mobilier en bois ?
Au bois brut répondent des graphismes colorés qui ponctuent les structures. Ils rythment la verticalité des poteaux et rendent chaque module identifiable dans le paysage. Les visuels publiés par le studio évoquent un travail de thermolaquage avec les poudres Interpon d’AkzoNobel.

Le motif devient un repère, un peu comme le totem d’une colonie de vacances : on sait où se retrouver. Le bois garde sa chaleur, la couleur apporte la lisibilité. On retrouve un dialogue voisin dans La Vogue de Jean Couvreur, où l’assise en bois repose sur un métal coloré.
Comment s’utilise Nesira ?
On peut s’y arrêter, attendre, discuter, jouer, ou simplement laisser passer le temps. Chaque configuration ouvre un espace à occuper seul ou à plusieurs.
L’approche rappelle l’arbre à palabres : un lieu d’ombre où la conversation arrive naturellement. Alors que les villes cherchent des réponses aux îlots de chaleur, une canopée qui filtre le soleil a aussi un intérêt pratique. On ne parlera pas de climatisation urbaine, mais un peu d’ombre en août, personne ne s’en plaint.
Julien Coutureau avait déjà travaillé cette question du lien avec LIESO, présenté à la Paris Design Week 2025. Nesira pousse l’idée vers la hauteur.
Pour Julien, le design sert à révéler une entreprise. Le travail a commencé par une analyse de Marolleau Aménagement Bois : parc machines, capacités de production, gestes maîtrisés par les équipes, projets déjà réalisés. Cette lecture a ensuite été comparée au marché du mobilier urbain, pour trouver un terrain où l’entreprise pouvait se distinguer avec ce qu’elle sait réellement produire.
Suivent des phases de recherche, d’essais et d’échantillonnage, et des échanges avec le bureau d’études de l’entreprise. Le produit final devient une synthèse des ressources de l’atelier.
Le studio a aussi pris en charge la mise en image : une séance photo scénographiée en milieu urbain, un éclairage portatif pour sculpter la lumière, des figurants dont on a choisi la posture et la couleur des vêtements. Puis l’exposition, avec un cartel qui nomme clairement le fabricant. Un détail ? Pas vraiment. Combien de salons montrent une pièce sans jamais dire qui l’a fabriquée ?
Cette logique fait écho aux dialogues entre designers et industriels vus avec Local Tools à la Cité du design, où le mobilier urbain en bois massif servait aussi de terrain d’essai.
Et si le mobilier urbain devenait un paysage ?
Après Sciuna, le biomatériau à base de coques de fruits secs, et le paravent Volatilis, Julien Coutureau tire le même fil : partir de la matière et du lieu. Le banc public vit d’ailleurs une période plutôt inventive, entre le marbre de Marmifere et le bois vert de BAUJU.
En savoir plus : juliencoutureaudesignstudio.fr
© Julien Coutureau Design Studio









































