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Studio 5•5 réinvente le mobilier urbain d’Évry-Courcouronnes à coups de bordures et de blocs de béton

Comment redonner envie de traverser une ville pensée pour la voiture, sans attendre dix ans de travaux ? Et si la réponse se trouvait déjà dans la rue, dans ses aménagements, dans ses bordures, ses plots de béton, ses jeunes qui sautent par dessus les escaliers depuis les années 90 ?
C’est l’idée du studio 5•5 à Évry-Courcouronnes, missionné par la Ville et Grand Paris Sud pour un projet d’urbanisme transitoire. Faire du neuf avec du vieux, …
Une ville nouvelle qui cherche son second souffle
Évry-Courcouronnes est née dans les années 70 sous la direction de l’urbaniste Michel Mottez. L’ambition de l’époque : désengorger Paris en créant des petites capitales équipées d’universités, de théâtres et de grands magasins. La voiture y a vite trouvé sa place, au point d’imposer une ville sur deux niveaux, les véhicules en bas, les piétons en haut, reliés par des dalles, des passerelles et des escaliers.
Cinquante ans plus tard, cette ville tridimensionnelle a pris de l’âge et la municipalité prépare un grand projet urbain pour repenser le centre-ville. En attendant, 5•5 a été chargé de préfigurer cette mutation à travers trois dispositifs : du mobilier urbain, un parcours d’exposition en plein air et une nouvelle signalétique.


Le béton détourné en salon urbain
Plutôt que d’importer un mobilier standard, l’équipe est partie chercher l’identité du lieu. Et elle l’a trouvée dans une discipline née sur place : l’Art du Déplacement, popularisée dans les années 90 par les Yamakasi, qui ont transformé les dalles et les escaliers d’Évry en terrain de jeu acrobatique.
Le studio a repris cette logique de détournement à son compte. Les bordures et les blocs de béton qui peuplent déjà la rue deviennent la matière première d’une gamme de canapés et de fauteuils urbains, dont les formes empruntent au mobilier domestique. Le geste rappelle celui de Boll, le mobilier urbain adaptatif d’Adrian Blanc, qui transformait déjà plots et murets en assises improvisées.
Ici, le béton brut, matériau associé à la ville nouvelle et parfois à ses défauts, retrouve une fonction d’accueil. On pourrait dire que le mobilier fait, lui aussi, un peu de parkour : il saute par dessus l’image austère du béton pour atterrir du côté du confort.
Un parcours d’exposition en plein air
Le cours Blaise Pascal accueille aussi le Parcours du Cours, trois cimaises installées dans l’espace public et destinées à un cycle d’expositions temporaires. La première donne la parole au photographe Mark Honoré, qui documente l’Art du Déplacement depuis des années.
L’idée rejoint une tendance plus large du mobilier public pensé comme vecteur de récit et d’identité locale, qu’on retrouvait récemment dans SAMPAN, le mobilier urbain qui célèbre la mémoire fluviale de Singapour. Dans les deux cas, le mobilier ne se contente pas d’meubler un trottoir, il raconte un territoire.
Une signalétique pour s’y retrouver dans une ville à étages
Troisième volet, et pas le moindre : la signalétique. Une ville sur plusieurs niveaux complique vite l’orientation, surtout pour un public qui ne connaît pas les codes du lieu. Le studio a conçu un système visuel où les bâtiments sont dessinés plutôt que simplement nommés, pensé pour un public cosmopolite.
Au sol, les marquages reprennent le calepinage de la rue et forment des fresques fonctionnelles, à la fois repères et décor. Cette attention portée à la lisibilité du quotidien rappelle la démarche du Relais des Mobilités, mobilier public pensé à l’échelle d’un territoire, où la signalétique illustrée joue le même rôle de traduction entre l’usager et l’espace public.


Du temporaire qui laisse des traces
L’urbanisme transitoire fonctionne avec peu de moyens et peu de temps. Mais il peut quand même participer durablement à l’identité d’une ville, surtout quand il s’appuie sur ce qui la rend singulière plutôt que sur un kit générique de mobilier urbain. Cette question de la durabilité dans l’aménagement public traverse aussi des projets comme ecoA, la collection de mobilier urbain de TF Urban fabriquée en France, ou encore NODE, le système modulaire de Xinyi Liu pensé pour la réversibilité des aménagements urbains.



Évry-Courcouronnes rejoint ce mouvement d’un urbanisme qui teste avant de construire, et qui considère le design comme un outil citoyen plutôt qu’un simple habillage. En attendant la grande transformation du centre-ville, les habitants ont désormais un endroit où s’asseoir, un endroit où regarder, et un moyen de ne plus se perdre entre les niveaux.
En savoir plus sur le studio : 5.5









































