Design de robots : Figure F.03 un projet pas si lointain

Design de robots : Figure F.03 un projet pas si lointain
09 janvier 2026 /
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Le design des robots humanoïdes connaît actuellement une véritable révolution. Nous voyons de plus en plus d’assistants, robotisés, dotés d’une certaine forme d’intelligence qui s’inspirent de l’humain. Pour nous rassurer ou simplement car nous avons de la difficulté à penser autrement ?

Le studio canadien Tendril, spécialisé dans la traduction visuelle de technologies, vient de dévoiler son travail sur le robot F.03 de Figure AI, un an après avoir présenté le F.02 il y a quelques mois maintenant. Cette continuité de collaboration révèle une approche du design où la matière, les mouvements et l’approche humaine deviennent des vecteurs essentiels de l’acceptation sociale de la robotique.

Design de robots : Figure F.03 un projet pas si lointain

Le robot fascine, autant qu’il questionne, mais une chose est certaine, avec l’accélération des recherches et l’explosion de l’IA ils pourront très rapidement entrer dans nos vies.

Une réingénierie complète en un an

Figure AI, a complètement repensé sa plateforme humanoïde avec le F.03 car il ne partage plus aucun composant avec son prédécesseur, représentant un bond significatif tant en design qu’en capacités techniques. Aujourd’hui, il se positionne comme l’un des robots humanoïdes les plus avancés et aboutis au monde.

Cette rapidité d’évolution interroge : comment le design peut-il accompagner des cycles d’innovation aussi courts tout en construisant une identité visuelle cohérente ?

Le textile comme seconde peau

L’une des innovations majeures du F.03 réside dans son enveloppe extérieure : des surfaces tricotées 3D sur mesure qui remplissent à la fois une fonction esthétique et sécuritaire. Cette couche textile souple, associée à des composants corporels enveloppés de mousse, ne constitue pas uniquement une mesure de protection. Elle donne au F.03 une présence plus accessible, presque amicale, marquant une rupture délibérée avec l’esthétique froide et mécanique habituellement associée à la robotique et au métal.

Cette approche matérielle n’est pas sans rappeler certaines explorations dans le design textile appliqué à des contextes inhabituels. Si le projet Hot Networks par Kruysman-Proto explorait déjà en 2012 la collaboration entre robotique et design à travers des bras industriels, le F.03 va plus loin en intégrant le textile directement dans le corps du robot, créant une interface tactile et visuelle radicalement différente.

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L’intelligence artificielle Helix comme chorégraphe

Le F.03 se déplace avec une fluidité et des degrés de dextérité étendus, propulsé par le système propriétaire Helix AI de Figure. Ce système est spécifiquement entraîné pour gérer des tâches complexes dans des environnements domestiques. Les épaules offrent 50 Nm de couple avec une amplitude de mouvement de 148 degrés, le genou atteint 150 Nm pour 135 degrés, et la hanche délivre 150 Nm avec une amplitude de 195 degrés.

Les mains du robot, dotées de 16 degrés de liberté, permettent une gamme étendue de tâches similaires à celles des humains, avec une force équivalente à celle d’un adulte. Ces spécifications techniques ne sont pas que des chiffres : elles déterminent la grâce avec laquelle le robot peut interagir avec un monde pensé pour les humains.

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Une direction créative ancrée dans le réel

L’équipe de Tendril, dirigée par les creative directors Roger Dario et Christopher Bahry, a visité le siège de Figure pour étudier le nouveau design en profondeur. Cette recherche immersive a informé chaque détail du film de lancement, depuis le comportement précis des surfaces tricotées jusqu’à l’articulation des mécanismes internes. L’approche visuelle a maintenu un engagement envers le réalisme et la simplicité, éliminant toute connotation science-fiction pour mettre en avant l’élégance de milliers de pièces s’assemblant harmonieusement.

Pour le film de lancement du F.03, un défi créatif majeur consistait à donner vie à l’histoire du textile et du tissu d’une manière à la fois techniquement impressionnante et émotionnellement résonnante. L’équipe a développé des simulations de tissage personnalisées sur Houdini qui présentent le tricot 3D en mouvement, traitant le tissu comme une seconde peau intégrale à l’identité du robot.

Du F.02 au F.03 : une évolution de langage visuel

Le F.02, présenté en 2024, avait déjà marqué une étape importante. Tendril avait créé une expérience cinématique profondément ancrée dans la technologie, la science et l’ingénierie, mais avec un focus constant sur la sensation viscérale. L’environnement et l’approche d’éclairage étaient maintenus simples et austères pour se concentrer sur le produit, tandis que des éléments stylisés en 2D étaient utilisés pour impliquer la précision structurelle, l’ingénierie et l’amplitude de mouvement.

Avec le F.03, cette approche se raffine. La silhouette est plus élancée, plus épurée, construite pour une production à grande échelle. Le design industriel atteint un niveau de sophistication qui pourrait rivaliser avec certains projets de mobilier où l’aluminium et les matériaux techniques sont travaillés avec une attention similaire au détail et à la fluidité des lignes.

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Un positionnement entre fonction industrielle et acceptabilité domestique

Figure AI affirme que ses humanoïdes sont conçus pour effectuer des tâches similaires à celles des humains tant au sein de la main-d’œuvre que dans les foyers. Le F.03 a déjà été déployé sur le sol de l’usine BMW à Spartanburg, en Caroline du Sud, où il a passé plusieurs semaines à insérer avec succès des pièces de tôle dans des gabarits spécifiques, qui ont ensuite été assemblées dans le cadre du châssis.

Cette double ambition,  industrielle et domestique,  nécessite une conception qui équilibre robustesse technique et acceptabilité sociale. C’est précisément là que le design devient crucial. Les six caméras RGB qui alimentent le système de vision IA, les microphones et haut-parleurs embarqués pour des conversations individuelles avec les humains, le nouveau pack batterie de 2,25 kWh dans le torse qui augmente la livraison d’énergie de plus de 50% : tous ces éléments techniques doivent être intégrés dans une forme qui ne suscite ni rejet ni inquiétude.

Le défi de l’anthropomorphisme calculé

Le design des robots humanoïdes navigue dans une zone délicate. Trop anthropomorphe, le robot risque de tomber dans la « vallée dérangeante » (uncanny valley), ce sentiment de malaise provoqué par quelque chose qui ressemble presque, mais pas tout à fait, à un humain. Pas assez anthropomorphe, il peine à s’intégrer dans des environnements conçus pour les humains et à susciter l’empathie nécessaire à la collaboration.

Le F.03 semble avoir trouvé un équilibre intéressant : proportions similaires à celles d’un humain (1,68 mètre de hauteur), capacité de charge utile de 20 kg, vitesse de déplacement de 1,2 mètre par seconde, autonomie ciblée de 5 heures. Ces spécifications positionnent le robot dans une échelle humaine tout en assumant sa nature mécanique. Le choix du gris métal canon pour la couverture textile, associé au câblage interne intégré, crée une esthétique industrielle raffinée plutôt qu’une imitation de la peau humaine.

Les implications pour le design industriel du futur

Le travail de Tendril sur les robots Figure soulève des questions plus larges sur le rôle des studios de design dans la communication de technologies émergentes. Comment rendre palpable et réel ce qui est profondément complexe ? Comment traduire des milliers d’heures d’ingénierie en quelques minutes de film qui capturent l’essence d’une innovation ?

Cette expertise dans la transformation de l’ingénierie complexe en récits sensoriels pourrait devenir une compétence centrale pour les designers travaillant à l’intersection de la technologie et de l’humain. Le design ne serait plus seulement la création d’objets ou d’interfaces, mais la médiation entre des systèmes techniques sophistiqués et l’expérience humaine quotidienne.

Un nouveau terrain pour les designers

Le passage du F.02 au F.03 en un an témoigne d’une vélocité d’innovation rare. Cette rapidité pose des questions pour les designers : comment construire une identité de marque cohérente quand les générations de produits se succèdent aussi rapidement ? Comment maintenir une continuité visuelle tout en intégrant des innovations matérielles et techniques majeures ?

Par ailleurs, le projet soulève des interrogations plus philosophiques sur notre relation future avec ces machines. Si le design réussit à créer des robots suffisamment « humains » pour cohabiter avec nous, quelles seront les implications sociales, psychologiques et éthiques ? Le design ne serait-il pas, in fine, un outil de médiation entre l’humain et la technique, un langage commun permettant de négocier cette cohabitation ?

Pour aller plus loin, la vidéo de présentation :

Plus d’informations sur le projet : Tendril Studio – Figure F.03
Projet précédent : Figure F.02

By Blog Esprit Design


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À propos de l'auteur
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Vincent Roméo
Fondateur, rédacteur en chef chez 
Blog Esprit Design
Gardien de la maison BED, fondateur, dévoué je passe mon temps à veiller la nouveauté qui vous fera briller les yeux. En parallèle : Head of digital & Associé 14 septembre - Groupe Extreme

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