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Tatu Laakso, designer finlandais : sculpter le sapin sans jamais cacher la coupe

Tatu Laakso, designer finlandais présentait APEX chair à 3 Days of Design 2026 à Copenhague, dans le cadre de l’exposition A Prima Vista. Une pièce qui transforme une jonction technique en signature graphique.
Quatre planches, une seule ligne
APEX chair est construite à partir de quatre plans de bois massif, façonnés pour former une silhouette continue. Rien d’innovant me direz-vous ? Une assise, un dossier, quatre pieds.
Ce qui change le regard, c’est le traitement des arêtes.
Là où les surfaces se croisent, Tatu applique une peinture noire qui dessine un contour graphique autour de l’assise et du dossier. Le trait unifie l’objet et guide l’œil d’un bout à l’autre de la chaise, un peu comme un trait de crayon qui referme un croquis. Le designer parle de mouvement, de direction, de flux visuel, pour une construction qu’il qualifie lui même de volontairement simple. On pourrait y voir une manière de revendiquer la jointure plutôt que de la poncer jusqu’à l’oubli.
De face cela joue avec le regard où l’on voit la forme mais aussi un cercle…
Côté matière, APEX chair est réalisée en sapin massif, finie à la peinture pour meubles et à la cire huilée. Un bois tendre et clair, plus économique que le chêne ou le noyer, que le designer choisit d’assumer plutôt que de maquiller en essence plus noble. On verrait très bien cette intention se décliner en collection, table, fauteuil, banc…

Un travail sur les défauts qu’on corrige d’habitude
Cette chaise ne voyage pas seule à Copenhague. Tatu Laakso présente aussi ALBA, un tabouret en érable massif où des traces de colle de peau, normalement effacées avant la finition, résistent volontairement au passage de la cire colorée. Le résultat dessine des motifs organiques qui partent des coutures entre les pièces de bois assemblées. Une manière de traiter l’accident d’atelier comme on traiterait une signature, dans l’esprit de ce que défendait déjà Maxime Bellaunay et sa célébration de la matière brute sur BED. La colle qui refuse de se faire oublier, ça pourrait presque devenir un running gag de menuiserie.
Troisième pièce de la série, RAW EDGE associe un chêne massif à bord brut et du MDF apparent, matériau industriel habituellement recouvert de placage. La fibre de carton compressé suit le contour naturel de la planche de bois, et le duo questionne ce qu’on appelle valeur et authenticité en menuiserie contemporaine. Une démarche qui n’est pas sans rappeler la Residue chair d’Hanna Carlsson, elle aussi assemblée à la colle d’os plutôt qu’au pistolet à colle industrielle. Même réflexe : regarder ce que la fabrication du meuble préfère habituellement dissimuler.


Qui est Tatu Laakso
Designer et fabricant basé à Helsinki, Tatu Laakso s’est formé au Lahti Institute of Design puis à l’Aalto University of Art and Design, deux écoles qui ont vu passer une bonne partie des designers finlandais croisés sur BED ces quinze dernières années. Son travail combine expérimentation matière et artisanat, avec une attention portée à la manière dont la construction d’un objet façonne notre perception de sa valeur et de sa beauté.
Une approche directement liée au sol, sans ordinateur entre la main et le bois, où chaque essai en atelier nourrit la forme finale.
Le festival danois confirme cette année son rôle de tremplin pour le design scandinave émergent, aux côtés d’éditeurs plus installés comme Muuto, qui y lance sa propre chaise pour ses vingt ans. On y retrouve aussi cette tendance qui consiste à réintroduire des essences ou des procédés jugés dépassés, déjà observée du côté du designer danois Rasmus Warberg et sa chaise en hêtre.
D’autres créateurs finlandais sont passés par les colonnes de BED, à retrouver dans notre rubrique dédiée à la Finlande.
Plus d’informations sur le designer : Tatu Laakso































