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Adélaïde Germain transforme des déchets de lunetterie en paroi de lumière

Peut-on faire d’une chute d’atelier une matière noble ? Adélaïde Germain répond à cette question avec son projet baptisé LIMINAL, une création textile qui mêle fils de nylon upcyclés, laiton et fragments d’acétate de cellulose récupérés dans une manufacture de lunetterie. Le résultat tient à la fois du panneau lumineux, de la paroi textile et de l’œuvre murale.
LIMINAL signifie seuil, le titre annonce le programme, pas la couleur ! Cette pièce de 70 x 70 cm se situe entre deux états, entre opacité et transparence, entre matériau et lumière, entre artisanat textile et architecture intérieure. Le travail explore un territoire de transition et d’attente, où le regard est invité à ralentir.

©Xavier Dragon, Athome studio
Une matière née d’un stock de chutes
L’histoire commence par une récupération. En 2025, Adélaïde met la main sur un stock de chutes d’acétate de cellulose provenant de lunettes. Une partie de ces rebuts retourne déjà dans le circuit industriel après broyage, mais cette valorisation reste limitée, le projet propose une autre voie, révéler les qualités esthétiques et techniques de cette matière en lui offrant un usage durable et pérenne pour nos intérieurs.
Sur BED, on connaît bien ce matériau, Jean Baptiste Fastrez l’avait détourné pour ses miroirs Mask Mirrors et son mobilier Totem et Stromboli, en jouant sur sa ressemblance avec la corne ou l’écaille. Adélaïde reprend ce fil mais change d’échelle et de geste, là où Fastrez sculptait des plaques rigides, elle tisse.
©Xavier Dragon, Athome studio
Le tissage comme outil de recherche
La création est réalisée sur métier à bras, des chutes de feuilles d’acétate sont découpées puis serties directement dans la structure tissée. L’alternance entre les fils et les inserts d’acétate génère un jeu de transparence qui révèle une matière graphique, où la lumière et le rythme du tissage composent une surface à la fois structurée et délicate.
Les fils de nylon issus du réemploi côtoient des fils de laiton, et des barres de laiton, elles aussi récupérées en chutes d’atelier, ponctuent la composition. adelaidegermainadelaidegermain
Cette logique de récupération multisource rappelle d’autres démarches suivies sur le blog, comme celle de Maximum à Ivry sur Seine, qui transforme des rebuts industriels en mobilier, ou celle de Duplex en Belgique, qui part toujours de la matière disponible avant de dessiner quoi que ce soit. Chez Adélaïde Germain, le principe est le même : la matière commande la forme, pas l’inverse.
En amont, un important travail d’échantillonnage a permis de tester différentes armures de tissage, épaisseurs d’acétate et modes d’assemblage. Ce processus a produit un premier répertoire de formes, de textures et d’effets de transparence, une matériauthèque en construction plutôt qu’un objet figé.
©Xavier Dragon, Athome studio
La lumière révèle la matière
Les propriétés optiques de l’acétate de cellulose ont naturellement orienté le projet vers une application lumineuse. La pièce fonctionne comme un revêtement rétroéclairé, un système d’éclairage fixé au mur et la structure tissée positionnée en façade, sur le principe d’une applique murale. La lumière ne traverse jamais entièrement la matière.
Elle s’y diffuse, s’y reflète, s’y atténue, et varie selon le point de vue et l’intensité de l’éclairage. On pense à la lampe O Series d’Atelier oï pour Issey Miyake, présentée récemment sur le blog, où le tissu quittait le vêtement pour devenir source de lumière. Ici, c’est l’accessoire de mode, la monture de lunettes, qui prend le même chemin

©Xavier Dragon, Athome studio
Le motif évoque l’écaille sans jamais la copier. L’écaille devient un langage de matière, où la géométrie du tissage rencontre les variations organiques de l’acétate. Un clin d’œil à l’opticien qui réinvente sa propre matière première, presque un retour à l’envoyeur.

©Xavier Dragon, Athome studio

©Xavier Dragon, Athome studio
Une surface encore en recherche
Le projet n’a pas vocation à rester un objet unique. Le développement de formats plus grands ou de dispositifs lumineux plus puissants nécessitera des essais complémentaires, notamment sur le comportement thermique de l’acétate, sa durabilité et sa conformité aux normes. L’ambition reste claire : proposer une matière qui réponde aux exigences de l’architecture intérieure sans perdre sa dimension sculpturale.
Formée à l’ENSAAMA, Adélaïde Germain dirige un atelier de tissage architectural à la Manufacture de Belleville, à Paris. Son travail explore les relations entre matière, lumière et espace à travers des panneaux textiles, cloisons, suspensions et filtres lumineux destinés aux projets d’architecture intérieure et de scénographie. LIMINAL en est une étape, pas un aboutissement. Et c’est sans doute ce qui rend la pièce intéressante : elle assume de rester un seuil.
En savoir plus sur le studio : adelaidegermain
©Xavier Dragon, Athome studio


























