
Un outil peut il changer la façon dont on pense ce que l’on écrit, ce qu’on dessine ? Une question peut-être simple posée, par le studio coréen BKID avec le projet Write, Draw, Think, une recherche menée en 2025 pour le Musée national du Hangeul, à Séoul. Seize outils d’écriture, seize manières de tenir une mine, autour d’un objet que l’on croyait terminé depuis longtemps.
Un peu comme l’interview réalisée chez BIC, comment repenser un objet déjà optimisé, au maximum…
La Corée du Sud fêtait le 9 octobre le Hangeul Day, un jour férié consacré à son alphabet. Chez nous, il existe une journée mondiale de l’écriture manuscrite en janvier, mais de moins en moins de personnes sortent le stylo, pour poser ses idées.
Qui est BKID, le studio derrière Write, Draw, Think ?
BKID est un studio de design industriel fondé en 2006 à Séoul par Bongkyu Song. Avant de se lancer, ce diplômé de l’université Kookmin a travaillé chez Samsung, où il a dirigé le design de la première Galaxy Tab. Le studio dessine aujourd’hui des robots de livraison, de l’électroménager, des pneus concept pour Kumho, mais aussi des objets en fonte pour sa marque MM et une archive des chaises de designers coréens, Seating Seoul. Un studio capable de dessiner un robot le matin et un crayon l’après midi.

BKID a déjà travaillé sur l’alphabet coréen avec 10 Hangul Unit, présenté à la biennale typographique Typo Janchi en 2019, et a participé à plusieurs expositions autour du Hangeul, à Séoul comme à Berlin ou à Vienne.
Pourquoi repartir du crayon ?
Le point de départ : observer les habitudes et les gestes de celles et ceux qui utilisent un crayon. Pour BKID, le crayon n’est pas seulement un instrument pour écrire. C’est un intermédiaire entre la pensée et le corps, chaque outil de la série propose donc une expérience d’écriture différente, et participe à la gestuelle de la création.
Le crayon classique tient en peu de matière : une mine de graphite mêlée d’argile, un fourreau de bois, parfois une gomme. Sa forme hexagonale, pensée pour qu’il ne roule pas de la table, a peu bougé depuis plus d’un siècle. Il a survécu au stylo bille, au clavier et à la tablette. Le clin d’œil est savoureux : l’homme qui a dessiné une tablette revient au crayon.
Écrire seul ou écrire à plusieurs : quelles formes pour quels gestes ?
Certains outils sont pensés pour s’isoler et se concentrer sur une écriture solitaire. D’autres permettent à plusieurs personnes de tracer ensemble une seule et même ligne. On pense au cadavre exquis, version outil : une ligne, plusieurs mains, et personne ne sait vraiment qui la dirige.
Cette idée déplace le sujet, on ne dessine plus seulement un objet pour une main, mais une relation entre des corps autour d’un même trait. Pour un musée qui reçoit des familles et des groupes scolaires, l’intention paraît assez juste.
Que racontent les formes pointues et les formes rondes ?
BKID distingue deux familles de gestes, l’écriture pointue fait ressortir la tension dans la structure des lettres. L’écriture ronde évoque la respiration plus douce des voyelles coréennes.
Le Hangeul, créé au XVe siècle sous le roi Sejong, est un alphabet très construit. Ses consonnes s’inspirent de la position de la bouche et de la langue. Ses voyelles se composent à partir de trois éléments : un point pour le ciel, un trait horizontal pour la terre, un trait vertical pour l’humain. Un outil qui favorise la courbe ou l’angle touche donc directement à la grammaire visuelle de l’écriture.
Côté matériaux, le studio reste discret et ne détaille pas, à ce stade, la composition de chaque pièce. La mine de graphite semble rester le point commun. La recherche porte plutôt sur ce qui l’entoure : la forme du corps, la prise en main, l’angle d’attaque et le nombre de mains autour de la mine. Les seize objets se lisent comme une collection de volumes sculptés, entre l’outil et la petite sculpture de bureau. Petite curiosité, le texte coréen du projet évoque dix sept outils pour les visiteurs : on vous laisse chercher l’intrus.
Un objet de musée ou un futur produit ?
Write, Draw, Think reste une recherche et non une gamme à commander. Elle rejoint d’autres projets suivis sur le blog où l’outil devient le sujet, comme Local Tools à Saint Étienne, qui fait dialoguer bois et impression 3D, ou Line up d’Annebet Philips pour Serax, qui garde la vitesse du croquis sur une assiette. Elle fait aussi écho à notre échange avec Stéphane Vial, pour qui le design possède sa propre langue. Ici, c’est une langue entière qui sert de cahier des charges.
Le projet complet est visible sur le site du studio BKID.
© Kwonjinhyung.












































