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OCENEO : Quand les combinaisons de surf se transforment en lunettes de soleil

L’histoire d’OCENEO commence sur une plage australienne en 2018, lorsque Marco, surfeur passionné, se retrouve face à un constat troublant : sa combinaison déchirée après une seule session sera jetée et brûlée, sans aucune perspective de réparation ou de valorisation.
Ce constat devient le point de départ d’une aventure entrepreneuriale qui interroge notre rapport aux déchets textiles et aux matériaux difficiles à recycler, souvent en lien avec le sport et l’aspect technique des équipements. Car derrière chaque combinaison de néoprène usagée se cache un potentiel insoupçonné : celui de devenir un nouveau matériau, une nouvelle destination et avoir une nouvelle vie !
Quatre années de recherche et développement ont été nécessaires pour transformer ce questionnement en projet. Le défi technique était de taille : comment faire d’un matériau souple et flexible comme le néoprène une matière solide, car oui l’idée sera bien d’en faire des lunettes. La réponse réside dans un processus de fabrication entièrement internalisé, développé sur le Bassin d’Arcachon, où chaque étape révèle une maîtrise artisanale rare.
Le parcours de transformation commence par la collecte des combinaisons usagées auprès d’écoles de surf, de plongée et de particuliers. Ces pièces, chargées d’histoires entament alors une nouvelle vie, après un lavage minutieux et une désinfection totale, elles sont découpées pour maximiser l’utilisation de chaque fragment. Les morceaux en meilleur état sont ensuite broyés en particules fines, tandis que les coutures et parties plus endommagées sont transformées par Neobriiks, filiale d’OCENEO dédiée à la création de blocs publicitaires.
L’innovation se situe dans l’étape suivante : ces particules de néoprène broyées sont mélangées avec une résine biosourcée d’origine végétale, créant ainsi un matériau composite robuste et écologique. Cette fusion entre néoprène recyclé et résine végétale donne naissance à des plaques solides qui conservent les propriétés physiques du néoprène résistance à l’eau, flexibilité, texture agréable au toucher tout en offrant la rigidité nécessaire à la fabrication de montures.
Un processus qui fait écho aux démarches de valorisation des déchets que le Blog Esprit Design a déjà explorées, où la singularité de chaque pièce devient une force plutôt qu’une limite.
La fabrication des lunettes s’apparente à un travail d’orfèvre, chaque composant est découpé avec précision grâce à un usinage CNC haute technologie, avant un ponçage manuel qui garantit une surface lisse et un confort optimal. Les verres certifiés CAT 3 UV 400, disponibles en option polarisée, complètent ces montures artisanales. Le résultat ? Des lunettes résistantes à l’eau, durables, et dont les coloris et motifs proviennent directement des designs originaux des combinaisons recyclées. Chaque paire devient ainsi véritablement unique, portant en elle les traces chromatiques de son existence antérieure.
Cette approche artisanale n’est pas sans rappeler les lunettes en bois de la marque MÛ, également produites en France avec des matériaux naturels, ou encore les lunettes Peak du Studio Joran Briand, qui utilisent les chutes de production de skis FUSTA pour créer des montures originales par upcycling. Ces initiatives témoignent d’une tendance plus large dans l’industrie de la lunetterie française, où créativité et responsabilité environnementale convergent.
L’internalisation totale du processus de fabrication constitue un choix stratégique fort pour OCENEO. En maîtrisant chaque étape du broyage du néoprène à l’assemblage final l’entreprise contrôle son empreinte écologique, optimise la gestion des déchets, réduit les transports et garantit une qualité irréprochable à chaque paire.
Cette démarche locale, ancrée dans le Sud-Ouest de la France, favorise également la création d’emplois et la transmission de savoir-faire. Les partenariats avec des ESAT (Établissements et Services d’Aide par le Travail) et des couturiers locaux renforcent cette dimension sociale et inclusive du projet.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : depuis sa création, OCENEO a déjà revalorisé plus de 3 tonnes de combinaisons, dont 2,3 tonnes rien qu’en 2024. Une goutte d’eau face aux 400 tonnes de déchets en néoprène produites chaque année en France.
Le néoprène, matériau synthétique dérivé du pétrole, pose en effet un véritable défi environnemental : sa durabilité qui en fait un excellent isolant thermique pour les sports aquatiques devient un handicap en fin de vie, lorsqu’il finit enfoui ou incinéré.
Au-delà de l’objet lui-même, OCENEO propose également une option : la possibilité de transformer sa propre combinaison en une paire de lunettes personnalisée. Cette démarche crée un lien émotionnel fort entre le porteur et son accessoire, transformant un souvenir de sessions de surf en un objet du quotidien. L’économie circulaire prend ici tout son sens, où l’attachement affectif se conjugue avec la responsabilité environnementale.
La fabrication française, le circuit court, l’artisanat, l’upcycling : autant de valeurs que défend OCENEO et qui résonnent avec les préoccupations contemporaines du design responsable. Les emballages en carton recyclé et les étuis également fabriqués en néoprène recyclé complètent cette approche cohérente. La marque prouve qu’il est possible de concilier esthétique, fonctionnalité et durabilité sans compromis sur la qualité.
À l’heure où l’industrie de la mode représente 10% des émissions mondiales de carbone, des initiatives comme OCENEO démontrent qu’une autre voie est possible. La marque contribue à sensibiliser le grand public aux enjeux du recyclage des matériaux complexes et offre une alternative concrète aux accessoires de mode conventionnels. Les lunettes deviennent ainsi le vecteur d’un message plus large sur la protection des océans et la réduction de notre impact environnemental.
Plus d’informations sur le projet : OCENEO















































