OBRO par OKUNOTE Tokyo Studio : un nouveau composite PVC et poudre de cuir translucide issu de déchets

OBRO par OKUNOTE Tokyo Studio : un nouveau composite PVC et poudre de cuir translucide issu de déchets
26 février 2026 /
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L’industrie du cuir génère chaque année des volumes considérables de résidus de fabrication. Chutes, rognures, bordures taillées lors des phases de découpe et de finition : autant de fragments qui, bien que composés du même matériau que les pièces finies, se retrouvent écartés du cycle de production en raison de leurs dimensions irrégulières.

Le cuir étant déjà un déchet de la filière cuir, il valorise la peau des animaux d’élevage pour la production de lait et de la viande.

C’est précisément ce gisement de matière négligée qu’explore OKUNOTE Tokyo Studio à travers le projet OBRO  non pas en réassemblant ces résidus, mais en les dissolvant dans un autre matériau pour en créer un troisième, entièrement nouveau.

Une collaboration entre deux industries japonaises

Le point de départ du projet tient d’une alliance peu commune : un fabricant de PVC fondé en 1947, rompu aux techniques de transformation de la résine souple, et une manufacture spécialisée dans la confection de sacs haut de gamme. Cette dernière produit, lors de chaque série, des bordures et rognures de cuir de grande qualité qui n’ont aucun défaut intrinsèque simplement, leurs dimensions ou formes ne permettent pas un réemploi direct dans la chaîne de production classique.

L’idée d’OKUNOTE ? Broyer finement ces restes de cuir en fine poudre, puis incorporer cette poudre directement dans la masse de PVC semi-transparent noir lors de sa fabrication en feuilles. Il ne s’agit pas d’un assemblage de deux matériaux existants posés l’un sur l’autre, mais bien d’un processus de création d’un matériau composite entièrement nouveau, qui repousse les limites classiques de production du PVC, lesquelles privilégient habituellement l’homogénéité et la pureté absolue des matières premières. Ici, c’est précisément l’hétérogénéité contrôlée qui devient le principe générateur.

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Un troisième matériau, ni cuir ni plastique

Le résultat est un matériau qui n’appartient pleinement ni à l’un ni à l’autre de ses composants. Les particules de cuir, figées à l’intérieur de la matrice translucide de PVC, restent visibles en profondeur  comme des inclusions organiques fossilisées dans une résine. Selon l’angle et l’intensité de la lumière, ces particules réagissent différemment, générant des variations subtiles de translucidité et de profondeur visuelle. La distribution aléatoire des particules lors de la mise en feuille produit des degrés d’opacité variables d’une pièce à l’autre : chaque objet est alors unique !

OBRO par OKUNOTE Tokyo Studio : un nouveau composite PVC et poudre de cuir translucide issu de déchets

Pour compléter le dialogue entre les deux matières et enrichir les qualités tactiles du composite, une finition gaufrée inspirée du grain du cuir naturel est appliquée en surface. Ce choix n’est pas anodin : il renforce le lien visuel et sensoriel avec le cuir d’origine, tout en apportant une chaleur organique qui contraste avec la froideur habituelle des surfaces en résine. Sur le plan des performances, le matériau conserve les propriétés fonctionnelles intrinsèques du PVC — légèreté, résistance à l’eau, stabilité structurelle — auxquelles s’ajoutent les qualités esthétiques apportées par les inclusions de cuir.

OBORO, l’esthétique du voile et de l’indistinct

Le nom OBRO est dérivé du mot japonais oboro, qui désigne une qualité visuelle douce et indistincte  la brume, la lune diffusée par les nuages, une lumière qui ne révèle pas tout. Cette référence poétique informe directement le parti pris matière : la semi-transparence du composite ne dissimule pas complètement le contenu d’un sac, elle le voile partiellement, créant une tension entre ce qui est perçu et ce qui reste suggéré. Le nom dit aussi quelque chose de l’état du matériau lui-même : une identité visuelle qui hésite entre deux natures, et dont le sens émerge précisément de cette ambiguïté.

Cette démarche n’est pas sans rappeler les travaux du duo français hors-studio, que nous avions présentés sur le blog. Rebecca et Elodie avaient elles aussi travaillé à partir de chutes de cuir broyées issues de maroquineries locales pour créer le Letherstone — un matériau composite dur, cette fois inspiré de la mixture des staffeurs-ornemanistes, pouvant être moulé, gainé et même imprimé en 3D. → Innovation : hors-studio réinvente l’usage du cuir. La logique de départ est similaire, mais les résultats sont aux antipodes : là où hors-studio cherche à obtenir une matière dense et minérale, OKUNOTE joue sur la translucidité pour révéler la présence du cuir en suspension dans la résine. Deux manières radicalement différentes de redonner une identité matérielle à ce que l’industrie considère comme un déchet.

OBRO par OKUNOTE Tokyo Studio : un nouveau composite PVC et poudre de cuir translucide issu de déchets

Une collection pensée pour vieillir avec ses usages

La première application d’OBRO se matérialise sous forme de sacs et de petits accessoires de maroquinerie, associant le composite translucide à du cuir pleine fleur. Les objets sont délibérément conçus pour accepter les traces de l’usage : le matériau est pensé pour vieillir, laisser apparaître des variations de surface qui témoignent du temps et de la manipulation. Ce rapport assumé à la patine tranche avec le positionnement habituel des matériaux synthétiques, généralement promus sur une promesse d’immuabilité et d’uniformité.

C’est une posture qui résonne avec les réflexions portées par d’autres studios présentés sur le blog, comme Maximum, basé à Ivry-sur-Seine, qui transforme des chutes industrielles en mobilier à travers une approche d’upcycling rigoureux  → Maximum : l’art de transformer les déchets industriels en mobilier design. La philosophie est proche : intégrer le résidu comme matière première noble, et lui donner une identité propre plutôt que de le faire passer pour autre chose.

On peut également penser à Rebecca Asquith, que le blog avait présentée pour ses explorations du cuir comme matériau de structure  où le cuir bouilli devenait rigide, porteur, et prenait en charge des fonctions habituellement dévolues au bois ou au métal. → Rebecca Asquith : le cuir comme matériau. OBRO s’inscrit dans cette même famille de questionnements : que peut devenir la matière cuir lorsqu’on la sort de ses usages et de ses formes attendues ?

Un matériau à suivre

Le projet OBRO en est à ses premières applications, et il sera intéressant d’observer comment OKUNOTE Tokyo Studio pourrait étendre ce composite au-delà de la maroquinerie  vers l’accessoire de mode, l’emballage premium, ou des applications dans l’aménagement intérieur. La translucidité, combinée à la richesse visuelle des inclusions organiques et à la robustesse du PVC, ouvre un champ de possibilités qui dépasse largement le cadre du sac.

En savoir plus sur le studio : OKUNOTE Tokyo Studio

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By Blog Esprit Design


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À propos de l'auteur
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Vincent Roméo
Fondateur, rédacteur en chef chez 
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Gardien de la maison BED, fondateur, dévoué je passe mon temps à veiller la nouveauté qui vous fera briller les yeux. En parallèle : Head of digital & Associé 14 septembre - Groupe Extreme

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