Victor Lentier : de Rubika aux Jeux Paralympiques, le designer produit qui met la chaussure à l’épreuve du réel

Un sac pour les Jeux Paralympiques de Paris
13 mars 2026 /
Pas encore de commentaires

Designer produit et footwear formé à Rubika, Victor Lentier construit un parcours à la croisée du sport, de la fabrication industrielle et de la culture sneaker. Coup de projecteur sur son parcours et ses différents projets.

Entre interview, focus produit, ce format a pour but de présenter un parcours et différents projets de designer…

Victor Lentier : de Rubika aux Jeux Paralympiques, le designer produit qui met la chaussure à l'épreuve du réel

Le dessin avant tout

Il y a des vocations qui commencent sur le canapé, dans sa chambre, pour Victor, c’est à l’âge de dix ans, en observant un étudiant en jeu vidéo concevoir des univers entiers sur papier, que tout se déclenche. Le dessin devient rapidement une habitude quotidienne, pas encore une discipline, un simple plaisir, ou plutôt une façon de penser les objets avant même de savoir qu’on peut en faire un métier.

La visite de l’école Rubika, à Valenciennes, finit d’orienter le jeune lycéen. Il entre dans l’établissement avec, selon ses propres mots,

« le regard d’un enfant dans un parc d’attractions ».

Ce n’est pas une métaphore : Rubika forme depuis des décennies des designers produit et des directeurs artistiques qui naviguent avec aisance entre industrie et culture visuelle. Le diplôme STD2A (Sciences et Technologies du Design et des Arts Appliqués) d’abord, puis le BTS Design de produit ensuite, puis le Bachelor et enfin le Master en design produit : la trajectoire est écrite pour le futur designer.

Le sport comme premier fil conducteur

Avant de penser chaussure, Victor pense l’équipement sportif. Son envie initiale, étonnante sur le papier, est de concevoir des accessoires pour le paintball. Ce choix dit quelque chose sur sa manière d’aborder le design : l’équipement technique, l’ergonomie sous contrainte, la performance comme cahier des charges. Le sport ne sera jamais très loin.

Concevoir sous contraintes, c’est un peu cela le design non ?

C’est pendant ses années de Master, en alternance au sein de l’agence pluridisciplinaire Tweener, que la théorie rencontre la production. L’agence travaille sur des projets de sport, bagagerie et équipement technique. Les contraintes y sont fortes : coûts de fabrication, délais, cohérence avec la stratégie de marque.

Deux projets issus de cette période seront finalement commercialisés par la marque PRISM OFFROAD. Le premier est une sacoche de VTT, pensée pour les contraintes spécifiques de la pratique en tout-terrain : positionnement sur le cadre, résistance des matériaux, accès rapide au contenu.

On pense à la question de la sacoche de vélo, déjà explorée ici avec Bicycle Case de João Pedro Filipe, qui mêlait cuir, velours et coton. Pour Victor, le registre est résolument plus technique, orienté performance et usage extrême plutôt qu’esthétique urbaine.

Un sac pour les Jeux Paralympiques de Paris

Le second projet commercialisé est d’une autre nature, il s’agit d’un sac handisport, conçu spécifiquement pour un athlète des Jeux Paralympiques de Paris 2024. Ce type de projet oblige à une lecture fine de l’usage réel : comment l’athlète se déplace, comment il porte ses affaires, quelles sont les zones de tension sur le corps et sur l’équipement. Les matériaux doivent répondre à des contraintes de poids, de résistance et d’accessibilité.

La toile technique, les fermetures renforcées, les points d’attache : tout est raisonné pour un usage sportif intensif, pas pour une silhouette de catalogue.

Un sac pour les Jeux Paralympiques de Paris

Voir un produit conçu en agence passer du fichier 3D au rayon d’une boutique est, pour beaucoup de designers en formation, une étape qui ne se produit jamais. Victor l’a vécue deux fois avant même d’être diplômé.

Un sac pour les Jeux Paralympiques de Paris Un sac pour les Jeux Paralympiques de Paris

La chaussure : là où la biomécanique rencontre la narration

La chaussure arrive dans le parcours de Victor par la suite, des amis passionnés l’initient à l’univers de la sneaker : ses codes visuels, ses matières, ses références historiques. L’intérêt se densifie lors de workshops organisés par Rubika avec les équipes footwear de Decathlon.

Ce qui fascine dans ce domaine, et que le jeune designer formule avec précision, c’est la superposition de disciplines qu’implique une chaussure : biomécanique du pied, ingénierie des matériaux, design industriel, culture visuelle.

Une semelle n’est pas juste un appui, elle est une structure stratifiée, souvent composée d’une semelle intercalaire en mousse EVA (ethylène-acétate de vinyle) pour l’amorti, d’une semelle extérieure en caoutchouc pour l’accroche, parfois d’une plaque carbone ou nylon pour la rigidité longitudinale. La tige, quant à elle, peut combiner textile mesh respirant, renforts thermosoudés, overlays en TPU (polyuréthane thermoplastique) et doublure intérieure en polaire technique.

La sneaker est un objet où chaque couche a une raison d’être. On avait exploré cette dimension avec EXOSKYN, la sneaker biomimétique de Mahdi Naïm Design Lab, qui poussait cette logique jusqu’à la structure exosquelettique imprimée en 3D. Victor, lui, s’inscrit dans une démarche plus industrielle, plus proche des contraintes de série que du concept-car.

Une chaussure doit aussi raconter quelque chose. C’est cette tension entre performance et identité qui motive le designer dans ce domaine.

Victor Lentier : de Rubika aux Jeux Paralympiques, le designer produit qui met la chaussure à l'épreuve du réel

Victor Lentier : de Rubika aux Jeux Paralympiques, le designer produit qui met la chaussure à l'épreuve du réel

On aime particulièrement ce projet de Fatbike réalisé à l’école pour Décathlon !

Freelance, concours et transmission

À la sortie de l’école, le marché du travail dans le secteur du sport et du footwear s’avère plus sélectif qu’espéré. Victor Lentier choisit de lancer une activité freelance en parallèle de missions. Ce passage révèle une facette du métier rarement enseignée à l’école : trouver des clients, gérer son temps, structurer une proposition, être son propre commercial, savoir communiquer, défendre ses idées, exister dans tout ce bruit. L’entrepreneuriat comme apprentissage accidentel.

Quand les missions se font rares, il se tourne vers les concours de design, qui deviennent un terrain d’expérimentation libre.

On se souvient d’ailleurs que la Pensole Footwear Design Academy proposait un championnat mondial de la sneaker au crayon en partenariat avec Foot Locker. Le principe : aucun logiciel, une feuille blanche, des idées, une discipline en soi.

Plus récemment, Victor Lentier a accompagné des étudiants de Bachelor en design produit dans le cadre d’un mentorat de fin d’études. Passer de l’autre côté de la table de correction, dit-il, donne une autre lecture de sa propre pratique. Ce n’est pas anodin : beaucoup de jeunes designers traversent cette expérience et découvrent, au contact des projets des autres, des angles qu’ils n’avaient pas encore formulés pour eux-mêmes.

D’autres projets à découvrir :

Ce que l’on retient

Le parcours de Victor est celui d’un designer qui a compris très tôt que le design de produit n’est pas une discipline isolée. Son intérêt pour le sport, pour les matériaux techniques, pour les contraintes réelles de fabrication l’a conduit naturellement vers des projets qui existent vraiment, portés par de vraies personnes, dans de vrais contextes d’usage. Un athlète paralympique avec un sac qui fonctionne, c’est une bonne définition du design utile.

La chaussure reste son terrain d’exploration principal. Il y voit un objet suffisamment complexe pour tenir une vie de recherche, et suffisamment ancré dans la culture populaire pour ne jamais perdre le contact avec le monde réel. Ce n’est pas le pire endroit pour commencer.

Dernier coup de projecteur, sur ce projet imaginé pour le concours Vizcom x Zellerfeld :

https://vizcom.com/challenges/zellerfeld-mule-design-challenge

En savoir plus sur le designer :

By Blog Esprit Design


Gallerie (31)

ImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImage
À propos de l'auteur
Image
Vincent Roméo
Fondateur, rédacteur en chef chez 
Blog Esprit Design
Gardien de la maison BED, fondateur, dévoué je passe mon temps à veiller la nouveauté qui vous fera briller les yeux. En parallèle : Head of digital & Associé 14 septembre - Groupe Extreme

Laisser un commentaire

Ne manquez pas les actualités design
Dans le même rayon
À découvrir aussi

Annonces

Ne manquez pas les actualités design
Image