Chagyeong, la partition métallique qui transforme votre fenêtre en paysage vivant

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15 avril 2026 /
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Il existe un concept architectural coréen, baptisé chagyeong (借景), qui consiste à « emprunter le paysage« . L’idée est simple et interessante à la fois : on ne cherche pas à créer un panorama artificiel, on utilise ce qui existe déjà dehors et on l’intègre à l’espace intérieur par un jeu de cadrages et d’ouvertures.

Les jardins japonais pratiquent quelque chose de comparable, mais le terme coréen porte une dimension plus architecturale, plus industrielle. Trois designers coréens, SeongJin Hwang, Soyeon Kim et Minje Park, ont choisi de transposer cette idée dans un objet contemporain : une cloison en métal artisanal conçue pour les espaces résidentiels urbains.

Le projet s’appelle, logiquement, Chagyeong.

Chagyeong, la partition métallique qui transforme votre fenêtre en paysage vivant

Pourquoi une cloison, et pourquoi en métal ?

On aurait pu imaginer du bois, du textile, du polycarbonate comme le paravent Stick d’Extremis que nous avions présenté sur BED. Les designers font un choix différent : de l’acier laminé à froid, CR Steel, en 3 millimètres d’épaisseur, traité par thermolaquage (powder coating).

L’acier laminé à froid se distingue de l’acier laminé à chaud par une surface nettement plus régulière et homogène. Le laminage se fait à température ambiante, ce qui comprime les grains du métal et produit une finition plus fine. C’est le matériau de prédilection pour les pièces qui doivent afficher une qualité de surface visible, sans masquage ni peinture épaisse. Ici, la surface polie reflète comme un miroir.

Le thermolaquage, lui, consiste à projeter de la poudre de résine sur la surface métallique, puis à cuire l’ensemble en four. Le résultat est une couche uniforme, résistante aux chocs et aux rayures, que l’on ne peut pas obtenir par peinture liquide classique. Cela permet d’affiner la teinte finale tout en conservant une surface dont la qualité reflétante reste perceptible. On retrouve ce type de finition sur du mobilier métallique haut de gamme, et des designers coréens comme Jimin Lee avec sa collection Poner l’utilisent aussi sur des structures tubulaires colorées.

La cloison comme instrument optique

Ce qui distingue Chagyeong c’est la structure rotative, les lames métalliques pivotent, ce qui permet à l’utilisateur d’ajuster l’angle selon l’heure de la journée ou la position du soleil. Le matin, on laisse entrer la lumière rasante. L’après-midi, on oriente les reflets différemment. La surface miroir capte les couleurs du ciel, les restitue à l’intérieur et les projette sur les murs et le sol sous forme de reflets changeants.

C’est un peu ce que faisait l’Espaciel de Fritsch-Durisotti, ce réflecteur de lumière naturelle posé sur le rebord d’une fenêtre, ou encore ce que SOFTlab explore à grande échelle avec Halo, son pavillon kaléidoscopique aux tubes d’aluminium. La différence, c’est que Chagyeong le fait à l’échelle domestique, dans un appartement urbain.

Elle est conçue pour tenir debout sans fixation murale, grâce à une structure de répartition des charges. Autrement dit, pas de perçage, pas de chevilles, pas de contrainte liée au propriétaire ou au bail. On la pose, on l’oriente, on la déplace.

Un objet ancré dans une réflexion sur le temps

Le brief des designers est clair : redonner à l’habitant urbain une perception du temps naturel. Pas le temps des notifications ni celui des réunions, mais le temps solaire, celui que l’on mesure à la couleur du ciel en début de matinée par opposition à celle du crépuscule. Les surfaces réfléchissantes de la cloison agissent comme un rappel continu de ce temps là, en important dans le salon ou la chambre les variations lumineuses de l’extérieur.

C’est une approche que l’on retrouve dans d’autres projets coréens, notamment ceux du studio SWNA qui travaille régulièrement sur la réinterprétation des traditions artisanales coréennes à travers des formes contemporaines. Le design coréen entretient depuis longtemps ce dialogue entre patrimoine culturel et geste industriel, comme on avait pu le voir lors de l’exposition Korea Now au Musée des Arts décoratifs.

Chagyeong, la partition métallique qui transforme votre fenêtre en paysage vivant

La forme : sobre, presque architecturale

La silhouette de la pièce est verticale, presque monolithique vue de face. Elle évoque un paravent traditionnel asiatique, mais l’épure de l’acier poli l’oriente clairement vers le vocabulaire de l’architecture contemporaine. Pas de motif sculpté, pas de décor figuratif : la surface elle-même constitue l’ornement. Les reflets du ciel, les ombres portées des lattes, la qualité du métal font le travail.

On pense, quelque part, aux expériences menées sur les mobiliers en acier d’armature de Fabio Hendry, qui montrent que le métal structurel peut prétendre à l’esthétique sculpturale dès lors qu’on lui accorde une vraie finition. Chagyeong fait la même démonstration, avec des moyens différents.

En savoir plus sur le designer : @neo_design_archive

By Blog Esprit Design


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À propos de l'auteur
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Vincent Roméo
Fondateur, rédacteur en chef chez 
Blog Esprit Design
Gardien de la maison BED, fondateur, dévoué je passe mon temps à veiller la nouveauté qui vous fera briller les yeux. En parallèle : Head of digital & Associé 14 septembre - Groupe Extreme

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