La France se dote d’une Galerie nationale du design à Saint-Étienne : « Design en main »

Image
15 avril 2026 /
Pas encore de commentaires

Juin 2026, Saint-Étienne accueille l’ouverture de la Galerie nationale du design, un lieu unique en France.

Le lieu, c’est l’ancienne Manufacture d’armes, le bâtiment 242 de la Cité du design, protégé au titre des Monuments historiques, a été réhabilité par l’agence lyonnaise SILT avec une attention portée aux matériaux existants : poutres en béton, charpentes métalliques, facades en pierre et en brique.

La France se dote d'une Galerie nationale du design à Saint-Étienne : "Design en main"

Le mobilier y est signé par des maisons comme Knoll, Ligne Roset, Moustache, Petite Friture, Sammode, Source Edition ou Vitra, renouvelé chaque année en écho à l’exposition en cours. La salle d’exposition déploie une grande nef où les structures existantes rythment naturellement le parcours. La Mezzanine, en surplomb, accueille ateliers et rencontres avec un mobilier conçu par le duo Marie et Alexandre en collaboration avec le fabricant Alki.

Une épopée en six actes

L’exposition inaugurale s’appelle Design en main. Du langage à l’objet et court jusqu’au 7 mars 2027. Elle est signée Laurence Mauderli, historienne du design et enseignante à l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne, choisie par le comité scientifique pour ses connaissances locales et sa carrière européenne, notamment au Museum für Gestaltung de Zurich et au Victoria & Albert Museum de Londres.

Son idée de départ est linguistique. Le mot « manufacture » vient du latin « manu facere », faire de la main. À partir de là, elle structure son parcours autour de six expressions françaises qui contiennent le mot main : À mains nues, Mettre la main à la pâte, Avoir en main, De main en main, Perdre la main, Prendre en main. Chaque expression ouvre une section, chaque section réunit des objets, des archives et des films qui en déroulent le sens. Ce n’est pas une histoire du design au sens chronologique, c’est plutôt une enquête sur ce que fabriquer veut dire, à travers les siècles et les matières.

La France se dote d'une Galerie nationale du design à Saint-Étienne : "Design en main"

Résultat : près de 400 objets issus d’une dizaine d’institutions françaises, dont le Centre national des arts plastiques (CNAP), le Centre Pompidou, le MAMC+, le Musée des Arts décoratifs et du Design de Bordeaux, le Frac Grand Large Hauts-de-France, les Manufactures nationales Sèvres et Mobilier national. On y croise des rubans de passementerie stéphanois tissés au Jacquard vers 1900, matière textile où la main de l’artisan dialogue avec le métier mécanique, des couverts tordus de Bruno Munari en métal poli, la Table Tour de Gae Aulenti dont les pieds sont des roues et fourches de vélo récupérées en acier chromé, ou encore l’Anonymous Stool de Ron Arad qui associe acier, aluminium et bois d’aulne pour réinventer le tabouret d’architecte.

Il y a aussi la chaise-main de Pedro Friedeberg (1961), moulée en résine laquée, dont la forme palmaire fascine autant qu’elle interroge la limite entre siège et sculpture. On connaît bien ici les chaises qui racontent quelque chose, et celle-ci ne fait pas exception.

La France se dote d'une Galerie nationale du design à Saint-Étienne : "Design en main"

La scénographie aussi est un objet de design

Éric Benqué a conçu la scénographie accompagné de l’atelier de création graphique Pentagon. Son système repose sur des modules en bois renforcés de quatre ailettes, réutilisables d’une exposition à l’autre à hauteur de 80%. Rien n’est jetable, tout est modulaire.

Le parcours n’est pas linéaire : chaque visiteur peut bifurquer, revenir, construire son propre récit. Les panneaux graphiques descendent de tringles de cimaise sur des feuilles de papier superposées, ce qui protège les supports et évite de percer les murs pour chaque accrochage. Le fond typographique joue lui-même sur le thème : les titres de sections utilisent une police construite, où chaque lettre fonctionne comme un objet à part entière.

Un modèle sans collection permanente

Ce qui distingue la Galerie nationale du design des musées classiques, c’est qu’elle n’a pas de collection permanente. Chaque année, un commissaire invité compose un nouveau récit à partir des collections publiques dispersées en France. Ce modèle partenarial était attendu depuis les Assises du design de 2019, qui avaient recommandé de mieux valoriser les plus de 30 000 pièces de design conservées dans les institutions françaises. C’est désormais chose faite, et Saint-Étienne était le seul territoire possible pour cela : seule métropole française membre du réseau des Villes créatives de design UNESCO, elle porte cette culture depuis la Biennale Internationale Design, que nous suivons depuis ses premières éditions, et depuis des décennies de dialogue entre industrie, savoir-faire et création contemporaine.

Les prochaines expositions sont déjà programmées : Design du care par Chantal Prod’Hom d’avril 2027 à mars 2028, puis L’emprise des signes par Marie Pok de 2028 à 2029, qui s’interrogera sur les objets comme marqueurs culturels et vecteurs de sens. Avec un programme pareil, on a de bonnes raisons de descendre à Saint-Étienne dans les prochains mois. Le design en voyage à la Cité du design, c’est finalement une tradition bien établie.

Informations pratiques

Design en main. Du langage à l’objet Du 11 juin 2026 au 7 mars 2027

Galerie nationale du design, Cité du design 14 esplanade Jacques Bonnaval, 42000 Saint-Étienne

Cité du design galerienationaledudesign.fr

By Blog Esprit Design


Gallerie (6)

ImageImageImageImageImageImage
À propos de l'auteur
Image
Vincent Roméo
Fondateur, rédacteur en chef chez 
Blog Esprit Design
Gardien de la maison BED, fondateur, dévoué je passe mon temps à veiller la nouveauté qui vous fera briller les yeux. En parallèle : Head of digital & Associé 14 septembre - Groupe Extreme

Laisser un commentaire

Ne manquez pas les actualités design
Dans le même rayon
À découvrir aussi

Annonces

Ne manquez pas les actualités design
Image