CAP ou pas CAP ? Jean-Sébastien Blanc réinvente la cafetière à partir de pièces recyclées Nespresso

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25 février 2026 /
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Après plus de 25 ans de recherche design et la co-fondation de studio 5.5 collectif qu’on ne présente plus, tant ses interventions ont marqué le paysage du design français, de Duralex à Veuve Clicquot en passant par leurs fameux objets « add-on », Jean-Sébastien Blanc a initié une démarche plus personnelle et résolument engagée.

Une posture qui le distingue de plus en plus du rôle traditionnel du designer au service de la croissance : celui d’un acteur activiste, ethnocentré, qui replace l’humain et ses usages au cœur du processus créatif. Nous lui avions déjà consacré un portrait sur le blog, à redécouvrir ici  Jean-Sébastien Blanc, le troll du design (et co-fondateur du studio 5.5)  qui revenait sur ses provocations visuelles et sa capacité à agiter les consciences autant que les industriels.

CAP ou pas CAP ? Jean-Sébastien Blanc réinvente la cafetière à partir de pièces recyclées Nespresso

Avec CAP, il franchit une nouvelle étape…

Une histoire avec Nespresso qui remonte à 15 ans

Tout commence il y a une quinzaine d’années, lorsque le studio remporte l’appel d’offres pour concevoir une gamme d’accessoires autour de la machine Pixie de Nespresso, une machine pensée pour une clientèle urbaine et jeune, dans ce que l’on pourrait appeler l’âge d’or de la capsule de café.

À l’époque, la volonté du studio était déjà là : intégrer de l’aluminium issu du recyclage des capsules dans la collection. Mais les complexités de la filière de recyclage rendront la chose impossible, et c’est finalement l’inox qui sera retenu pour concevoir une tasse à double paroi en forme de capsule permettant de garder le café chaud tout en préservant les doigts d’une brûlure , une touillette inspirée des bûchettes de sucre, et des distributeurs à capsules rappelant les étuis emblématiques de la marque.

Ce projet d’accessoires dans sa cohérence posait déjà les bases d’une réflexion plus profonde sur le sens même de l’objet et de l’usage du café.

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CAP : un coffee maker fait de pièces de cafetières existantes

Quinze ans plus tard, Jean-Sébastien Blanc revient à cette question fondamentale : comment fait-on du café aujourd’hui, et qu’est-ce que cela dit de nous ? Le projet CAP  dont le nom joue sur le double sens du mot, à la fois la capsule et le défi lancé à soi-même est né de cet acte de se demander si l’on est CAP, ou non, de repenser ses habitudes de consommation.

La méthode est radicalement différente des approches industrielles classiques : pas de dessin, pas de brief client. Tout part d’un inventaire de pièces provenant de plusieurs machines à café existantes.

Le bec d’écoulement de la machine « Citiz » est volontairement retourné pour lui conférer une nouvelle fonction de bec verseur. La poignée en inox provient de la « Pixiz ». La tasse en forme de capsule, créée par le studio 5.5 lors de la collaboration initiale avec Nespresso, trouve une nouvelle vie comme contenant. C’est la première fois que Jean-Sébastien Blanc recyclait l’une de ses propres créations pour la transformer lui donner une nouvelle fonction, une nouvelle histoire.

Le résultat est un coffee maker de type filtre, assemblé à la main, qui repose sur un principe d’économie circulaire stricte : chaque composant provient de machines existantes, aucune matière nouvelle n’est extraite. L’objet est immédiatement lisible : ses formes, sa palette matière inox poli, plastique d’origine, détails reconnaissables convoquent l’univers Nespresso sans en être une copie. C’est une parenté assumée, une filiation critique.

Un objet qui invite à ralentir, pas à consommer

Le designer se définit volontiers comme un néo-artisan des déchets. Et de fait, CAP s’inscrit dans une posture artisanale : on travaille avec les mains, avec ce qui existe, on bricoler et on assemble en résolvant des contraintes techniques réelles  l’étanchéité, en l’occurrence, étant un enjeu non négligeable dans le prototypage. Cette approche fait écho à une question que le designer pose sans cesse : pourquoi continuer à puiser dans les ressources de la terre, bauxite pour l’aluminium, entre autres  alors qu’il est possible de recomposer à partir de ce qui existe déjà ?

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Le café n’est pas un produit éthiquement simple. Sa chaîne d’approvisionnement, ses emballages, son mode de consommation généralisé à travers les capsules individuelles à usage unique, tout cela mérite d’être interrogé. Le projet CAP ne prétend pas apporter de réponse définitive, mais il propose une alternative conceptuelle forte : revenir à une préparation plus lente, plus consciente, et voir dans cet acte de faire son café un moment à réhabiliter.

C’est dans cette veine que Jean-Sébastien Blanc a proposé à Evian une carafe de fin d’année pour encourager la consommation d’eau du robinet plutôt que d’eau en bouteille, ou encore une poêle PFAS free pour Tefal  des projets qui visent tous à agiter les industriels, à faire bouger les lignes, à montrer qu’un designer peut être davantage qu’un accélérateur de croissance. Il peut aussi être un acteur du ralentissement. Comme il le formule lui-même : si le designer est au service de l’humain, il doit l’aider à ralentir.

Un concept plus qu’un produit industrialisable

CAP ne cherche pas à être un produit de grande série. En l’état, il serait difficilement industrialisable car il va à contre-courant de la logique de marché. C’est un dream concept, un objet qui préfigure un usage possible, une direction vers laquelle on pourrait aller. Comme le Kinder sans surprise que Jean-Sébastien Blanc avait proposé — un objet qui réinterroge notre façon de consommer plutôt qu’il n’t’invite à acheter —, CAP fonctionne avant tout comme un révélateur. Le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. Et si personne n’ouvre la voie à de nouveaux discours, on laisse le champ libre au seul marketing.

CAP ou pas CAP ? Jean-Sébastien Blanc réinvente la cafetière à partir de pièces recyclées Nespresso

Cette question du rôle du designer dans la société  entre exécutant et activiste —résonne avec les réflexions que nous avons eu l’occasion d’aborder sur le blog à travers des articles comme Pourquoi le design ne sauvera pas le monde ?, ou encore les approches de récupération et de réemploi que l’on retrouve dans des projets comme ceux de Stuart Haygarth, designer anglais dont la démarche consiste à donner une nouvelle signification à des objets banals collectés et réassemblés.

CAP est un projet qui pose une question simple et difficile à la fois : est-ce qu’un bon designer est encore celui qui fait vendre, ou est-ce désormais celui qui aide à consommer autrement voire à ne pas consommer du tout ?

En savoir plus sur le studio : 5.5

et sur le designer : Jean-Sébastien Blanc

By Blog Esprit Design


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À propos de l'auteur
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Mathilde Liegeois
Rédactrice - Designer chez 
Intersport
Apparel designer pour le milieu sportif, j'aime rencontrer les têtes chercheuses et créatives et découvrir leurs savoirs faire

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