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Une chaussure, un seul plastique : The Directive Collective revisite l’ADN Clarks pour BASF

La collaboration entre The Directive Collective, BASF et Clarks interpèle… Trois acteurs, trois cultures, et un modèle de récupération sportive qui a pour particularité d’être pensée autour d’une seule famille de matériau, le polyuréthane (PU).
Pour situer rapidement les rôles, BASF apporte ses systèmes PU de pointe, Clarks met sur la table son savoir faire chausseur historique, et The Directive Collective se charge du développement complet, du brief jusqu’au prototype. Pas une simple commande de style, donc, mais bien un travail conjoint entre spécialistes des matériaux, ingénieurs procédés et designers.
Le polyuréthane, mais pas celui qu’on connaît
Le projet part du constat, sur le marché de la sneaker grand public, on trouve beaucoup de mousse EVA bon marché, des PU plus anciens jugés un peu lourds, et quelques mousses techniques très haut de gamme. BASF cherche à montrer que son PU peut faire bien plus, à condition de revoir son application. Et c’est dans ce périmètre que les équipes de The Directive Collective interviennent.
Le résultat est une slide construite sur une plateforme mono matière. Le polyuréthane y est décliné en trois lectures complémentaires. Le Casting PU transparent (CPU) dessine la semelle extérieure. Le spray PU habille la tige et la semelle intermédiaire. Un cuir synthétique fabriqué sans solvants organiques vient compléter l’ensemble pour un usage plus confortable, sans compromettre la cohérence du système.
Cette logique mono matière n’est pas neutre. Elle simplifie potentiellement la fin de vie du produit, elle clarifie la lecture visuelle de l’objet, et elle permet aux designers de hiérarchiser les zones plutôt que de multiplier les composants. On retrouve un peu cette ambition d’unité matérielle déjà observée dans des projets de chaussures conceptuelles, comme EXOSKYN, la sneaker biomimétique signée Mahdi Naïm Design Lab, où l’on cherchait également à recomposer la chaussure autour d’une cohérence structurelle plutôt que d’un empilement de couches.
Une forme entre ADN Clarks et géométrie sport lifestyle
Visuellement, la slide cite discrètement le vocabulaire de Clarks, ces volumes ronds, généreux, posés sans façon. Sommes clairement dans la recherche de modèle culte, type crocs… La géométrie générale reste minimale, plus proche d’une silhouette athleisure contemporaine que des modèles patrimoniaux de la marque britannique. Le talon repliable et la semelle intérieure (le footbed) jouent un rôle fonctionnel clair. Ils permettent à la slide d’accompagner un usage de récupération, après le sport, avec un confort assumé.

Pour celles et ceux qui s’intéressent à la manière dont une chaussure se construit en strates, on recommande d’ailleurs le portrait de Victor Lentier, designer footwear formé à Rubika, qui décrit avec précision la superposition entre biomécanique du pied, ingénierie matériaux et culture visuelle de la sneaker.
Une palette qui parle spa, avec un détour par Memphis
La couleur est ici un véritable outil narratif. Inspirée des tons naturels associés aux univers de spa, elle est ponctuée de contrastes qui rappellent les compositions Memphis des années 80. Le mix entre teintes saturées et teintes plus douces met en valeur les différents PU. Les zones fonctionnelles (talon repliable, footbed) reçoivent les couleurs les plus saturées. La transparence du CPU sur la semelle extérieure apporte une légèreté visuelle bienvenue, et permet de regarder la matière travailler.
Les surfaces traitées avec le même procédé partagent des tons proches, par exemple un vert thé clair pour la tige et un vert thé légèrement différent pour la semelle intermédiaire. Cette logique de famille colorimétrique aide à lire l’objet d’un seul coup d’œil. La transparence rejoint d’ailleurs un mouvement plus large dans le design produit, comme on a pu le voir récemment avec la version transparente Clear Orchid Arctic du synthé Telepathic Instruments, preuve qu’exposer la matière reste une stratégie efficace pour raconter un produit.
Récupération sportive, un terrain de jeu pertinent pour le PU
The Directive Collective a positionné le concept sur le marché de la récupération sportive, en pleine croissance. Le choix paraît cohérent. Cet usage demande de la légèreté, du confort longue durée, une certaine résistance, et tolère assez bien des esthétiques marquées, plus libres que les sneakers de performance pure. Le polyuréthane y trouve un cadre où ses propriétés peuvent être perçues, ressenties, comparées.
Sur le plan industriel, la démarche reste un concept. C’est précieux, parce qu’un concept bien documenté, c’est aussi un cas d’étude pour les étudiants, les designers produit et les ingénieurs matériaux qui travaillent sur des sujets équivalents. À ce sujet, on peut aussi revoir le travail conceptuel d’UV Zhu sur la déconstruction de la sneaker, qui traite la chaussure comme un terrain narratif autant que technique.

Un projet qui fait son travail
The Directive Collective x BASF x Clarks ne prétend pas révolutionner la chaussure. Le trio cherche plutôt à élargir les usages possibles d’une famille matière connue, en posant un cadre clair, une forme lisible et une palette qui se tient. C’est une démonstration utile, qui pourra inspirer d’autres équipes, d’autres marques, d’autres briefs. Et puis, soyons honnêtes, voir un PU sortir de son rôle de doublure pour passer en première ligne, ça fait toujours plaisir.
En savoir plus sur le studio : The Directive Collective
































