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Lara par Alix Videlier : le meuble vinyle en acier qui grandit avec votre collection

Le vinyle a retrouvé sa place peu à peu dans nos intérieurs, nostalgie, puriste du son ou de son imperfection… Les platines tournent à nouveau, les bacs se remplissent, et les collections gagnent en volume au fil des mois avec de belles éditions.
Le mobilier dédié, lui, est resté souvent figé sur ses dimensions standards, c’est ce constat qui sert de point de départ à Lara, le nouveau meuble pensé par Alix Videlier, designer industriel installé à Strasbourg, déjà repéré ici pour ses lampes Réminiscences imprimées en 3D.
Lara propose une réponse simple à une question banale : comment ranger 50 vinyles aujourd’hui, 200 dans deux ans, sans tout remplacer ?
Une référence aux consoles HiFi, sans la nostalgie pompeuse
Le projet regarde clairement vers les consoles d’écoute des années 1960 et 1970. Ces meubles bas en bois plaqué, où la platine, l’ampli et les enceintes cohabitaient sous un même couvercle. Lara n’en reprend ni les essences, ni les codes décoratifs. Elle en garde la posture : un objet pensé pour la musique, lisible au premier regard, et conçu pour durer.
La proposition reste minimaliste, dans les tendances actuelles. Des plateaux horizontaux, des montants verticaux, des parois latérales coulissantes. Pas de fioriture, pas de poignée surdimensionnée. Le meuble n’essaie pas de paraître autre chose que ce qu’il est.
L’acier thermolaqué, choisi pour ce qu’il sait faire
Lara est entièrement réalisée en acier thermolaqué. Ce choix matériau guide toute la conception. Là où d’autres meubles cumulent essences et quincailleries, Alix Videlier travaille un seul matériau, plié, perforé, laqué. La démarche fait écho au travail de Fabio Hendry sur le mobilier en acier d’armature publié récemment, ou à la logique du système modulaire Semiton d’Arper en aluminium thermolaqué.
L’astuce technique se trouve dans le pliage, les panneaux d’acier sont formés de manière à dessiner eux mêmes un rail. Les parois coulissent latéralement sans rajout de quincaillerie spécifique, sans usinage supplémentaire. Le meuble s’élargit ou se resserre selon la collection. Pour les amateurs de tableurs Excel et de pochettes 33 tours, voilà une bonne nouvelle : Lara s’adapte sans qu’il faille revendre l’ancien pour acheter le suivant.

Le fond perforé règle un autre point sensible. Câbles, prises, alimentation de platine : tout passe et reste accessible, organisé par des embouts pensés à cet effet. La perforation, motif graphique en soi, fait travailler la lumière sur la surface laquée.
Une logique flat pack et une palette RAL maîtrisée
Lara est livrée à plat, en kit. Quelques composants seulement : montants, plateaux, parois. Le montage se fait à la maison, ce qui réduit le volume de transport et l’empreinte carbone associée. Le principe rappelle l’approche flat pack de Tiptoe, le pied nomade en acier thermolaqué, ou plus anciennement de Cocotte Métal et son mobilier français en tôle pliée. Monter soi même son meuble n’est pas qu’une économie logistique : c’est aussi un moment où l’utilisateur entre en contact avec l’objet, comprend sa structure, identifie ses vis.
Côté finitions, Lara se décline dans une sélection de teintes RAL allant du Noir Graphite au Bleu Pastel. La palette reste mesurée. Sur le visuel diffusé par le studio, un rose poudré subtil donne à la pièce une présence douce, à mi chemin entre le mobilier domestique et l’objet d’atelier.
Un meuble qui assume sa vocation
Le sujet de Lara reste celui d’une certaine honnêteté constructive. Pas de placage qui camoufle la structure, pas de fausse poignée, pas d’angle adouci pour faire plus chaleureux. Le projet pourrait évoluer encore au moment de l’édition, on suivra cela avec intérêt. Ce que l’on retient déjà, c’est qu’Alix Videlier continue de creuser un sillon cohérent depuis Strasbourg, entre savoir faire industriel et culture matérielle locale.
Pour les designers, étudiants ou amateurs qui s’intéressent à la rencontre entre mobilier domestique et culture sonore, on conseillera aussi de relire la fiche de Portée, le meuble pour vinyles édité par Estis et dessiné par Philippe Riehling. Deux approches, deux matériaux, une même attention portée à un objet qui n’est ni vraiment une étagère, ni vraiment un meuble TV : un meuble platine, espèce discrète mais en bonne santé.
En savoir plus sur le designer : Alix Videlier









































