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145 étudiants de l’ENSAD repensent le sport avec Decathlon : découvrez Surface de Réparation

Les Magasins Généraux de Pantin accueillaient fin 2025 une exposition qui interroge les fondements même de la création contemporaine appliquée au sport. Surface de Réparation, portée par Decathlon et l’École Nationale des Arts Décoratifs (ENSAD) sous le commissariat d’Alice Audouin, matérialise trois années de recherche menée au sein de la Chaire Écodesign & Création, lancée en 2022.

Une des vocations de BED est bien de valoriser le travail prospectif, les recherches, les workshops en lien avec les écoles de design, la bassin français étant tellement riche, que beaucoup de ces initiatives passent sous les radars ! L’appel est lancé !
Une collaboration qui redéfinit les processus créatifs
Le programme repose sur une méthodologie singulière : celle du dialogue entre les étudiants designers de l’ENSAD et les équipes d’ingénieurs et de designers de Decathlon. Une vraie force de disposer des experts de la marque pour les étudiants afin d’avancer dans le bon sens.
Une approche qui évoque d’autres collaborations fructueuses entre écoles et entreprises, comme les projets développés avec Pouenat où le savoir-faire du métal rencontrait l’expérimentation étudiante. Ici, pas moins de 145 étudiants ont conçu 68 projets créatifs qui explorent des manières inédites de concevoir, réparer et repenser les objets sportifs en intégrant dès la conception les enjeux liés à la durabilité et à l’usage responsable.
Le parcours se structure autour de cinq univers complémentaires : Arpenter les usages, Performer la matière, Habiter le soleil, Gagner la coopération, et Futurs probables. Ce dernier espace, porté par l’Advanced Innovation de Decathlon, propose une exploration prospective du sport à un horizon de 10 à 20 ans. Organisée autour de trois pôles prospective, science et design cette équipe imagine des scénarios concrets intégrant produits, services, modèles économiques, architecture et distribution, en s’appuyant sur des prototypes physiques ou numériques.
Une scénographie pensée pour la durabilité
L’agence Arter a conçu une scénographie qui incarne l’esprit même de l’exposition : un design conçu pour durer, privilégiant le réemploi, les matériaux recyclés et une modularité fluide issue d’un circuit court. Cette démarche résonne avec les préoccupations contemporaines du design responsable, telles qu’explorées lors de la Biennale Internationale Design de Saint-Étienne 2025, qui interrogeait les ressources et les modes de production durables.
Le choix des matériaux témoigne d’une attention particulière portée aux cycles de vie : panneaux modulables en bois issus de forêts gérées durablement, structures métalliques récupérées et réintégrées dans le circuit de l’exposition, textiles recyclés provenant de chutes de production. L’ensemble crée un environnement cohérent où la forme suit la fonction, mais également l’éthique. Cette approche fait écho aux projets récompensés par le France Design Impact Award, qui valorise les initiatives conjuguant innovation et responsabilité.
L’écodesign comme méthodologie de création
Ce qui distingue Surface de Réparation des expositions traditionnelles, c’est son ancrage profond dans une réflexion systémique. Les projets présentés ne se contentent pas d’explorer de nouvelles formes ou de nouveaux matériaux : ils repensent l’ensemble de la chaîne de valeur, de la conception à la fin de vie. Cette démarche s’inscrit dans une évolution plus large du design vers l’économie circulaire, où chaque élément technique doit pouvoir être démonté, réparé ou réintégré dans un nouveau cycle de production.
Les matériaux mis en œuvre par les étudiants révèlent une diversité d’approches : textiles techniques issus du recyclage de bouteilles plastiques, structures composites alliant fibres naturelles et résines biosourcées, mousses techniques provenant de déchets industriels réintégrés. Certains prototypes explorent également l’hybridation matérielle, combinant bois, métal recyclé et polymères techniques pour créer des objets légers, résistants et démontables. Une approche qui rappelle les expérimentations menées par Wilfried Becret avec ses déchets de verre, transformant des résidus industriels en nouveaux matériaux créatifs.
Une exposition pour un design engagé
Au-delà de la simple présentation de prototypes, Surface de Réparation constitue un manifeste pour repenser la place du design dans l’industrie sportive. L’exposition propose une réflexion collective sur la manière dont design, innovation, sport et responsabilité peuvent s’unir pour imaginer un futur où l’engagement commun et la créativité ouvrent la voie à des pratiques plus durables et accessibles.
Samuel Tomatis et le projet XPLO 2042 : quand les algues deviennent matière sportive
Au coeur de cette exposition, un focus sur le travail du designer français Samuel Tomatis, développé en collaboration avec Anaïs Jarnoux, témoigne d’une recherche approfondie sur les biomatériaux appliqués au sport et à la mobilité. Le projet XPLO 2042 explore le potentiel des algues à travers des objets qui incarnent les thématiques Wellness et Mobility : un kimono matelassé, un sac Algae Bag, une paire de chaussures inspirées des geta japonaises, et un Pod Monowheel ultra-compact… et d’autres projets encore… Bravo pour ce beau travail inspirant !
Le designer travaille depuis plusieurs années sur la recherche et le développement du Phycotex, un néo-matériau à base d’algues qu’il décline sous différentes formes. Pour le kimono, des plaques souples d’algues ont été moulées puis matelassées avec de la ouatine recyclée, créant une texture à la fois protectrice et respirante. L’appuie-tête et les épaulettes sont également fabriqués à partir de ces plaques rigides, tandis que le marquage arrière est réalisé par gravure laser directement sur la matière, révélant une teinte blanche naturelle sans ajout d’encre.
Les chaussures déclinent cette recherche matérielle en intégrant une semelle intermédiaire en algues offrant isolation thermique et absorption des chocs. Cette approche fusionnant tradition japonaise et innovation biosourcée illustre comment les matériaux locaux et biodégradables peuvent répondre aux exigences techniques du sport.

Le Pod Monowheel, quant à lui, utilise le Phycotex souple pour la selle et les poignées, intégrant ce matériau innovant dans un dispositif de mobilité urbaine autonome.
Ce travail sur les algues redéfinit les contours de la tapisserie contemporaine en réinventant formes, textures et finitions. Samuel Tomatis et Anaïs Jarnoux ont validé l’ensemble des techniques liées à ces matériaux pour les décliner dans les domaines de l’objet, l’agencement, l’accessoire, la mode ou le packaging, démontrant ainsi la polyvalence du Phycotex et son potentiel pour des applications prospectives multiples.
En savoir plus sur les designers : Samuel Tomatis, Anaïs Jarnoux,
En savoir plus sur l’exposition : Magasins Généraux et sur Decathlon
© studio.b.belle, felix_mayre, olivier humbert, anais jarnoux































































